Édouard de Woodstock, l’impitoyable « Prince Noir » du Moyen-Âge

Depuis plus de 600 ans, le « Prince Noir » gît sous la cathédrale de Canterbury. Des scientifiques ont pu sonder les secrets de son imposante sépulture en cuivre doré, considérée comme étant l’un des plus beaux héritages médiévaux d'Angleterre.

Publication 15 déc. 2021, 11:46 CET, Mise à jour 22 déc. 2021, 09:42 CET
La sépulture d'Édouard Woodstock, connu sous le nom de "Prince Noir".

La sépulture d'Édouard Woodstock, connu sous le nom de "Prince Noir".

Photographie de Creative Commons

Édouard de Woodstock repose depuis 1376 sous la cathédrale de Canterbury, en Angleterre, dans une sépulture ornée d’une statue grandeur nature tout en cuivre doré. 

Une équipe composée de scientifiques du Courtauld Institute of Art à Londres a réussi à sonder les secrets enfermés depuis des siècles à l’intérieur de cette imposante effigie et a publié ses résultats de recherche dans la revue The Burlington Magazine.

 

DES MYSTÈRES PERCÉS DEPUIS L’INTÉRIEUR

Pour se faufiler à l’intérieur de cette sculpture scellée, les scientifiques ont eu recours à des techniques avancées d’imagerie. Grâce à la spectroscopie et à l’insertion d’une caméra endoscopique à l’intérieur même de la statue, sa structure interne a pu être décortiquée et analysée, révélant ainsi des secrets de fabrication qui étaient encore, jusqu’à aujourd’hui, très mal connus.

Les premières observations nous en disent un peu plus sur ces artisans, dont le temps a effacé l’identité. Pour les chercheurs, il est désormais certain qu’au moins un armurier a participé à la conception de la statue. « Les artisans savaient exactement ce qu'ils faisaient, et toutes les pièces s'emboîtent parfaitement. Il est d'ailleurs difficile d'imaginer que des artisans d'aujourd'hui puissent reproduire une telle sculpture capable de resister au temps » explique Emily Pegues, doctorante en histoire de l'art médiéval au Courtauld Institute of Art et auteure de l'étude.

Les historiens ont longtemps supposé que la sépulture avait été fabriquée à la mort d’Édouard de Woodstock, en 1376, commandée par le défunt lui-même sur son lit de mort et reproduite au détail près. L’étude des matériaux utilisés pour la fabrication de la statue a cependant révélé de grandes similitudes avec ceux utilisés pour la fabrication de la tombe d’Édouard III, père d’Édouard de Woodstock, érigée dix ans plus tard.

« Il est frappant de constater que d'autres tombes royales sont exceptionnellement bien documentées mais que nous n'avons presque rien pour les monuments du Prince Noir et de son père Édouard III », relève Jessica Barker, chercheuse qui a participé à l’étude. « Si les deux monuments ont été édifiés en même temps, ils auraient été enregistrés dans les mêmes documents... qui auraient pu être perdus ensemble. » 

La finesse des détails ainsi que la sophistication de l’armure montrent également que la période médiévale anglaise aurait été beaucoup plus avancée d'un point de vue technologique qu'on ne le pensait.

 

IMPITOYABLE CHEVALIER DE LA COURONNE D'ANGLETERRE

Fils aîné du roi d'Angleterre Édouard III, Édouard de Woodstock a vécu au 14e siècle et a pris au cours de sa vie romanesque divers titres de noblesse. Chevalier, prince héritier de la couronne d’Angleterre, prince de Galles, comte de Chester, duc de Cornouailles, prince d’Aquitaine… et « Prince Noir ».

Comment les templiers protégeaient-ils leurs trésors ?

Ce surnom ne lui fut attribué qu’en 1599, popularisé par William Shakespeare. Les hypothèses de son origine sont multiples, mais certaines se démarquent. La première ferait tout simplement référence à la couleur de l’armure en fer bruni qu’arborait le prince Édouard sur le champ de bataille. La seconde, plus violente, serait issue de la terreur qu’inspirait le prince noir à ses ennemis.

Connu pour avoir été particulièrement impitoyable et brutal, Édouard de Woodstock s’est forgé une solide réputation dans le monde militaire et demeure aujourd’hui l’une des plus illustres figures de la chevalerie anglaise. Nombreux sont les récits écrits relatant les prouesses au combat du prince lors de la Guerre de Cent Ans, qui déchira l’Angleterre et la France, au cours de laquelle il s’illustra lors de plusieurs batailles.

En 1356, à Poitiers, il fit prisonnier le roi de France Jean II ; à Foix, il fut à l'origine d'un épisode connu sous le nom de « Grande Chevauchée », célèbre pour ses pillages violents ; ou encore en 1370, lors du siège de Limoges, où il massacra plusieurs milliers d’hommes, de femmes et d’enfants.

Après une vie ponctuée d’excès en tous genres, Édouard de Woodstock s’est éteint à Westminster, à l’aube de ses 46 ans, un an seulement avant le décès d’Édouard III, son père. Sa légende résonne, encore aujourd’hui, contre les parois de sa célèbre armure de cuivre, à l’épreuve des ravages du temps.

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