Découverte de quatre sarcophages dans les Pyrénées-Orientales

Moins d’un mois après la découverte d’un premier sarcophage dans le sous-sol d’Elne, trois autres ont été remontés à la surface mercredi 11 mai. Ces cuves monolithiques seraient datées entre le 5e siècle et le 7e siècle de notre ère.

De Margot Hinry
Publication 18 mai 2022, 09:30 CEST
Levée des sarcophage dans la commune d'Elne

Levée des sarcophage dans la commune d'Elne

PHOTOGRAPHIE DE Département des Pyrénées-Orientales

Près de Perpignan, cette commune des Pyrénées-Orientales est le lieu occupé en continu par les Hommes depuis le plus longtemps au sein du département, « depuis près de 3 000 ans » selon Camille Mistretta, responsable du chantier archéologique d'Elne. D’après les écrits et les travaux de recherche réalisés dans les années 1960 par Roger Grau, archéologue amateur, la ville basse serait riche en vestiges antiques. Pourtant, jusqu’à 2021, les connaissances sur le sous-sol étaient très maigres, par manque d’exploration de la trame urbaine.

Il y a un peu plus d’un an, des travaux de remplacement des réseaux d'adduction d'eau et d’assainissement ont été lancés. « En France, la loi protège les vestiges. Si un aménagement doit détruire des vestiges enfouis, l’État exige qu’ils soient d’abord analysés par des archéologues » explique Camille Mistretta.

Au rythme des travaux, les experts du service archéologique du département poursuivent les fouilles, par tronçons de six mètres. « Là, nous sommes arrivés dans le secteur de la nécropole. On savait qu’on allait atteindre des tombes » témoigne Camille Mistretta. Et en effet, grâce aux croquis et écrits produits par leurs prédécesseurs, les archéologues avaient connaissance d’une vaste nécropole s’étendant sur « une superficie de 2 000 m² avec des sépultures, des caveaux maçonnés, des tombes sous tuiles romaines et un sarcophage en calcaire ou en marbre » énumère l’experte en charge des fouilles. Finalement, environ deux tronçons après la première découverte, les archéologues identifient avec surprise trois nouveaux sarcophages en très bon état de conservation.

« C’est un type de tombes très peu connues pour le département. Le fait qu’il y en ait quatre au même endroit nous montre le caractère hors du commun de cette nécropole. On est dans un secteur particulier. On sait aussi, grâce aux sources historiques, qu’il y a une église ancienne, que pour l’instant l’archéologie n’a pas permis de mettre au jour ». L’église Saint-Pierre est mentionnée dans certains écrits et aurait probablement existé jusqu’en 935. À ce jour, elle reste un mystère pour les chercheurs. « À cette période de la fin de l’Antiquité, courant 5e-6e siècle, on sait que la population est largement christianisée et donc que la nécropole est organisée autour d’une église funéraire. […] La présence de ces sarcophages et de ces nombreuses tombes laisse supposer que l’on n’est pas loin de l’église ».

Sarcophages dans la ville d'Elne.

PHOTOGRAPHIE DE Département des Pyrénées-Orientales

DES SARCOPHAGES EN CALCAIRE ENFOUIS À 3 MÈTRES DE PROFONDEUR

« Ils sont très grands et mesurent environ 2,10m de long. Ce sont de très beaux sarcophages. Il s’agit là aussi de sarcophages monolithiques en calcaire, même si ce n’est pas exactement la même roche. Ils sont plus finement ouvragés, avec des couvercles à deux ou quatre pans, munis d’acrotères, qui forment comme une petite proéminence. Il y en a même un qui en a un au milieu » décrit Camille Mistretta. Les sépultures déjà découvertes mi-avril étaient déjà considérées comme « assez soignées et prestigieuses ».  

L’excellent état de conservation de ces vestiges surprend les chercheurs. Les sarcophages sont entiers, toujours scellés par un couvercle taillé lui aussi dans un bloc de calcaire. « Les personnes qui sont inhumées dans ces tombes appartiennent à une certaine élite. La particularité de ces sarcophages, c’est que tout le monde ne pouvait pas se les offrir à l’époque romaine, c’était long à produire, le calcaire n’était pas local. On saura difficilement qui sont clairement ces individus, sauf si des indices sont trouvés dans les sarcophages. […] Mais l’on pourra déterminer s’il s’agit d’hommes ou de femmes, grâce à toute une série d’analyses que l’on va mettre en place lors de la fouille. On pourra alors déterminer leur régime alimentaire, leur âge, leur état sanitaire et donc les conditions de vie dans lesquelles ils ou elles ont vécu » affirme Camille Mistretta.

Les sarcophages n’ont pas encore été ouverts à ce jour. Ils ont été extraits du sol par une opération de grande ampleur avec des engins de levage grâce aux artisans présents sur les lieux de fouille. « À la profondeur à laquelle on travaille, il y a les remontées naturelles de la nappe phréatique. On est obligés de dégager ces cuves de l’eau » explique l’archéologue. Les sarcophages vont d’abord sécher dans les locaux des archéologues du département, avant d’être ouverts durant l’été pour pouvoir procéder à la fouille de l’intérieur des cuves.

La datation exacte pourra être affinée après la fouille intérieure, mais Camille Mistretta peut d’ores et déjà établir une fourchette. « On sait notamment grâce au type de pierre, aux sarcophages et aux tombes, que l’on est dans une nécropole en activité entre le 4e, le 6e ou le 7e siècle. »

Une équipe a été formée pour extraire un maximum d’informations de ces tombes. « Il s’agit de toute une série d’analyses réalisées par différents spécialistes. On étudie les pollens, les parasites anciens, les insectes, les graines, les ossements humains. C’est un protocole de fouilles qui se construit afin d’être le plus fin et efficace possible » conclut l’archéologue.

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