Cette relique en ivoire témoigne de la dynamique du pouvoir colonial entre le Portugal et le Bénin

Au 16e siècle, dans le but d’afficher sa puissance, le roi du royaume du Bénin autorisa ses artisans à créer des salières en ivoire pour les marchands portugais.

Publication 11 févr. 2021 à 16:14 CET
Cette salière en ivoire datant du 16e siècle est l’illustration même des compétences complexes maîtrisées par les ...

Cette salière en ivoire datant du 16e siècle est l’illustration même des compétences complexes maîtrisées par les artisans du Bénin. Elle fait partie d’un ensemble de quatre objets similaires disséminés dans diverses collections aux quatre coins du monde.

Photographie de MICHEL URTADO-THIERRY OLLIVIER/RMN-GRAND PALAIS

Elle ne mesure peut-être que 25 cm, mais cette salière en ivoire délicatement sculptée dans une défense d’éléphant et aux nombreux détails fait grande impression. Quatre Européens, deux hommes richement vêtus et leurs serviteurs, soutiennent le récipient pour le sel, lui-même couronné d’un navire. Désormais exposée au Musée du Quai Branly à Paris, la salière a été fabriquée vers le 16e siècle par des artisans hautement qualifiés de l'ancien royaume du Bénin, dont territoire correspond au sud-ouest de l'actuel Nigeria.

Selon Kathy Curnow, professeure associée en histoire de l’art africain à l’université d’État de Cleveland, les salières comme celle-ci étaient fabriquées par un petit groupe de six ou sept artistes, membres héréditaires d’une confrérie exclusivement masculine de sculpteurs d’ivoire. Leurs compétences, très recherchées, étaient transmises de génération en génération par le biais d’un apprentissage exigeant. « Ils ont grandi en observant les techniques de leurs aînés, ce qui leur a conféré des facilités pour le travail de l’ivoire. Et ces facilités surpassaient celles des artistes européens contemporains, qui avaient moins accès à ce matériau », souligne la professeure.

C’est en 1485 que les marchands portugais devinrent les premiers Européens à entrer en contact avec le royaume du Bénin. À l’époque, celui-ci était l’un des États les plus anciens et les plus développés d’Afrique de l’Ouest. Les rois du Bénin, ou obas, vivaient à Edo, actuelle Benin City (la ville est située à environ 320 km à l’est de la plus grande ville du Nigeria, Lagos).

Les obas contrôlaient le commerce avec les Européens. Ces derniers devaient obtenir l’autorisation du roi pour faire des affaires avec le pays. Aux 15e et 16e siècles, les obas faisaient le commerce des esclaves, des peaux de léopard et du poivre avec les Portugais en échange d’armes à feu, de vêtements, de coquillages de cauris, de coraux et d’alcool.

Les magnifiques objets en ivoire sculptés par les artisans du royaume du Bénin figuraient parmi les marchandises convoitées par les Portugais. Sur autorisation de l’oba, les artisans purent satisfaire les demandes de souvenirs en ivoire des Européens, sculptant des salières, des cuillères et des cors de chasse. Ceux-ci furent les premières pièces d’art africain produites pour être vendues à l’étranger comme objets exotiques.

La salière ici photographiée fait partie d’un ensemble de quatre pièces similaires en ivoire disséminées dans diverses collections aux quatre coins du monde. Le Metropolitan Museum of Art et le British Museum en possèdent chacun une. Toutes ces pièces témoignent des compétences et de la qualité du travail des artisans du royaume du Bénin. (À lire : En Allemagne, l'exposition de centaines d'œuvres africaines relance la controverse coloniale.)

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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