Histoire

Et si le mythe de la fontaine de jouvence n'en était pas un ?

Cette fontaine légendaire aux vertus rajeunissantes est une composante d'un mythe populaire.

De Willie Drye

Au crépuscule de sa vie, l'écrivain américain Mark Twain a déclaré que « la vie serait infiniment plus heureuse si l’on pouvait naître à l’âge de 80 ans pour se rapprocher petit à petit de ses 18 ans ».

Ce trait d'esprit n'est que l'une des nombreuses doléances qu'a inspirées la vieillesse depuis que les hommes redoutent les tracas d'une longue vie. Le poète de la Grèce antique Homère qualifiait la vieillesse de « répugnante », tandis qu'elle était comparée à un « terrible hiver » chez William Shakespeare. Dorian Gray, personnage d'Oscar Wilde, conservait quant à lui sa jeunesse tandis qu'un portrait de lui endossait les signes hideux de l'âge.

Il ne nous est donc pas difficile de comprendre les raisons nourrissant les espoirs et rumeurs autour de la découverte d'un remède miracle contre la vieillesse — qu'il s'agisse de sources d'eau magiques ou de recherches menées sur les cellules souches.

Alexandre le Grand, qui a conquis une grande partie du monde alors connu avant de mourir vers 323 av. J.-C., était peut-être à la recherche d'une rivière permettant d'échapper aux ravages du temps. Au 12e siècle de notre ère, un roi connu par les Européens sous le nom du prêtre Jean aurait régné sur un État abritant une rivière d'or ainsi qu'une fontaine de jouvence.

Cependant, le nom qui revient le plus souvent lorsque l'on évoque la quête d'une fontaine de jouvence est celui de Juan Ponce de Leon, explorateur espagnol du 16e siècle qui aurait pensé pouvoir la trouver en Floride. À Saint Augustine, doyenne des villes des États-Unis, une attraction touristique vieille d'un siècle prétend ironiquement être la fontaine de jouvence découverte par Ponce de Leon peu après son arrivée sur les terres de ce qui est aujourd'hui la Floride, en 1513. 

Associer la source naturelle de Saint Augustine à la fontaine de jouvence de l'explorateur pose cependant quelques problèmes. D'une part, les visiteurs d'un certain âge qui boivent l'eau à l'odeur de souffre ne se transforment pas en adolescents. Quant à Ponce de Leon, il n'était très probablement pas à la recherche d'une fontaine de ce type et n'a peut-être jamais mis les pieds près de l'actuelle ville de Saint Augustine. Selon de nombreux historiens, il aurait en réalité débarqué à près de 225 kilomètres au sud, à proximité de l'actuelle ville de Melbourne, dans l'État américain de Floride.

 

L'EUPHORIE DE LA QUÊTE

Selon Ryan K. Smith, professeur d'histoire à la Virginia Commonwealth University de Richmond, aux États-Unis, le récit de la recherche d'une fontaine de jouvence est une idée si séduisante qu'il perdure.

« Nous sommes plus intrigués par la quête et le fait de ne jamais mettre la main sur cette fontaine que par l'idée qu'elle existe bel et bien quelque part », affirme-t-il.

Il n'existe aucun document original relatant l'expédition de l'explorateur espagnol en Floride. Selon une théorie, des historiens espagnols auraient créé cette histoire de toutes pièces bien après la mort de Ponce de Leon en 1521. Ils auraient voulu se moquer de lui en raison de son grand âge et de son désir de renouer avec sa vigueur sexuelle passée.

Toutefois, quelques éléments de vérité se sont glissés dans cette histoire et ont permis d'entretenir le mythe. D'après Kathleen Deagan, professeure d'archéologie à l'université de Floride située à Gainesville et bénéficiaire d'une bourse de la National Geographic Society, un cimetière ainsi que les vestiges d'une mission espagnole remontant à la fondation de Saint Augustine en 1565 ont été découverts à proximité de ladite fontaine de jouvence.

« Il est à la fois intéressant et ironique de constater que ce site est en réalité l'un des sites historiques les plus importants de Floride », indique-t-elle.

Michelle Reyna, l'une des porte-parole du parc archéologique de la fontaine de jouvence de Saint Augustine, affirme que cette fontaine est une attraction touristique depuis 1901 et qu'elle aurait vraisemblablement attiré des curieux depuis 1860.