Stonehenge faisait en réalité partie d'un vaste complexe cérémoniel

Les archéologues commencent à reconstituer les relations complexes entre Stonehenge et d'autres sites néolithiques de la plaine de Salisbury.

De Julius Purcell
Publication 21 janv. 2021 à 14:14 CET
La neige recouvre la plaine de Salisbury en Angleterre, dominée par son monument le plus célèbre. Construites ...

La neige recouvre la plaine de Salisbury en Angleterre, dominée par son monument le plus célèbre. Construites il y a 4 500 ans environ, les structures en pierre de Stonehenge font partie d'un paysage complexe du néolithique tardif.

Photographie de TOM MACKIE/AWL IMAGES

Massif et mystérieux, Stonehenge se tient depuis 4 500 ans dans la plaine de Salisbury. Situé à environ 145 kilomètres au sud-ouest de Londres, en Angleterre, l'un des monuments préhistoriques les plus célèbres du monde ne serait en fait qu'un seul morceau d'un immense complexe de sites antiques, qui ont pour la plupart été classés au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1986. 

Au cours des deux dernières décennies, les archéologues ont fait d'énormes progrès dans la reconstitution des différents éléments qui ponctuaient ce paysage, de leurs relations les uns avec les autres et de ce qu'ils révèlent sur les peuples néolithiques qui les ont construits. Grâce à leurs connaissances astronomiques, leurs compétences en ingénierie et leur inébranlable détermination, leurs créations continuent de fasciner longtemps après leur édification.

 

ROIS ET MAGICIENS

L'explication peut-être la plus célèbre - et la plus fantastique - de la création de Stonehenge renvoie à la légende arthurienne. Le légendaire Merlin aurait transporté les pierres d'Irlande selon la chronique du 12e siècle de Geoffroy de Monmouth. Un autre écrivain du 12e siècle, Henri de Huntingdon, a décrit le monument comme « des pierres d'une taille remarquable, élevées comme des portes, de telle manière que des portes semblent être placées au-dessus des portes. Et personne ne semble comprendre comment les pierres ont été si habilement soulevées à une telle hauteur ni pourquoi elles ont été érigées là-bas. » Le nom Stonehenge a été dérivé du terme utilisé pour décrire le monument : Stanenges, qui signifie « gibet en pierre ».

Nommés en hommage à l'antiquaire du 17e siècle qui les a découverts, les 56 trous Aubrey dessinent une formation circulaire à l'intérieur du terrassement qui entourait les anneaux de Stonehenge. Les fouilles menées au début du 20e siècle ont révélé des restes incinérés dans leurs strates les plus hautes ainsi que des attaches utilisées pour fermer les sacs qui les retenaient. Lorsque le trou numéro VII a été à nouveau excavé en 2008 dans le cadre du projet Stonehenge Riverside, 25 individus distincts, probablement membres d'une élite dirigeante, ont été identifiés. Datés de 3 000 à 2 450 avant J.-C., les vestiges ont confirmé le rôle de Stonehenge comme site majeur de crémation néolithique européen. Environ 40 % des personnes exhumées n'étaient pas originaires de la région. Ces personnes venaient sans doute du Pays de Galles, où les pierres bleues de Stonehenge ont été extraites.

Photographie de SERGIO AZENHA/ALAMY/ACI

Les théories sur ces pierres se sont multipliées au 17e siècle. L'architecte anglais Inigo Jones était convaincu que Stonehenge était un temple romain construit selon les principes de l'architecture classique. Le philosophe Walter Charleton affirmait quant à lui que c'était là l'oeuvre des Vikings. Le savant John Aubrey a fait la première évaluation approfondie du site - l'une des premières véritables explorations archéologiques au monde - il soutenait que c'était les anciens druides britanniques qui avaient érigé les mégalithes. Les travaux d'Aubrey dans les années 1660 ont permis de mettre au jour 56 trous dans le sol, entourant de manière circulaire les pierres dressées vers le ciel. Aujourd'hui, ils sont connus sous le nom de trous Aubrey en son honneur.

Les travaux se sont poursuivis au 18e siècle, lorsque William Stukeley a identifié l'avenue, une voie de plus de 3 kilomètres qui relie l'Avon à Stonehenge. Comme Aubrey, Stukeley considérait que les cercles de pierre avaient été construits par des druides. Au 19e siècle, les chercheurs ont commencé à se demander si le site n'était pas préhistorique. Sur la base de travaux de restauration ayant commencé en 1900, William Gowland a avancé une datation au néolithique tardif ou à l'âge du bronze, une théorie largement retenue par les scientifiques aujourd'hui.

 

BLOCS ARCHITECTURAUX

Le complexe de Stonehenge comprend de nombreux sites néolithiques le long des rives de l'Avon. Les archéologues pensent que le paysage a d'abord été considéré comme singulier parce que le retrait des glaciers a laissé des sillons dans le sol qui, fortuitement, s'alignaient avec la course du soleil pendant les solstices d'été et d'hiver.

L'une des premières modifications notables par l'Homme était le Grand Cursus, un terrassement commencé vers 3 500 avant notre ère. Cette tranchée massive qui mesure près de 3 kilomètres de long et plusieurs dizaines de mètres de large. Stukeley a été le premier à identifier le Grand Cursus, situé à environ 800 mètres au nord de Stonehenge. Le but précis du Grand Cursus demeure inconnu, mais les chercheurs pensent qu'il avait une fonction cérémonielle. 

Les travaux sur les cercles de pierre emblématiques ont commencé des siècles après ceux du Grand Cursus, vers 3 000 avant notre ère. La première section était un terrassement circulaire extérieur, formé par un fossé et deux remblais de chaque côté. Le fer à cheval central fait de trilithons (deux pierres dressées surmontées d'un linteau) et l'anneau extérieur de pierres ont été achevés vers 2 500 avant notre ère. Ces blocs de construction géants, appelés sarsens, sont en grès. Pesant environ 25 tonnes chacun, ils ont été extraits à seulement une trentaine de kilomètres de là où ils se trouvent aujourd'hui. Les 80 plus petites plaques de dolérite qui se trouvaient à leurs côtés venaient de beaucoup plus loin, probablement de l'ouest du Pays de Galles, à environ 225 kilomètres de là.

 

DÉPLACER LES PIERRES

Les archéologues ont découvert que les dolérites pesaient chacune environ quatre tonnes, et avaient été acheminées à Stonehenge depuis les collines de Preseli dans le sud-ouest du Pays de Galles - un voyage de plus de 225 kilomètres par voie terrestre. La théorie a été formulée pour la première fois dans les années 1920, et les recherches géologiques entreprises dans les années 2000 ont identifié de manière concluante l'emplacement exact des carrières, appelées Carn Goedog et Craig Rhos-y-felin, où les pierres ont été excavées.

Les dolérites font saillie dans les collines Preseli, dans le sud-ouest du Pays de Galles. Dans les années 2000, l'analyse des roches a prouvé la théorie de longue date selon laquelle ces pierres provenaient du Pays de Galles.

Photographie de ANDREW HENDERSON/NG IMAGE COLLECTION

Les chercheurs peinent toujours à s'accorder sur la manière dont les pierres bleues ont  réellement été acheminées du Pays de Galles à la plaine de Salisbury. Une théorie, maintenant discréditée, voulait que les pierres aient été portées par les glaciers avant d'être déposées en Angleterre ; la plupart des chercheurs conviennent désormais que ce sont bien des Hommes qui les ont transportées. La question de savoir comment, et par quelle voie (terrestre ou maritime), reste sans réponse. D'aucuns suggèrent que les pierres auraient pu flotter le long de la côte, puis remonter les voies navigables pour atteindre l'Avon avant d'être transportées sur le site de Stonehenge. D'autres pensent que les pierres galloises ont été chargées sur des traîneaux et traînées par voie terrestre.

Les chercheurs ne savent pas pourquoi ces pierres-là ont été choisies pour le site ni pourquoi de tels efforts ont été faits pour les déplacer du Pays de Galles jusqu'en Angleterre. Une analyse isotopique récente de restes humains découverts à Stonehenge a indiqué que des personnes originaires de la même région que les dolérites ont été enterrées dans la plaine de Salisbury, ce qui pousse à croire qu'ils avaient peut-être extrait et transporté les pierres jusqu'au nouveau site.

 

CONNECTIONS COMPLEXES

Les archéologues considèrent aujourd'hui Stonehenge et ses environs comme un « paysage rituel », un ensemble de monuments placés dans un lieu qui avait une signification cérémonielle. L'avenue, construite en 2 500 avant notre ère environ, est l'un des éléments qui relient littéralement les espaces sacrés et les menhirs à la rivière Avon. Cette voie est alignée sur la course du soleil au moment du coucher lors du solstice d'hiver et du lever lors du solstice d'été, ce qui amène à s'interroger sur les connaissances astronomiques qu'avaient ces constructeurs néolithiques.

D'autres monuments sont connectés à Stonehenge de manière symbolique et physique. À environ 3 kilomètres au nord-est de Stonehenge se trouvent les Durrington Walls, ou murs de Durrington, un site parsemé des vestiges d'un énorme terrassement circulaire. Avant la construction du terrassement, les archéologues pensent qu'il y avait là un grand village.

L'importance qu'avaient alors les Durrington Walls est mieux comprise depuis peu. Au début des années 2000, les restes d'une colonie néolithique composée de centaines d'habitations ont été mis au jour. Ce village a peut-être abrité les personnes qui ont construit Stonehenge, ainsi que des pèlerins qui ont assisté à des cérémonies, qui ont laissé pour preuves des ossements d'animaux, principalement de porcs (sur les 8 500 spécimens mis au jour, les porcs étaient dix fois plus nombreux que les bovins).

Entre 2 800 et 2 400 av.J.-C. à Durrington Walls, un grand monument en bois a été construit. Il est maintenant connu sous le nom de Southern Circle, considéré comme un contrepoint à Stonehenge. Le village avait sa propre avenue séparée qui menait à la rivière Avon.

Photographie de Illustration de 4D News

L'analyse isotopique des os de porcs montre également que tous n'ont pas été élevés localement ; ils ont été apportés par des visiteurs venus de toute la Grande-Bretagne, y compris du Pays de Galles et d'Écosse. Ces preuves soutiennent l'hypothèse selon laquelle Stonehenge et ses sites environnants étaient des lieux de rassemblements cérémoniels pour le monde britannique, et pas seulement pour la population locale. Ce village a finalement été abandonné et un énorme terrassement circulaire - la plus grande structure « henge » de Grande-Bretagne - a été fait sur le site.

Des découvertes récentes - une série de fosses d'environ 60 centimètres de profondeur - indiquent qu'une structure en bois massif se trouvait autrefois près des Durrington Walls. Regroupés dans un arc de plus de 1.5 kilomètre de diamètre, 20 fosses ont été creusées, et on en compte jusqu'à 300 au total. Des poteaux en bois robustes, se tenaient autrefois là, certains dépassant les 4.50 mètres, créant un autre spectacle emblématique à l'horizon de la plaine de Salisbury.

 

TERRE, BOIS ET ROCHES

Au sud des Durrington Walls se trouve Woodhenge, qui a été identifié grâce à une photographie aérienne prise par le pilote Gilbert Insall en 1925, l'une des premières découvertes dans le domaine de l'archéologie aérienne. L'archéologue d'origine galloise Maud Cunnington a ensuite conduit les fouilles sur le site. En 1929, son équipe a découvert que ces anneaux étaient une série de trous dans le sol qui accueillaient autrefois en leur sein des poteaux, certains estimés à une hauteur pouvant atteindre plus de 7 mètres. Entouré d'un talus extérieur et d'un fossé, les grands poteaux en bois auraient pu supporter un toit de chaume. Au centre, Cunnington a découvert une sépulture contenant le crâne fendu d'un enfant ; ce qui était selon elle la preuve d'un sacrifice rituel, mais malheureusement les restes, emportés hors site pour être étudiés, ont été perdus et n'ont pas pu être examinés plus avant.

Une autre découverte plus récente a été faite par le Stonehenge Riverside Project (SRP), codirigé par Mike Parker Pearson de l'Université de Sheffield et financé en partie par la National Geographic Society. En 2009, le SRP a annoncé la découverte du West Amesbury Ring, également connu sous le nom de Bluestonehenge. Située au bout de l'avenue la plus proche de l'Avon, cette structure circulaire aurait autrefois été constituée de pierres dressées d'environ 2 mètres de haut. 

Cette illustration recrée le West Amesbury Circle, ou Bluestonehenge, découvert en 2009 dans le cadre du Stonehenge Riverside Project. Le cercle se trouve à l'intersection de l'avenue avec l'Avon.

Photographie de EFE

 

LE CIEL ET LA TERRE

Les archéologues croient maintenant que toutes ces structures étaient interdépendantes, liées par des relations culturelles et des significations spirituelles. La nature exacte des croyances des personnes qui ont construit ces structures est, bien entendu, l'une des principales questions posées depuis des siècles. Entre 2003 et 2009, le SRP a entrepris des dizaines de fouilles dans le complexe pour tenter de mieux comprendre les intentions de ses constructeurs.

Ce qui est clair, c'est que Stonehenge et les structures environnantes ont tous joué un rôle dans les rituels entourant la vie et la mort. Le SRP a constaté qu'environ 63 crémations connues ont eu lieu près de Stonehenge, ce qui en fait l'un des plus grands sites de crémation néolithique d'Europe.

La dispersion de la brume révèle les grandes structures de trilithons de pierre de Stonehenge. Vus du ciel, les anneaux concentriques de terrassement antérieurs sont clairement visibles.

Photographie de GAVIN HELLIER/AWL IMAGES

L'équipe de Parker Pearson a analysé les restes de dizaines d'individus incinérés trouvés dans l'un des trous d'Aubrey et a découvert que de nombreux individus n'étaient pas nés dans la région. Leurs découvertes ont renforcé la théorie selon laquelle Stonehenge attirait des gens de toute l'Angleterre ancienne. Parker Pearson et son équipe pensent que le complexe a probablement agi comme une première force unificatrice à travers la région, un rôle que Stonehenge continue de jouer aujourd'hui en attirant des visiteurs du monde entier.

L'astronome du 20e siècle Gerald S. Hawkins a décrit Stonehenge comme un « ordinateur néolithique », avec ses pierres massives placées délibérément pour se coordonner avec les événements célestes. L'alignement solaire le plus connu se produit aux solstices en juin et décembre. Les archéologues pensent que le complexe de Stonehenge a probablement servi plusieurs objectifs au fil des siècles, y compris des rites religieux entourant la vie et la mort. 

Pour le SRP, Stonehenge servait, entre autres, de centre de culte des ancêtres, soutenu par la présence d'individus incinérés. Le SRP a également exploré les liens symboliques entre les anneaux de pierre massifs et une structure en bois rappelant les Durrington Walls. Les anneaux de pierre représentaient le domaine des morts et le bois celui des vivants, avec l'avenue entre eux représentant la connexion entre les deux mondes.

 

Cet article a initialement paru sur le site nationlageographic.com en langue anglaise.

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