Sapin de Noël : entre histoire et traditions païennes

De l’Estonie à l’Antarctique, ce symbole aux origines païennes prend aujourd’hui de nombreuses et curieuses formes.

Publication 22 déc. 2020 à 12:45 CET
Cette illustration datant de décembre 1848 représente la reine Victoria, le prince Albert et leurs enfants admirant ...

Cette illustration datant de décembre 1848 représente la reine Victoria, le prince Albert et leurs enfants admirant un sapin de Noël. De nombreuses déclinations de cette image ont commencé à circuler, popularisant la tendance festive.

Photographie de Hulton Archive, Getty Images

À bien y réfléchir, la tradition des sapins de Noël est bien curieuse. En décembre, partout dans le monde, on choisit - et parfois même on coupe soi-même - un arbre avant de l'installer chez soi. On l'orne alors de guirlandes lumineuses, de boules et autres décorations, avant de le jeter sans cérémonie sur le trottoir une fois le mois de janvier venu.

Depuis l’Antiquité, les branches de conifères sont des décorations essentielles pour les célébrations païennes du solstice d’hiver. « Les conifères des fêtes du milieu de l’hiver font partie de la tradition depuis l’Antiquité. Ils représentent la victoire de la vie et de la lumière sur la mort et la pénombre », écrit dans un e-mail Carole Cusack, professeure d’études religieuses à l’université de Sydney.

Il est difficile de savoir exactement quand et où ces traditions païennes sont devenues celles que nous connaissons aujourd’hui. Plusieurs pays se revendiquent comme le lieu d'origine du sapin de Noël et il existe de nombreuses mythologies relatives à sa signification. Si les sapins de Noël prennent aujourd’hui place dans les salons du monde entier, leurs origines remontent aux forêts denses de conifères, notamment celles d’Europe du Nord. Comment le sapin de Noël est-il devenu une icône des temps modernes, insufflant par la même occasion de nouvelles coutumes ?

Le sapin de Noël illuminé du Rockefeller Center à New York. Plus de 50 000 lampes à LED brillent dans l’épicéa commun mesurant près de 23 mètres de haut.

Photographie de Diane Bondareff, AP Images pour Tishman Speyer/Xinhua/Alamy Stock Photo

 

OÙ EST NÉE LA TRADITION DU SAPIN ?

La Lettonie et l’Estonie se revendiquent toutes deux comme le lieu de naissance du premier sapin de Noël. Cette tradition existerait en Lettonie depuis 1510, lorsque l’association de marchands La Maison des Têtes noires traversa la ville avec un sapin et le décora avant de le brûler quelque temps après. L’Estonie a répliqué à ces allégations, affirmant qu’une fête similaire organisée par cette même association avait eu lieu en 1441 à Tallinn, la capitale du pays.

Un immense sapin de Noël trône au centre du marché de Noël de Tallinn, la capitale de l’Estonie. La Lettonie et l’Estonie revendiquent toutes deux être le lieu de naissance de la tradition du sapin de Noël.

Photographie de David Min, Getty Images

Un sapin de Noël domine la place de l’église Saint-Pierre à Riga, en Lettonie.

Photographie de Ikars Kublins, Alamy Stock Photo

Ces revendications ont cependant été remises en cause par des historiens. Gustavs Strenga de la Bibliothèque nationale de Lettonie, à Riga, a ainsi déclaré au New York Times en 2016 que les festivités de l’association n’avaient très certainement aucun lien avec Noël. Cela n’empêche cependant pas les deux pays de continuer à s’affronter pour revendiquer leurs droits. Une plaque qui commémore le lieu où fut installé le premier sapin de Noël a même été posée sur la place de la mairie de Riga.

 

UN SAPIN AUX ORIGINES ALLEMANDES

Le sapin de Noël tel que nous le connaissons serait plutôt apparu au 16e siècle en Alsace selon Carole Cusack. (À l’époque, la région française faisait partie du territoire allemand). Selon les archives historiques, un sapin s’élevait devant la cathédrale de Strasbourg en 1539. La tradition a pris une telle ampleur dans la région que la ville de Freiburg interdit l’abattage de sapins pour Noël en 1554.

Le folklore apporte de nombreuses explications différentes à la signification de l’arbre. Pour certains, il s’inspirait de l’arbre-paradis, symbole du jardin d’Eden qui apparaissait dans une pièce de théâtre médiéval sur Adam et Ève. D’autres pensent que le sapin de Noël tire son origine des pyramides de Noël, structures en bois décorées de branches de conifères et de personnages religieux. Pour Carole Cusack, ces théories sont non fondées. « Le sapin de Noël devait être religieusement neutre dans le contexte du christianisme », explique-t-elle.

La tradition a toutefois pris de l’ampleur chez les familles allemandes et a progressivement évolué vers sa forme actuelle. Carole Cusack indique que le réformateur protestant Martin Luther est souvent considéré comme la première personne à avoir mis des lumières dans le sapin de Noël (des bougies, les guirlandes électriques modernes ayant été inventées en 1882). L’idée lui serait venue après une balade en forêt sous le ciel étoilé. La tradition s’est ensuite répandue à d’autres pays par le biais des émigrants allemands. Au 18e siècle, les sapins de Noël avaient conquis toute l’Europe, souligne Carole Cusack.

 

LA MODE DU SAPIN LANCÉE PAR LA REINE VICTORIA

La reine Charlotte, princesse d’un duché allemand qui épousa le roi George III au milieu du 18e siècle, aurait introduit le premier sapin au sein d’une famille royale. Mais c’est une autre reine britannique qui fit du sapin de Noël le symbole des fêtes que nous connaissons aujourd’hui.

Le National Christmas Tree (sapin de Noël national) est illuminé dans la partie sud de l’Ellipse de la Maison blanche, à Washington.

Photographie de Yasin Ozturk, Anadolu Agency/Getty Images

En 1848, la reine Victoria et son mari le prince Albert (lui aussi d’origine allemande) captèrent l’attention des observateurs royaux du monde entier. Le magazine Illustrated London News avait publié une illustration de leur famille rassemblée autour d’un sapin de Noël décoré. À l’époque, la reine Victoria était une faiseuse de mode et la tradition gagna le monde entier.

De nos jours, le sapin de Noël le plus célèbre de Londres est celui qui illumine Trafalgar Square chaque hiver. Ce dernier peut d’ailleurs se targuer d’avoir une riche histoire. En 1947, la Norvège décida d’offrir chaque année au Royaume-Uni un sapin de Noël en guise de remerciement pour son aide lors de la Seconde Guerre mondiale, puisque le gouvernement norvégien trouva refuge au Royaume-Uni après l’invasion du pays par les nazis. La tradition était née.

 

DES SAPINS ILLUMINÉS AUX ÉTATS-UNIS

La tradition allemande du sapin de Noël fit certainement son arrivée aux États-Unis à la fin du 18e siècle, lorsque les troupes de Hesse vinrent apporter leur soutien aux Britanniques pendant la guerre d’indépendance. Les immigrés allemands arrivèrent dans le pays avec leur tradition dans les années qui suivirent. Au fil du temps, le sapin de Noël « devint un objet de fascination pour les autres Américains », écrit l’historien Penne Restad.

C’est après 1850, lorsque le magazine de Philadelphie Godey’s Lady’s Book republia la scène du Noël de la famille royale tirée du Illustrated London News, que les familles américaines adoptèrent plus largement le sapin. Quelques modifications avaient cependant été apportées à l’illustration : la couronne de Victoria avait disparu, tout comme l’écharpe royale d’Albert, afin « d’américaniser » la famille.

Aujourd’hui, deux sapins de Noël adorés sont illuminés aux États-Unis dans le cadre du rituel de lancement de la période des fêtes de fin d’année. En 1923, le président Calvin Coolidge supervisa l’illumination des décorations du premier sapin de Noël national. 10 ans plus tard, en 1933, New York illumina le premier sapin au Rockefeller Center. Depuis, touristes et New-Yorkais sont nombreux à venir l’admirer à l’occasion des fêtes. À l’exception de quelques Noëls dans les années 1940 en raison des coupures d’électricité pendant la Seconde Guerre mondiale, les deux sapins ont toujours été illuminés.

 

UN SAPIN DU NOUVEL AN EN RUSSIE

La Russie a une longue tradition de sapins de Noël. Pourtant, ceux illuminés sur la place des cathédrales du Kremlin chaque année en décembre ne célèbrent pas Noël. Ce sont des arbres du Nouvel An, ou yolka en russe. Cette tradition est née suite à l’interdiction des sapins de Noël après la révolution russe.

Dans les années 1920, le gouvernement soviétique fraîchement arrivé au pouvoir se lança dans une campagne anticléricale. Les premières mesures prises portèrent sur les traditions considérées comme bourgeoises, à l’image de Noël. Les sapins et autres coutumes étant interdits, le régime laïc commença à encourager les citoyens à célébrer le Nouvel An à la place.

La place Syntagma, à Athènes, en Grèce, accueille un navire décoré de guirlandes électriques au moment des fêtes de Noël.

Photographie de Wassilis Aswestopoulos, NurPhoto/Getty Images

Le pouvoir soviétique finit par changer d’avis au sujet du sapin en 1935. Pavel Postyshev, un haut fonctionnaire soviétique, publia un article dans un journal dans lequel il suggérait aux familles de célébrer le 1er janvier avec « des sapins scintillants de toutes les couleurs ». Noël fit son retour en Russie dans les années 1990 avec la chute de l’URSS, mais la tradition de l’arbre du Nouvel An perdure.

 

UN SAPIN EN MÉTAL EN ANTARCTIQUE

L’Antarctique a aussi son lot de traditions en matière de sapins de Noël, malgré l’absence totale d’arbres au pôle Sud. En 1946, les membres d’équipage de l’U.S. Navy en expédition dans la région célébrèrent Noël en mer en attachant une épinette blanche au mât du navire. Plus d’un siècle après, les chercheurs de la base américaine antarctique Amundsen-Scott créèrent un sapin de Noël en ferraille, décoré d’ornements faits sur mesure. Si cette tradition s’est brièvement perpétuée, avec l’ajout de nouvelles décorations chaque année par les ferronniers, la Fondation nationale pour la science a indiqué que le sapin en ferraille ne faisait plus partie des traditions des fêtes de Noël à la station de recherche antarctique.

 

DES BATEAUX DE NOËL EN GRÈCE

Autrefois, les Grecs décoraient des bateaux de Noël plutôt que des sapins en l’honneur de Saint-Nicolas, saint patron du pays et protecteur des pêcheurs. Tandis que les familles plaçaient de petits bateaux en bois au sein de leur maison pour symboliser le retour de ceux partis en mer, les embarcations illuminées occupaient une place d’honneur sur les places publiques des villes comme Thessalonique.

Aujourd’hui, le sapin de Noël fait de l’ombre au bateau. Quelques embarcations sont néanmoins encore visibles dans certaines communautés insulaires.

 

DES FRIANDISES COMME DÉCORATIONS EN SCANDINAVIE

Depuis le 17e siècle, un jour de fête est dédié au retrait des décorations comestibles qui ornent le sapin de Noël des familles scandinaves avant de jeter ce dernier. Célébrée le 13 janvier, la Saint-Knut est nommée en l’honneur du roi Knut, qui régna au 11e siècle. Cette fête est surtout importante en Suède. Elle marque le 20e et dernier jour de Noël (dans les autres pays, cette période dure 12 jours).

Pour fêter la Saint-Knut, les familles accrochent des biscuits et autres friandises dans leur sapin à l'intention des enfants. Une fois que les décorations ont été englouties, tout le monde se met à chanter avant de mettre le sapin nu sur le trottoir. En Norvège, l’arbre est découpé et jeté dans la cheminée.

Maintenant que les Suédois retirent leurs décorations de Noël plus tôt, les traditions de la Saint-Knut sont quelque peu tombées dans l’oubli. Le folkloriste Bengt af Klintberg avait toutefois souligné en 2015 à l’agence de presse TT que la tradition perdurait dans les poèmes traditionnels du pays.

Un Tió de Nadal, tradition de Noël en Catalogne, attend de trouver preneur sur un marché de Noël à Barcelone, en Espagne.

Photographie de Cisco Pelay, Alamy Stock Photo

 

DES BÛCHES QUI « DÉFÈQUENT » EN CATALOGNE

Il existe en Catalogne une autre tradition. Bûche creuse arborant un visage sur une extrémité, le Tió de Nadal prend place dans la maison des familles quelques semaines avant Noël. Les enfants doivent s’en occuper en l’enveloppant dans une couverture et en lui laissant de la nourriture et de l’eau chaque nuit. Le 25 décembre, ils donnent des coups de bâton au Tió de Nadal pour que celui-ci « libère » des cadeaux et des friandises, qui sont libérés d’un trou situé à l’arrière de la bûche.

Selon NPR, cette tradition pour le moins inhabituelle aurait pour origine un rituel païen au cours duquel on mettait le feu aux bûches pour rester au chaud pendant l’hiver. Quant à la raison pour laquelle la bûche doit « libérer » ses trésors, Carole Cusack pense que cela aurait un lien avec le Caganer, le santon d’un paysan en train de déféquer. Ce « chieur », comme on peut le traduire littéralement, représente « le monde à l’envers, une certaine période qui célèbre les pauvres ou les personnes en marge de la société tandis que les nobles sont rabaissés ». « Les fèces fertilisant la terre, le Caganer incarne donc les vertus civiques ».

Les vraies origines de ce rituel catalan restent toutefois mystérieuses. Comme pour de nombreuses autres coutumes relatives au sapin de Noël, elles pourraient être perdues à jamais.

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

Lire la suite

Découvrez National Geographic

  • Animaux
  • Environnement
  • Histoire
  • Sciences
  • Voyage & Adventure
  • Photographie
  • Espace
  • Vidéos

À propos de National Geographic

S'Abonner

  • Magazines
  • Newsletter
  • Livres
  • Disney+

Nous suivre

Copyright © 1996-2015 National Geographic Society. Copyright © 2015-2017 National Geographic Partners, LLC. Tous droits réservés.