Découverte de sépultures médiévales à Rennes

Au total, douze squelettes ont été retrouvés et il est fort probable que d’autres vestiges soient enfouis sous les sols de l’actuelle place de l’Hôtel de ville.

De Margot Hinry
Publication 4 févr. 2022, 17:31 CET
Vue générale des deux tranchées ouvertes sur le haut de la place, avec l’opéra de Rennes en ...

Vue générale des deux tranchées ouvertes sur le haut de la place, avec l’opéra de Rennes en arrière-plan.

PHOTOGRAPHIE DE Emmanuelle Collado, Inrap

La capitale de la Bretagne « regorge de vestiges de l’époque romaine » selon Dominique Pouille, archéologue ingénieur de recherche à l’Inrap. Afin de réaliser des tranchées à implantations pour verdir la place de la mairie de Rennes, une équipe d’archéologues de l’Inrap est intervenue pour en fouiller les sols.

« On intervient quand il y a des travaux qui touchent le sous-sol de la partie ancienne de la ville. Généralement, on y met au jour des vestiges archéologiques antiques. Mais quand on a la chance d’intervenir dans le vieux Rennes, dans lequel il n’y a pas eu beaucoup de travaux, on retrouve aussi des vestiges de la ville médiévale » explique Dominique Pouille.

La place de la mairie n’avait jamais subi de diagnostic archéologique jusqu’ici, étant un « secteur protégé ». « On avait juste quelques mentions de découvertes lors de travaux anciens, notamment au 19e siècle ».

Au total, douze squelettes ont été retrouvés et il est fort probable que d’autres vestiges soient enfouis sous les sols de l’actuelle place de l’Hôtel de ville. Le diagnostic reposait sur plusieurs problématiques. Les experts s’attendaient à nourrir leurs connaissances de la ville antique. « On connaît bien la ville antique, la trame de rue orthogonale. On s’attendait à trouver le tracé d’une rue et puis on espérait mettre en évidence les traces d’occupation dans ce secteur de la ville » témoigne l’archéologue.

Les experts avaient par ailleurs connaissance de l'existence d’anciennes sépultures médiévales, dans l’angle Nord-est de la place. « Ces sépultures avaient été découvertes lors de travaux liés à l’installation du métro dans les années 1990 et lors de la construction du théâtre dans les années 1830 ». Ces squelettes avaient été retrouvés dans des coffres de schiste ardoisier et étaient protégés par des dalles de calcaire coquillier. Dominique Pouille décrit ces pratiques funéraires comme beaucoup plus anciennes, renvoyant à une fourchette chronologique entre le 7e et le 9e siècles.

La découverte de ces vestiges établit un lien avec une ancienne église qui a disparu au cours du Moyen-âge, l’église de Saint-Pierre du marché. « On en connaît l’existence uniquement grâce à des mentions dans le cartulaire de l’abbaye St-Georges. Cette église [aurait été] située aux grandes portes de la ville, au 11e siècle ».

Enfin, les archéologues pensaient également découvrir des traces du grand incendie de 1720 qui avait ravagé la ville de Rennes.

Squelette mis au jour dans le haut de la place, datant de la 1ère moitié du Moyen Âge (VIe-XIe siècles)

PHOTOGRAPHIE DE Elsa Jovenet, Inrap

« AUCUNE TRACE D’OCCUPATION ANTIQUE »

Dominique Pouille décrit la découverte d’une chaussée, qui était probablement le prolongement de la chaussée de la ville antique, et puis, « plus rien autour ». À leur grande surprise, cette place n’était pas le point central de la ville. Finalement, « on n'a aucune trace d’occupation antique, ce qui semble indiquer que la ville ne s’est pas développée à cet emplacement. On ne sait pas pourquoi ». La raison la plus probable serait que ce secteur de la ville a été viabilisé lors de la création de la ville à l’époque romaine mais pas suivi d’édification de bâtiments.

Il fallait remonter plus haut, entre la place Sainte-Anne et l’actuel Couvent des Jacobins. « C’est le lieu qui semble avoir été le point le plus dynamique de la ville. On n’a pas encore trouvé les vestiges du forum de la ville antique, mais on suppose que c’était ici ».

Ce diagnostic a mené à la découverte de cinq premiers squelettes attendus par les archéologues, dans le Nord-est de la place dans un état relatif de conservation. « [Les sépultures] sont peu profondes, donc dès que l'on a creusé des trous, ça a empiété sur ces sépultures. Pour trois d’entre elles, on n'a plus que la partie inférieure du corps. Les deux autres sont mieux conservées. Ces cinq sépultures sont associées à la trace d’un coffre. Un lambeau constitué de briques romaines réutilisées pour le fond et des dalles de schiste posées à la verticale pour les parois. C’est l’équivalent d’un cercueil » précise le chercheur.

Sur le côté ouest de la place, l’équipe d’archéologues a constaté des creusements importants « qui ont perforé tous les niveaux archéologiques anciens ». Ils pourraient correspondre à des « zones d’extraction de matériaux qui ne seraient pas sur plans ».

Selon Dominique Pouille, beaucoup d’écrits faisaient allusion aux graviers ou à de l’argile très fine, recherchée pour la construction de pans de bois, typique de la ville de Rennes. Ces creusements peuvent aussi renvoyer aux « fossés de protections de la ville fortifiée du Moyen-âge ». Ces derniers avaient été remblayés au 15e siècle, avant qu’une nouvelle enceinte ne vienne englober la place dans la nouvelle ville fortifiée.

« Dans la partie Sud-ouest de la place, dans ces creusements remblayés, on va profiter de l’espace pour installer un cimetière. Nous avons mis en évidence sept sépultures, installées dans ces remblaiements d’excavation. Les sépultures sont entassées les unes sur les autres dans différents niveaux de remblais. Cela fait penser à un cimetière paroissial de la fin du Moyen-âge » ajoute l’archéologue.

Le diagnostic ne donnera pas lieu à une fouille préventive, puisque les données disponibles ont été traitées sur place. Le groupe d’experts a libéré les lieux et envoyé les vestiges à l’Inrap afin de les analyser de plus près et de déterminer leurs origines. Les squelettes ne seront pas exposés, mais bientôt disponibles sur l’atlas archéologique interactif de la ville de Rennes qui regroupe toutes les fouilles faites depuis au moins trente ans.

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