Guatemala : découverte de la dépouille d'un roi maya

Des os peints et un masque funéraire décoré figurent parmi les artefacts de ce tombeau récemment découvert.

De Sarah Gibbens
Le site baptisé « Burial 80 » au cours des excavations. Une coupelle de pierre blanche se trouve au centre, entourée d'os peints en rouge des siècles après l'inhumation.

Alors que des chercheurs achevaient les travaux d'excavation sur le site d'El Perú Waka’, une petite colonie située au nord du Guatemala, un scientifique a, contre toute attente, mis la main sur les os cachés d'un ancien souverain maya.

« Il est tombé par hasard sur le bord de cette tombe, où l'équipe a ensuite aperçu les os du roi », a déclaré David Freidel, co-directeur des recherches. L'équipe d'archéologues et d'anthropologues du projet archéologique d'El Perú Waka’ a ensuite fait appel à l'armée guatémaltèque afin de sécuriser la zone, une procédure classique pour éviter tout pillage.

Ces restes sont ceux d'un homme, enterré « la tête en direction de l'est, enveloppé dans des tissus et déposé sur des offrandes en forme de réceptacles », a indiqué David Freidel. Ces différents éléments témoignent de l'importance du personnage, ce qui a amené l'équipe à la conclusion qu'il s'agissait d'un membre de la classe dirigeante.

Comment les archéologues ont-ils déterminé que cette tombe était celle d'un roi ? Selon Freidel, sans inscription officielle sur les artefacts ou sur les parois du tombeau, tout repose sur des suppositions. Cependant, un certain nombre d'indices découverts dans la tombe leur ont permis d'émettre des hypothèses sur l'identité du propriétaire de ces os.

Selon l'hypothèse la plus plausible, ils auraient appartenu au roi Te’ Chan Ahk, dont le nom est connu mais au sujet duquel on sait peu de choses.

Les os ont été peints d'une couleur rouge qui aurait été confectionnée, selon les chercheurs, à partir d'un produit chimique dérivé du mercure appelé cinabre. Ils ont vraisemblablement été peints dans le cadre d'une cérémonie, vers l'an 600 après J.-C., plusieurs siècles après la mort du roi et la décomposition de sa chair. Pour les dirigeants religieux et politiques mayas, la mort n'était pas synonyme de fin de vie. Convaincus que l'âme des défunts survivait, les mayas pénétraient régulièrement au sein des tombeaux des défunts afin de leur rendre hommage.

Le roi aurait été l'un des premiers membres de la dynastie Waka, ou dynastie des Serpents, qui a duré du 4e au 8e siècle après J.-C. Les premières datations réalisées sur les artefacts découverts au sein du tombeau situent l'inhumation entre 300 et 350 après J.-C. Il s'agit de l'une des premières tombes royales révélées dans cette région du Guatemala. 

D'après David Freidel, un complexe très recherché a été construit autour du tombeau au cours des années qui ont suivi sa construction. Baptisé « Burial 80 » par les chercheurs, ce site regorge d'indices et de vestiges sur le passé maya du Guatemala. En 2012, l'équipe a fait l'une de ses découvertes les plus impressionnantes lorsqu'elle a mis au jour le tombeau d'une reine maya plus connue sous le nom de « Lady Snake Lord », tandis que le premier souverain Waka aurait été découvert en 2006.

 

L'IDENTIFICATION D'UN ROI

Si la plupart des os et des artefacts situés à l'intérieur du tombeau sont bien conservés, les parois de la petite pièce se sont effondrées depuis sa construction. Un grand palais a été construit autour du temple et l'invasion probable d'une région maya voisine serait peut-être à l'origine des dégâts. Les archéologues ont dû se faufiler dans la pièce à quatre pattes.

Un masque de jade peint en rouge à l'aide de cinabre découvert lors des excavations. Le haut du masque représente un symbole qui indique un lien de parenté avec le dieu Miaze.

Un masque de jade rouge représentant le roi affublé d'une parure généralement aperçu sur les représentations du dieu du maïs maya est l'artefact le plus révélateur à avoir été extrait lors des fouilles. D'après David Freidel, il n'était pas rare que les rois soient représentés sous forme de figures religieuses. Les peintures sur les murs du tombeau dépeignent également le roi comme personnalité religieuse, tandis que les pierres de jade accrochées à ses dents indiquent son appartenance à la haute société.

Au total, 22 artefacts ont été retrouvés, dont 20 réceptacles funéraires cérémoniels, sortes de pots de terre peu profonds à bords larges. 

« Tous ces réceptacles semblent avoir été confectionnés rapidement, ce qui laisse à penser que l'individu en question serait décédé de façon soudaine », a déclaré Damien Marken, l'un des chercheurs qui a participé aux travaux de fouilles. Il a remarqué qu'un grand nombre de ces réceptacles ne présentaient pas la symétrie et le savoir-faire qui caractérisent habituellement la poterie maya.

Selon lui, ces petits récipients auraient contenu des offrandes, comme des tamales (papillote amérindienne, NDLR), du chocolat ou d'autres aliments destinés à accompagner les défunts vers l'au-delà. Afin d'en avoir le cœur net, Freidel et son équipe ont l'intention d'effectuer des analyses chimiques des traces de résidus de certains pots. Bien qu'il reconnaît que certains pots pourraient avoir contenu de la nourriture, il émet l'hypothèse de l'existence de résidus de stupéfiants, tels que de la nicotine ou de l'herbe de ginseng, découverts au sein d'autres réceptacles funéraires mayas.

L'équipe mène des fouilles sur le site de Waka depuis 2013 et affirme que de nombreux vestiges attendent encore d'être découverts. Les excavations de cette cité antique reprendront au printemps prochain.

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