À Chichén Itzá, sur le chemin des enfers mayas

À l'aide de technologies innovantes, des archéologues tentent de découvrir ce que cachent d'anciennes ruines mayas sans extraire ni détériorer les artefacts mis au jour.

De Tom Clynes
Temple de Kukulkan à Chichén Itzá, au Mexique

Chichén Itzá, Mexique — Lors des équinoxes de printemps et d'automne, le coucher du soleil projette des ombres semblables à celles de serpents sur les escaliers situés au nord d'El Castillo, « le château » en français. Bâtie il y a plus d'un millénaire par les Mayas, cette pyramide s'élève à 30 mètres au-dessus des ruines de Chichén Itzá, site classé au patrimoine mondial de l'UNESCO et destination touristique populaire de la péninsule mexicaine du Yucatan.

Bien qu'aventuriers et archéologues explorent ces ruines depuis plus d'un siècle, le mystère demeure. Cette majestueuse pyramide abrite-t-elle un labyrinthe marécageux, comme l'affirment les légendes locales ? Des salles secrètes se cachent-elles dans les entrailles du monument, comme le soupçonnent certains archéologues ?

Une équipe multidisciplinaire de scientifiques et d'ingénieurs mène pour la première fois en 50 ans des fouilles approfondies de Chichén Itzá à la recherche d'éléments de réponse.

« Il s'agit des premières recherches de cette ampleur. Nous sommes convaincus que cela nous permettra d'appréhender ce site sous un jour complètement nouveau », s'enthousiasme Guillermo de Anda, archéologue sous-marin auprès de l'Institut national d'anthropologie et d'histoire du Mexique et directeur du Great Maya Aquifer Project. « Je pense que ces données nous permettront de découvrir si les légendes locales sur l'existence d'enfers complexes sont vraies. »

Selon Guillermo de Anda, également explorateur émergent de National Geographic, les grottes, tunnels et dolines naturelles, appelées avens, seraient pour les habitants mayas les portes menant au royaume des dieux. « Ils étaient persuadés qu'absolument tout, de la fertilité à la pluie, prenait sa source au sein de ce monde souterrain. Les indices qu'ils ont laissés derrière eux montrent clairement qu'ils n'ont pas ménagé leurs efforts pour apaiser et s'en remettre aux habitants de ce monde spirituel. »

Bien souvent, les sacrifices humains faisaient partie de ces efforts. L'archéologue et explorateur a analysé des centaines d'os humains découverts au sein de l'aven sacré (également appelé parfois le « puits du sacrifice ») de Chichén Itzá. Il a alors découvert des marques de blessures et de fractures n'ayant pas cicatrisé, vraisemblablement survenues au moment du décès. 

 

DE NOUVELLES TECHNIQUES D'EXCAVATION

Par le passé, les archéologues et chasseurs de trésors, sur Chichén Itzá comme sur d'autres sites, ont bien souvent détérioré des sites antiques afin de collecter et d'extraire des artefacts. Les nouvelles technologies à faible impact, dont la plupart ont été conçues ou adaptées par des ingénieurs de National Geographic, permettent aux chercheurs de localiser et d'étudier des artefacts sans même les extraire de leur environnement.

Dans le cadre de ce projet ambitieux qui s'étalera sur plusieurs années, l'équipe utilisera un géoradar (GPR) qui pénètre dans le sol afin de localiser des passages secrets et de voir à travers les murs situés à l'intérieur d'El Castillo. Elle aura également recours à ce type de radar ainsi qu'à d'autres technologies d'imagerie à distance en vue d'identifier et de cartographier les tunnels et les grottes situés autour de la pyramide et sur d'autres sites.

Selon des estimations, 3 000 avens seraient cachés sous la canopée dans le sud du Mexique, dont une grande partie abriteraient des traces d'une civilisation maya antique. L'équipe aura recours à une technologie de détection et télémétrie par ondes lumineuses appelée LIDAR montée sur des drones et à des capteurs thermiques afin de pénétrer le feuillage dense et de localiser les dolines naturelles. En cartographiant les mouvements d'eaux dans les passages souterrains du site, les chercheurs espèrent localiser des systèmes souterrains auxquels il est fait référence dans l'histoire orale maya, mais dont l'existence n'a jamais été confirmée.

Le balayage laser et la photogrammétrie permettront à l'équipe de restituer de façon extrêmement précise et en trois dimensions les salles intérieures des pyramides et des grottes.

« En définitive, à l'aide des données issues de ces outils d'imagerie, nous serons en mesure de générer une "super carte" 3D à l'échelle millimétrique de l'ensemble du site, si bien au-dessus qu'en dessous du sol », explique l'ingénieur Corey Jaskolski, membre de National Geographic qui dirige le projet de conservation digitale.

Selon De Anda, les résultats permettront aux chercheurs d'appréhender avec plus de précision le contexte culturel et climatique au sein duquel Chichén Itzá, l'un des sites archéologiques les plus importants du continent américain, a vu le jour.

Dès la première semaine de recherches au sonar, l'équipe a mis la main sur deux grottes immergées ainsi que sur plusieurs grottes situées au-dessus des eaux (dont l'une d'entre elles abrite une figurine féminine sculptée dans la pierre). Les premiers balayages au géoradar réalisés sur la salle du temple de la pyramide ont révélé ce que Jaskolski appelle « plusieurs anomalies » derrière les murs et sous le sol situé sous le célèbre trône du jaguar rouge.

« Nous devons attendre que les données soient traitées afin d'interpréter au mieux les significations exactes », explique l'ingénieur. « Selon moi, nous en saurons davantage sur la structure de la pyramide et sur les trésors qui se cachent derrière ses murs grâce à cette approche. »

Ce projet est subventionné par la National Geographic Society et supervisé par l'Institut national d'anthropologie et d'histoire du Mexique.

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