Égypte : reprise des explorations dans le tombeau de Toutânkhamon

Après deux fouilles aux conclusions divergentes, un nouveau scan du tombeau du célèbre pharaon tente d'en percer le mystère. Reportage aux côté des archéologues chargés de cette délicate mission.

De Kristin Romey, A. R. Williams

Le ministère égyptien des antiquités a annoncé aujourd'hui que de nouveaux tests au moyen du radar à pénétration de sol (RPS) étaient en cours dans la chambre funéraire de Toutânkhamon afin de répondre à une question qui semble remonter à la nuit des temps : que peuvent donc bien cacher les murs du tombeau ? Une autre chambre funéraire ? Un autre tombeau royal, scellé pour l'éternité il y a plus de 3 300 ans ?

Depuis que l'archéologue Howard Carter a mis au jour le tombeau dans la Vallée des rois, à Louxor en 1922, les experts pensent que l'espace est étrangement petit pour la sépulture d'un pharaon. Diverses théories sur le tombeau ont été émises au cours des décennies suivantes, mais en 2015 l'égyptologue Nicholas Reeves a formulé une hypothèse étonnante : les murs nord et ouest pourraient cacher la momie et les fabuleuses possessions de la belle-mère de Toutânkhamon, la légendaire reine Néfertiti. 

Deux précédentes études du tombeau avec le radar à pénétration de sol ont été conduites en 2015 et 2016, avec des résultats divergents. Une troisième étude des lieux avec le RPS a été commandée par le ministre des antiquités Khaled El Enany sur la recommandation des experts qui ont étudié les résultats des deux précédents scans. Cette nouvelle enquête, placée sous la direction de l'université polytechnique de Turin, a pour but de clarifier ces résultats et vérifier s'il existe des espaces vides derrières ces murs.

 

DES INDICES INTRIGANTS

L'idée de Nicholas Reeves est née d'un scan en trois dimensions réalisé en 2009 par la firme Factum Arte, qui était chargée de construire une réplique exacte du tombeau pour que les touristes puissent le visiter. Quand Reeves a étudié les scans des murs nord et ouest, il a cru voir des traces d'ouvertures recouvertes de briques. Ces indices pourraient permettre d'expliquer deux autres éléments intrigants.

En 1984 l'égyptologue Gay Robins a publié une étude sur les proportions des figures peintes sur les murs de la chambre funéraire. Sur le mur nord, elles composent une trame de 20 carrés, contre seulement 18 carrés pour les trois autres murs. Pour Gay Robins, ce serait là le résultat de la construction hâtive du tombeau, qui aurait pu nécessiter plusieurs équipes de peintres dont la formation divergeraient. Mais se pourrait-il que les murs aient été peints à deux périodes différentes et qu'un second corps repose dans ce tombeau ?

Les experts du Getty Conservation Institute ont par ailleurs relevé en 2012 un autre élément des plus étranges. Le décor du mur nord était originellement peint en blanc et a été recouvert de jaune plus tard pour correspondre aux trois autres murs. Le mur blanc pourrait-il être celui d'un autre tombeau, repeint au moment de l'inhumation de Toutânkhamon ?

Quand Mamdouh El Damaty, ministre des antiquités à l'époque où Reeves a émis cette théorie, a pris le temps d'observer avec attention le mur du nord, il y a vu une autre irrégularité : une différence nette entre deux parties du mur. La partie haute de cet espace est peinte sur la pierre nue mais la partie basse est peinte sur une sorte d'enduit.

Un technicien se sert d'un radar à pénétration de sol (RPS) à la recherche de vides …
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L'accumulation des indices était suffisamment convaincante pour que El Damaty approuve l'analyse thermique des lieux par thermographie infrarouge en novembre 2015. Cette technique permettant d'obtenir une image thermique d'une scène par analyse des infrarouges a permis de révéler des différences très nettes de températures sur les différentes parties du mur nord.

Plus tard cette même année, le spécialiste japonais Hirokatsu Watanabe a utilisé le RPS pour tenter de traverser virtuellement le mur. Les résultats de ses analyses ont fait grande sensation auprès des archéologues (et des journalistes) du monde entier. Hirokatsu Watanabe disait pouvoir voir des chambres funéraires derrière le mur nord et le mur ouest, ainsi que des artefacts en métal et en terre.

Mais de nombreux égyptologues et experts RPS ont émis des doutes sur les résultats de cette étude. Une seconde étude a donc été commandée en mars 2016 pour confirmer ou infirmer les résultats de la première analyse. Cette fois les ingénieurs de National Geographic étaient sur place.

Les attentes étaient grandes mais les résultats déroutants. L'étude n'a révélé ni espace vide ni murs derrières les murs de la chambre funéraire de Toutânkhamon. Le mystère a été prolongé par ces résultats dissonants. 

 

LE DÉNOUEMENT EST-IL POUR BIENTÔT ?

Le troisième scan RPS passera sous le radar chaque pierre de l'édifice funéraire, au cours de plusieurs sessions d'une durée de quatre heures. Les résultats du scan complet devraient normalement apporter la réponse finale sur l'existence de supposées chambres funéraires cachées. Les scientifiques préviennent toutefois que le scan RPS ne permet que de détecter les « anomalies » dans la pierre, et d'autres recherches seront nécessaires pour déterminer si les anomalies détectées sont en fait des pièces cachées.

Ce projet est une mission scientifique menée de concert par l'Égypte et l'Italie, et est coordonnée par le physicien italien Francesco Porcelli de l'université polytechnique de Turin, en partenariat avec trois sociétés privées, Geostudi Astier, 3DGeoimaging et Terravision.

« C'est une opportunité extraordinaire et j'ai beaucoup de chance de coordonner une telle équipe, » a déclaré Porcelli à National Geographic entre deux sessions de scans hier soir.

L'équipe de recherche a travaillé toute la nuit, après la fermeture de la Vallée des rois et du tombeau de Toutânkhamon aux touristes. L'équipe s'est déplacée avec précaution avec un équipement de pointe dans les espaces exigus de la chambre funéraire, sous la supervision des fonctionnaires égyptiens, qui veillaient à ce que les radars soient utilisés au plus près des murs sans pour autant endommager les peintures vieilles de 3 300 ans.

Après le scan du tombeau dans son intégralité, il faudra compter plusieurs semaines pour que les analyses soient faites. Si les résultats confirment l'existence de vide derrière les murs du tombeau, le mystère laissera place à une frénésie archéologique sans précédent. Il faudra alors tenter de savoir qui repose aux côtés de Toutânkhamon.

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