Quand les premiers Hommes sont-ils arrivés en Amérique ?

Des chercheurs ont à nouveau analysé des outils en pierre découverts dans les années 1970 à Monte Verde, un site préhistorique situé au Chili.

De Christina Larson
Publication 26 mars 2026, 09:09 CET
Juan-Luis García et Claudio Latorre Hidalgo prélèvent des échantillons à Monte Verde dans le sud du ...

Juan-Luis García et Claudio Latorre Hidalgo prélèvent des échantillons à Monte Verde dans le sud du Chili. Cette nouvelle étude suggère que le site n'aurait que 8 000 ans environ, voire moins, et non pas 14 500 ans comme l'avaient précédemment estimé les chercheurs dans les années 1970. 

PHOTOGRAPHIE DE Todd Surovell

Sur les berges d'un ruisseau traversant une forêt pluviale tempérée dans le sud du Chili, un petit groupe de chasseurs-cueilleurs a brièvement établi un campement, peut-être pendant quelques mois. Lorsqu'ils sont partis, ils ont laissé derrière eux plusieurs traces de leur vie quotidienne, notamment des pointes de lances en pierre taillée, des côtes de mastodonte dépecées et au moins une empreinte de pas humaine dans de l'argile durcie. 

La découverte de cet ancien campement, nommé Monte Verde, a bouleversé le monde de l'archéologie dans les années 1970 car elle a remis en cause des hypothèses depuis longtemps ancrées sur la date et le lieu d'arrivée des premiers Hommes en Amérique. Les premières datations au radiocarbone effectuées sur le site suggéraient que les artefacts qui y avaient été découverts constituaient peut-être les traces les plus anciennes de la présence d'humains en Amérique mises au jour à cette époque. Cela a également contraint les archéologues à reconsidérer la façon dont les humains sont arrivés en Amérique, y compris la possibilité que certains aient pu arriver en bateau plutôt que par voie terrestre. 

Une nouvelle étude publiée dans la revue Science remet en cause la théorie dominante sur Monte Verde et relance le débat sur la date d'arrivée des premiers Hommes sur le continent américain. 

Il s'agit du dernier grand chapitre de la migration humaine. Les scientifiques savent que l'Homo sapiens est apparu en Afrique il y a environ 300 000 ans avant de se déplacer en Europe et en Asie il y a environ 100 000 ans, et qu'il n'est arrivé dans le Nouveau Monde que bien plus tard. 

« Soudain, le site emblématique qui avait bouleversé notre façon de considérer et dater l'arrivée des premiers Hommes en Amérique est remis en cause par des preuves qui semblent être très convaincantes », affirme Ted Goebel, archéologue à l'université du Kansas (KU) qui n'a pas pris part à ces nouvelles recherches. « Le débat qui s'annonce pour les mois et années à venir va être vraiment intéressant », ajoute-t-il. « Ça va faire des vagues. »

 

RETOUR SUR UNE DÉCOUVERTE EMBLÉMATIQUE

Les terres situées aux alentours de Monte Verde sont une campagne vallonnée et verdoyante qui ne laisse pas deviner l'existence d'anciens campements. Lorsque les chercheurs ont appris que des habitants de la région étaient tombés par hasard sur une dent de mastodonte, ils ont compris qu'ils devaient commencer à creuser. 

La découverte de Monte Verde a fait sensation dans le monde scientifique car la datation au radiocarbone de morceaux de bois et d'autres matières organiques trouvés à proximité des outils de pierre suggéraient que le site avait environ 14 500 ans, soit 1 500 ans plus ancien que la culture Clovis, une culture archéologique paléoindienne qui s'est développée sur le continent nord-américain tout à la fin du Pléistocène supérieur et qui constituait depuis longtemps la référence en matière de présence humaine sur le continent américain. Elle était notamment caractérisée par des pointes de lances cannelées découvertes pour la première fois au Nouveau-Mexique. 

« Monte Verde a complètement bouleversé le débat » souligne Mírian Liza Alves Forancelli Pacheco, archéologue à l'Université fédérale de São Carlos, qui n'a pas participé à la nouvelle étude. « Cela a incité les gens à reconsidérer leurs idées et à se poser de nouvelles questions sur d'autres sites archéologiques, notamment en Amérique du Sud » affirme-t-elle. 

Dans la nouvelle étude publiée dans la revue Science, la première équipe indépendante de chercheurs à étudier le site de Monte Verde depuis cinquante ans suggère que le site pourrait être beaucoup plus récent qu'on ne le pensait auparavant, peut-être âgé de moins de 8 000 ans. 

Vue aérienne du site de Monte Verde dans le sud du Chili.

Vue aérienne du site de Monte Verde dans le sud du Chili.

PHOTOGRAPHIE DE Todd Surovell

Lorsque Todd Surovell et Claudio Latorre Hidalgo, coauteurs de l'étude, se sont rendus à Monte Verde pour la première fois au début de l'année 2022, ils ont remarqué que le site était situé dans la plaine inondable d'un cours d'eau préhistorique sinueux aujourd'hui nommé le ruisseau Chinchihuapi. 

Leur analyse géologique suggère que le cours d'eau a changé de tracé lors d'une phase climatique chaude et sèche il y a environ 10 000 ans, indique Claudio Latorre Hidalgo, coauteur de l'étude et paléoécologiste à l'université pontificale catholique du Chili (UC). Lorsque le niveau de la mer a baissé, le cours d'eau a creusé un lit plus profond à travers les collines, emportant des fragments bien conservés de bois et d'autres matières organiques de l'ère glaciaire, mis à nu par le recul glaciaire, et les redéposant près du site archéologique. Selon eux, cela aurait pu fausser les précédentes datations du site. 

« Lorsque nous datons du bois, nous déterminons le moment auquel le bois s'est formé. Ce n'est pas la même chose que de dater la période à laquelle des gens vivaient là-bas [l'ont sculpté] » explique Todd Surovell, coauteur de l'étude et archéologue à l'université du Wyoming (UW). 

Plusieurs experts estiment que les preuves présentées dans l'étude sont convaincantes. 

« L'argument est très simple et convaincant. Ils ont compris un processus d'érosion complexe qui a déplacé des matériaux d'un endroit à un autre » explique Calogero Santoro, archéologue à l'université de Tarapacá au Chili, qui n'a pas participé à l'étude. 

« D'après ce que je peux voir, le travail est très bien réalisé. L'analyse de la sédimentologie et de la stratigraphie semble précise » commente Thomas Stafford, chercheur en géochimie et géochronologie à la Stafford Research, au Nouveau-Mexique, qui n'a pas non plus pris part à la nouvelle étude. « C'est une bonne chose qu'une équipe totalement différente se penche sur le sujet » ajoute-t-il. 

Les nouveaux chercheurs se sont également penchés sur une autre source de preuves en identifiant une couche de cendres volcaniques dans les affleurements à proximité du cours d'eau où ils pensent que la séquence stratigraphique d'origine est préservée et n'a pas été altérée par le débit du cours d'eau. En se basant sur l'emplacement de ces cendres, ils affirment que les artefacts découverts à Monte Verde ont dû se déposer plus récemment. Des recherches antérieures ont daté les cendres volcaniques qui présentent une signature chimique unique et sont bien connues dans la région, à 11 000 ans. 

Tom Dillehay, archéologue à l'université Vanderbilt et l'un des premiers chercheurs à avoir mené des fouilles à Monte Verde, conteste quant à lui les nouvelles découvertes. « Pensez-vous vraiment que cinquante ans de recherches menées sur ce site par plus de quatre-vingts spécialistes de différentes disciplines venus du monde entier aient pu aboutir à une aussi grosse erreur ? » écrit-il par email. 

Todd Surovell reconnaît qu'il y aura toujours matière à douter car personne ne peut reproduire les fouilles menées par la première équipe exactement au même endroit.  

« Les fouilles archéologiques sont destructrices » affirme-t-il. « Une fois que j'ai fouillé une partie d'un site, personne ne peut y retourner et fouiller exactement là où je l'ai fait. »

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    L'HÉRITAGE DE MONTE VERDE 

    Si la période d'établissement de Monte Verde fait l'objet de débats, son rôle essentiel dans l'histoire ne fait aucun doute. 

    Depuis Monte Verde, les archéologues ont recherché et découvert de nombreux autres sites plus anciens que la culture Clovis à la fois en Amérique du Nord et en Amérique du Sud.

    L'un de ces sites, situé dans le parc national des White Sands au Nouveau-Mexique, conserve des empreintes d'Hommes qui auraient croisé le chemin d'une mégafaune aujourd'hui disparue, notamment des mammouths, des paresseux terrestres et des loups sinistres. Des recherches publiées précédemment dans la revue Science suggéraient que ces empreintes pourraient dater de 21 000 à 23 000 ans, sur la base de multiples sources de données.

    La différence entre un site datant de 13 000, 14 500 ou 21 000 ans est importante car elle soulève d'autres questions sur la manière dont les premiers humains sont arrivés. 

    Monte Verde a incité les archéologues à chercher à comprendre comment les humains ont pu arriver en Amérique avant l'apparition d'un couloir sans glace au Canada qui ne s'est formé qu'il y a environ 13 800 ans. Cela a donné lieu à des recherches sur des sites archéologiques côtiers et sur les indices suggérant que des groupes échelonnés de premiers Hommes seraient également arrivés sur le continent par bateau en longeant la côte Pacifique. 

    Certains de ces sites feront sans doute l'objet d'un examen plus approfondi afin de s'assurer qu'ils ont été correctement datés et que les théories existantes tiennent toujours la route. Cependant, la plupart des archéologues pensent qu'il est toujours probable que des populations aient vécu en Amérique avant la culture Clovis et qu'elles soient arrivées par vagues de migration, à la fois par voie terrestre et maritime. 

    « Ce n'est pas parce que Monte Verde pourrait être erroné qu'il faut pour autant écarter les autres sites anciens » indique Thaís Pansani, paléontologue à l’université d'État de Rio de Janeiro qui n'a pas participé à la nouvelle étude. 

    Elle se réjouit de ce débat. « C'est ça la science : des désaccords et de nouvelles perspectives » affirme-t-elle. 

    Les empreintes de pas d'un adolescent et d'un jeune adulte ont été découvertes au parc national ...

    Les empreintes de pas d'un adolescent et d'un jeune adulte ont été découvertes au parc national des White Sands au Nouveau-Mexique et datées de plus de 20 000 ans. 

    PHOTOGRAPHIE DE NPS

    Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise. 

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