France : découverte d'un cimetière de soldats de la Première Guerre mondiale

Dans la Meuse, la découverte d’un cimetière d’après-guerre apporte un éclairage nouveau sur le sort des soldats tombés au combat lors de la Grande Guerre.

Le 92e régiment d'infanterie de l'armée française se bat dans les tranchées en 1916.
Le 92e régiment d'infanterie de l'armée française se bat dans les tranchées en 1916.
photographie de ADOC-PHOTOS/CORBIS

Dans la Meuse, Spincourt fait l’objet de beaucoup d’attentions. Depuis le 6 novembre, une équipe de chercheurs de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP) y fait des fouilles importantes. En février, un diagnostic archéologique avait identifié un cimetière militaire de la Grande Guerre. Le début des recherches ont permis de déterminer la présence d’environ 400 tombes.

Sur l’ensemble de ces sépultures, beaucoup sont des fosses individuelles dans lesquelles ont été retrouvés des squelettes, entiers ou partiels, d’un ou plusieurs soldats à la fois. Ont également été mises au jour des fosses collectives allant jusqu'à 65 combattants entassés, enterrés dans des cercueils et ossuaires, de façon isolée ou groupée. Des sépultures collectives d’alliés sont aussi à l’étude, notamment les corps de soldats américains, russes ou encore italiens.

Suite aux premières analyses, il apparaît que ces hommes seraient morts sur le champ de bataille en août 1914 lors de la Bataille des Frontières, peu après la déclaration de guerre. Quant au cimetière, il aurait été constitué en 1919, les corps ayant été enterrés entre 1919 et 1924. Ces enterrements de masse ont été effectués pour le respect des dépouilles abandonnées mais également pour rendre les terres agricoles à leurs propriétaires et ainsi permettre à l’économie d’être relancée.

Cette découverte pose le problème de la gestion des morts de masse et du rôle des fossoyeurs de l’époque. Suite à la loi de 1920 visant à restituer les corps des soldats aux familles, une déclaration officielle stipule que le cimetière de Spincourt et l’ensemble des corps ont été transférés au cimetière de Pierrepont en 1924 ou rendus aux familles. Force est de constater qu’une grande partie des soldats ont été oubliés ou seulement partiellement prélevés.

Prélèvement d'une chaussure de soldat dans l'un des ossuaires d'une importante fosse collective.
Prélèvement d'une chaussure de soldat dans l'un des ossuaires d'une importante fosse collective.
photographie de Pascal Volpez, Inrap

Le cimetière militaire de Spincourt a été créé en conséquence de la bataille éponyme. La bataille des Frontières a eu lieu au début de la Grande Guerre et visait à repousser l’avancée de l’Empire Allemand aux frontières franco-belges et franco-allemandes. La bataille est tristement célèbre pour sa journée du 22 août 1914, journée la plus meurtrière pour la France avec plus de 27 000 morts. Cette première phase de combats sur le front Ouest entraîne à partir du 23 août la retraite de l'aile gauche française et de la petite armée britannique jusqu'en Champagne : c'est la Grande Retraite, qui se termine par la bataille de la Marne au début de septembre 1914. 

A Spincourt, une fosse collective contenant environ 65 soldats a notamment été mise au jour. Le responsable de la fouille devant un ossuaire contenant 4 ou 5 défunts.
A Spincourt, une fosse collective contenant environ 65 soldats a notamment été mise au jour. Le responsable de la fouille devant un ossuaire contenant 4 ou 5 défunts.
photographie de Pascal Volpez, Inrap

Spincourt a été le triste théâtre d’une des étapes historiques de la Grande Guerre. Les registres officiels indiquent qu’environ 105 corps du cimetière provisoire auraient été rendus aux familles. Cependant, l’état des squelettes et les conditions apparentes d’enfouissement des corps posent la question du traitement des corps lors de tels massacres, par souci d’économie, de temps ou tout simplement d’oubli.

La poursuite de l’étude des ossements et des autres éléments enterrés, notamment des uniformes, permettront cependant aux archéologues d’affiner notre connaissance des conditions de vie des soldats et, pour certains, potentiellement retrouver leur identité.

 

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