Huit mythes sur les francs-maçons décryptés

Entre conspirations, religions et légendes, la franc-maçonnerie a fait l'objet de nombreuses spéculations depuis ses débuts. Décryptage de huit mythes répandus sur la plus grande société secrète du monde.

De Brian Handwerk
Publication 22 juil. 2022, 15:44 CEST
Le livre, le Compas et l’Hermine, symboles de la franc-maçonnerie en Bretagne.

Le livre, le Compas et l’Hermine, symboles de la franc-maçonnerie en Bretagne. 

PHOTOGRAPHIE DE ©Fotolia

Depuis longtemps, bien avant Le Symbole perdu de Dan Brown, les francs-maçons sont accusés de tout et de rien : de conspirer avec des extraterrestres, d'être des déviants sexuels, de se livrer à des rituels occultes, de diriger le monde ou d’essayer d’y mettre fin. Parmi leurs détracteurs, on trouve des passionnés de théories du complot ainsi que des organisations religieuses, dont l’Église catholique.

Et si la franc-maçonnerie, plus grande société secrète internationale du monde, n’était en réalité qu’un groupe de personnes aimant socialiser, et pratiquer des rituels non sataniques, le développement personnel et le service communautaire ?

Au moment de la sortie du livre de Dan Brown, en 2009, National Geographic a interrogé deux francs-maçons et un historien de l’ancien ordre chrétien, qui aurait donné naissance aux francs-maçons au 17e ou 18e siècle, afin de faire la part des choses entre faits et mythes sur la célèbre société secrète.

 

MYTHE 1 : Les symboles maçonniques sont partout

Il est vrai que les symboles maçonniques ont tout sauf disparu, nous confirma l’historien et franc-maçon Jay Kinney, auteur de l’ouvrage Masonic Myth paru en 2009. La franc-maçonnerie est riche en symboles, et nombre d’entre eux sont omniprésents, tels que le pentagramme ou « l’œil omniscient ». Mais la plupart des symboles maçonniques ne sont pas spécifiques à la franc-maçonnerie.

« Pour moi, l’utilisation maçonnique des symboles, c’est comme un pêle-mêle constitué d’éléments pris çà et là. La franc-maçonnerie les utilise à sa propre manière » souligne Jay Kinney. Le pentagramme, par exemple, est bien plus ancien que la franc-maçonnerie et n’acquit ses connotations occultes qu’aux 19e et 20e siècles, des centaines d’années après son adoption par les francs-maçons.

De même, l’œil omniscient, ou œil de la Providence, arriva sur le Grand Sceau des États-Unis d’Amérique (et sur le billet de dollar américain), grâce à l’artiste Pierre-Eugène Ducimetière, qui n’était pas franc-maçon.

L’œil représente la direction divine de l’État américain et, comme l’affirma le secrétaire du Congrès américain Charles Thompson en 1782, fait allusion « aux nombreuses interventions de la Providence en faveur de la cause américaine ».

Un célèbre franc-maçon faisait partie du comité chargé de la conception du Sceau : Benjamin Franklin. Le dessin qu’il proposa ne comportait pas d’œil et fut rejeté.

 

MYTHE 2 : Les francs-maçons descendent des Templiers

Le prétendu lien entre les francs-maçons et les Templiers fit beaucoup parler à travers l’Histoire. Ce puissant ordre militaire et religieux, créé pour protéger les pèlerins médiévaux en Terre Sainte, fut dissous par le pape Clément V, sous la pression du roi français Philippe IV, en 1312.

Après l’apparition de la franc-maçonnerie moderne au 17e ou au 18e siècle en Grande-Bretagne, certains francs-maçons prétendirent avoir acquis les secrets des Templiers et adoptèrent leurs symboles et leur vocabulaire, en nommant par exemple certains niveaux de la hiérarchie maçonnique d’après les « grades » templiers.

« Mais ces grades [Templiers] et ces ordres maçonniques n’avaient aucun lien historique avec les Templiers originaux », explique Kinney. « Ce sont des mythes ou des figures symboliques qui furent utilisés par les francs-maçons. Mais comme une association avait été faite avec ces grades, et que les grades s’étaient perpétués, après un certain temps, on commença à penser qu’il y avait eu un lien. »

Helen Nicholson, autrice de The Knights Templar: A New History, confirme qu’il est impossible que les francs-maçons descendent d’une manière ou d’une autre des Templiers. À l’époque des premiers francs-maçons, « il n’y avait plus de Templiers », selon l’historienne de l’université de Cardiff.

 

MYTHE 3 : Les francs-maçons cachent des trésors des Templiers

L’un des nombreux filons de la théorie reliant les Templiers aux francs-maçons suggère que certains Templiers survécurent à la destruction de l’Ordre du Temple au 14e siècle en se réfugiant en Écosse, où ils cachèrent un fabuleux trésor sous la chapelle Rosslyn (comme on peut le voir dans le Da Vinci Code).

L’histoire raconte que le trésor et la tradition des Templiers furent transmis aux fondateurs de la franc-maçonnerie.

En réalité, le trésor des Templiers existait bel et bien, selon Nicholson, mais il finit dans d’autres mains il y a bien longtemps.

« La raison la plus probable [de la dissolution des Templiers] est que le roi voulait leur argent. Le roi de France était en faillite, et les Templiers avaient beaucoup d’argent. »

 

MYTHE 4 : Les rues de Washington forment des symboles maçonniques géants

On a longtemps pensé que de puissants francs-maçons avaient intégré des symboles maçonniques dans le plan des rues de la ville de Washington, conçu principalement par Pierre Charles L’Enfant en 1791.

« Individuellement, les francs-maçons ont joué un rôle dans la construction de la Maison Blanche, dans la construction et la conception de Washington », affirmait en 2009 Mark Tabbert, alors directeur des collections du George Washington Masonic Memorial à Alexandria en Virginie. « Et on peut trouver des symboles maçonniques [à petite échelle] dans toute la ville, comme dans la plupart des villes américaines. »

Mais, selon lui, il n’y a pas de message maçonnique dans le plan des rues de la ville. Pour commencer, Pierre L’Enfant n’était pas un franc-maçon.

Et pourquoi les francs-maçons se donneraient-ils la peine de tracer une grille de rues correspondant à leurs symboles ?

Pour Tabbert, lui-même franc-maçon, « il doit y avoir des raisons pour faire une telle chose. Dan Brown [en a trouvé], parce qu’il écrit des fictions. Mais il n’y en a pas. »

Franc-maçonnerie : la mystification de Léo Taxil
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MYTHE 5 : Les francs-maçons dirigent le monde

C’est peut-être la liste impressionnante de francs-maçons éminents, qui s’étend de Napoléon à Franklin Delano Roosevelt en passant par le roi Kamehameha (IV et V !), qui conduit certains à suggérer que le groupe dirige le monde dans l’ombre. Mais d’après Kinney, le groupe est largement décentralisé, et aurait du mal à diriger quoi que ce soit avec beaucoup d’efficacité.

« Je pense que les idéaux incarnés par la  [franc-maçonnerie], qui ont trait à la fraternité universelle, sont partagés par les [franc-maçons] du monde entier, quelles que soient leurs différences religieuses, politiques ou nationales », explique-t-il. « Cependant, avoir des idéaux communs, c’est une chose, mais avoir une sorte de hiérarchie commune en est une autre. »

Kinney relève que les États-Unis comptent à eux seuls cinquante-et-une loges maçonniques, une pour chaque État et le district de Columbia. Chacune de ces organisations indépendantes supervise ses nombreuses loges débutantes locales et n’a que peu de coordination réelle avec les autres grandes loges.

Au niveau international, les loges maçonniques ne parlent non seulement pas d’une seule voix, mais refusent parfois de reconnaître l’existence des autres.

En outre, d’après Kinney, de nombreux francs-maçons sont indépendants et ont tendance à résister aux décrets venus d’en haut. « Il est impossible qu’ils soient dirigés par une seule hiérarchie. Une telle entité n’existe pas. »

 

MYTHE 6 : La franc-maçonnerie est une religion (ou une secte)

Les francs-maçons soulignent toutefois que leur organisation n’est pas une religion, c’est-à-dire qu’elle n’a pas de théologie unique et ne propose pas un chemin pour les croyants vers le salut ou d’autres récompenses divines.

Malgré tout, pour être acceptés dans la franc-maçonnerie, les initiés doivent croire en un dieu, n’importe quel dieu. Les chrétiens sont peut-être majoritaires, mais les juifs, les musulmans et d’autres sont bien représentés dans les cercles maçonniques. Lors des réunions des loges, les discussions religieuses sont traditionnellement taboues, selon Kinney et Tabbert.

Mais certains chefs religieux estiment que les rituels et les croyances maçonniques, avec les temples, les autels et les serments, constituent une foi opposée. Le refus maçonnique de classer une religion au-dessus des autres n’a pas non plus toujours été populaire.

Par exemple, une déclaration catholique de 1983 approuvée par le pape Jean-Paul II indiquait que « les catholiques inscrits dans des associations maçonniques sont impliqués dans un péché grave et ne peuvent s’approcher de l’Eucharistie ».

 

MYTHE 7 : Les francs-maçons ont lancé la Révolution américaine

D’éminents francs-maçons comme Benjamin Franklin et George Washington jouèrent un rôle essentiel dans la Révolution américaine. Dans les rangs des francs-maçons figuraient neuf signataires de la Déclaration d’indépendance, et treize signataires de la Constitution américaine.

Mais la franc-maçonnerie (née en Grande-Bretagne, après tout) avait des adhérents des deux côtés du conflit. Selon Tabbert, les groupes maçonniques permettaient aux hommes des deux camps de la révolution de se réunir en tant que frères, et non de promouvoir une opinion politique, ce qui serait contraire à la tradition maçonnique.

« Pendant de nombreuses années, les maçons ont prétendu, dans le cadre de leurs propres études, que tous les révolutionnaires et les Pères fondateurs étaient des francs-maçons. Un bon nombre d’entre eux l’étaient, mais ils ne faisaient pas ces choses parce qu’ils étaient francs-maçons », soutint Tabbert.

 

MYTHE 8 : Pour devenir membre, il faut avoir des relations douteuses

Contrairement à ce que raconte Le Symbole perdu, il n’est pas nécessaire de boire du vin dans un crâne pour rejoindre les francs-maçons. En réalité, la tradition veut que la société secrète ne recrute pas ses membres mais accepte simplement ceux qui viennent vers elle de leur plein gré.

Selon l’historien franc-maçon Kinney, lorsque la franc-maçonnerie atteignit son apogée à la fin des années 1950, près d’un homme adulte éligible sur dix était membre : soit un total de près de quatre millions de membres aux États-Unis. Ce n’était donc pas juste réservé à une petite élite.

Aujourd’hui, le nombre de membres de la franc-maçonnerie, comme celui d’autres organisations fraternelles, a considérablement diminué, malgré l’intérêt apporté par des œuvres comme Le Symbole Perdu.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise en 2009, au moment de la sortie du livre Le Symbole Perdu de Dan Brown.

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