Découverte du premier prieur du monastère de Saint-Laurent

Sous le prieuré de Saint-Laurent, des archéologues ont découvert et identifié le squelette du fondateur de ce monastère construit aux alentours de l’an 1 000.

De Arnaud Sacleux
Le prieur Guy était un privilégié : l'analyse de ses ossements montre qu'il a eu une vie calme, une vie de religieux.

1 500 sépultures ont été découvertes par des archéologues sous les décombres de ce site, aujourd’hui reconverti en musée archéologique, dépeignant son passé chargé d’Histoire. Récemment, c’est le squelette de son fondateur, le prieur Guy, qui a été identifié par les chercheurs. Jean-Pascal Jospin, directeur de ce musée archéologique de Grenoble et Saint-Laurent interrogé par National Geographic, nous en dit plus sur ce personnage qui a joué un rôle central dans la construction de ce monastère prospère à l'époque médiévale. Au départ simple nécropole, plus tard transformé en église, ce bâtiment a connu mille vies entre l’avènement des Carolingiens, les guerres de religion et les épidémies de peste.

 

LE PRIEUR GUY : UN PRIVILÉGIÉ

Le squelette identifié comme étant celui du prieur Guy mesure près de 2 mètres de haut. Si cela peut paraître immense, c’était pourtant la taille moyenne des hommes à l’aube du Moyen-Âge classique, au 11e siècle. Les restes du prieur, en très bon état de conservation, ont permis aux chercheurs d’en apprendre un peu plus sur ce personnage. Les traits de son visage trahissent une origine plutôt germanique. « Quand on fait des reconstitutions faciales, il arbore un visage plutôt nordique et germanique. Au 11e siècle, nous sommes face à des lignées de gens issus du monde germanique » précise Jean-Pascal Jospin. Des origines nordiques et un peu aristocrates. « Les prieurs recrutaient dans les hauts lignages ». Malgré son gabarit, le moine semblait n’user que très peu ses membres et sa force physique. « C’était un privilégié » ajoute le directeur du musée. « Il n’a pas eu d’accidents, on n’a pas remarqué de trace de traumatismes au niveau osseux. Il a eu une vie calme comme celle des religieux. Il a aussi eu une bonne alimentation et une bonne hygiène dentaire, ce qui fait que son squelette est bien conservé. Il ne montait pas non plus à cheval, ce n’était pas un combattant. »

Figure emblématique du monastère de Saint-Laurent, Guy, Guido en latin, aurait dirigé la communauté monastique pendant 30 ans et ce, jusqu’à sa mort, à environ 70 ans.

S’il y avait une volonté de retrouver la sépulture de ce personnage, le fragment de sa tombe conservé au musée montrant qu’il avait été inhumé à Saint-Laurent, cette découverte est due au hasard. « Nous avions juste la certitude qu’il avait été inhumé sur place ». De plus, la tombe retrouvée sous le monastère « est la seule datant du 11e siècle et est située au cœur de la nef, bien placée pour accéder à la crypte ». S’il n’y a pas de certitude absolue quant à son identité, « l’analyse anthropologique renforce cette hypothèse » affirme le directeur.

 

LE MONASTÈRE DE SAINT-LAURENT : UN SITE CHARGÉ D’HISTOIRE

Aujourd’hui musée archéologique de Grenoble et de Saint-Laurent et, par la même occasion, l’un des plus grands sites archéologiques de France, le prieuré de Saint-Laurent a connu mille histoires au cœur de l’Histoire et à travers les âges. Coincé entre la rivière de l’Isère et ses falaises, le monastère était à l’origine un simple mausolée à l’heure de la domination de l’Empire romain sur la Gaulle. Le bourg de Saint-Laurent était doté de remparts. On enterrait alors les morts hors de la ville, de l’autre côté de la rivière. Y apparaissaient les premiers mausolées. Quelques années après, la cité prit de l’ampleur et le mausolée de Saint-Laurent avec. Dressé sur 3 niveaux, il accueillit les dépouilles des personnalités religieuses les plus prestigieuses de la ville et les chrétiens venant s'y recueillir commencèrent à affluer.

En 496, Clovis renforça l’influence de la religion à travers le Royaume Franc avec son baptême et les édifices religieux fleurirent. Le mausolée devint crypte, la crypte de Saint-Oyen, un important lieu de recueillement.

Au 8e siècle, suite à l’avènement de la dynastie des Carolingiens sur le trône de France, la crypte fut avalée et une église érigée sur son sol. Elle est cependant conservée ; on continuait d’y vénérer les corps saints dans les sous-sols, tandis que des messes étaient célébrées dans la nef de l’église.

A partir du 11e siècle, en l’an 1 000, la féodalité fait son apparition dans tout l’Occident. L’église de Saint-Laurent fut offerte à des moines, et le prieur Guy en fit un monastère. Les architectures carolingiennes détruites, elles furent remplacées dans un style plus roman. Un clocher, un porche et un cloître virent le jour, et des remparts furent édifiés tout autour. La communauté monastique grandit et de nombreuses maisons furent bâties à l’abri du prieuré, grâce notamment à de nombreux dons. Le Prieuré connut alors son apogée, avant d’être détruit par les guerres de religion puis restauré sous l’impulsion du duc de Lesdiguières.

Aujourd’hui musée archéologique et site renommé, le monastère prouve que ses nombreuses années d’existence chargées d’Histoire ont encore beaucoup à nous offrir.

 

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