Histoire

Découverte d’un bébé oiseau de 99 millions d'années fossilisé dans l'ambre

Ce spécimen d'un nouveau-né de 99 millions d'années datant de la période du Crétacé est le fossile le mieux préservé jamais retrouvé dans l'ambre.

De Kristin Romey

Les restes d'un oisillon contemporain des dinosaures ont été découverts dans un spécimen d'ambre vieux de 99 millions d'années. Une découverte annoncée par l'équipe de scientifiques du journal Gondwana Research.

Le nouveau-né appartenait à un groupe majeur d'oiseaux, les énantiornithes, dont l'extinction a coïncidé avec celle des dinosaures à la fin de la période du Crétacé il y a environ 65 millions d'années. Financée en partie par le Conseil des expéditions de la National Geographic Society, cette découverte nous donne de nouvelles informations essentielles sur ces animaux préhistoriques dotés de dents et de plumes qui diffèrent de beaucoup des oiseaux modernes.

Ce spécimen est aussi le fossile d'ambre birman le plus complet jamais découvert. Mis au jour dans la Vallée d'Hukawng, au nord du Myanmar, les spécimens d'ambre birman contiennent sans doute la plus grande variété d'animaux et de plantes de la période du Crétacé.

En se reportant à la formation de ses plumes, les chercheurs ont déterminé que l'oiseau n'avait que quelques jours, voire quelques semaines lorsqu'il s'est englué dans la résine d'un arbre et est resté prisonnier. Près de la moitié de son corps, dont sa tête, ses ailes, ses plumes, ses pattes et ses griffes, a été préservée dans un spécimen d'ambre de 7,6 cm et est visible à l'œil nu. Ses plumes vieilles de 99 millions d'année oscillent entre le blanc, le marron et le gris foncé. Les paléontologues ont surnommé affectueusement le spécimen « Belone », un terme birman pour désigner un oiseau couleur ambre, le skylark oriental (Alauda Gulgula). 

La découverte a été reportée par plusieurs membres de la même équipe qui avaient déjà découvert une queue de dinosaure parfaitement préservée dans l'ambre en décembre dernier.

La structure des plumes des énantiornithes précédemment observés suggère qu'ils étaient sans doute capables de voler dès la naissance, contrairement aux oiseaux modernes. Sur ce spécimen, les scientifiques ont observé que le bébé énantiornithe possédait déjà des ailes fournies, mais que le reste de son plumage était parsemé et semblable aux plumes des dinosaures théropodes, dont le rachis, ou axe central, n'était pas bien défini.

La présence de premières plumes de vol sur un si jeune oiseau renforce l'idée que les énantiornithes pouvaient dès l'éclosion étendre leurs ailes et voler, ce qui les rendait sans doute moins dépendants de leurs parents que les oiseaux modernes.

“C'ÉTAIT UNE TRÈS, TRÈS GRANDE SURPRISE. ”

LIDA XING PALEONTOLOGIST

Cette indépendance a un coût. Les paléontologues estiment que le taux de croissance extrêmement lent rendait ces anciens oiseaux plus vulnérables. Une hypothèse que confirme le grand nombre de très jeunes énantiornithes retrouvés fossilisés. Aucun nouveau-né d'une autre espèce d'oiseaux de la période du Crétacé n'a été conservé.

Les spécimens fossilisés ont été achetés au Myanmar en 2014 par Guang Chen, directeur du Hupoge Amber Museum à Xian de Tengchong, en Chine, après qu'il a appris l'existence d'une étrange « queue de lézard » fossilisée dans l'ambre. Chen a rapporté les échantillons achetés à sa collaboratrice Lida Xing de l'Université de Géosciences de Chine, qui a identifié les griffes comme appartenant à un énantiornithe. Elle est ensuite passée au diagnostic informatique et à la tomodensitométrie, qui ont révélé plusieurs éléments conservés sous plusieurs couches d'ambre.

« [Je pensais qu'il s'agissait] simplement d'une paire de pattes et de quelques plumes avant les résultats tomodensitométriques. C'était une très, très grande surprise.» raconte Xing.

« La surprise a été plus grande encore quand nous avons commencé à examiner la manière dont les plumes étaient réparties et que nous avons réalisé que des tissus mous translucides liaient plusieurs régions du corps de cet oiseau,» ajoute Ryan McKellar, directeur de recherche au Royal Saskatchewan Museum.

« Belone » fait actuellement l'objet d'une exposition au Hupoge Amber Museum. Il sera ensuite transporté au Museum d'Histoire naturelle de Shanghai pour une exposition spéciale, du 24 juin au 31 juillet 2017.

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