La ruse de Galilée pour échapper à l’Inquisition

Une lettre de Galilée récemment découverte à Londres par l’historien Salvatore Ricciardo montre comment le physicien a tenté de tromper l’Inquisition en falsifiant ses propres théories.

De Arnaud Sacleux
Photographie de Illustration de Jean-Leon Huens, National Geographic

Si Galilée a été condamné pour hérésie, certains chercheurs pensent que le savant aurait tenté d’échapper à l’Inquisition en discréditant le résultat de ses propres recherches dans une lettre destinée au Vatican. En cause, sa vision contradictoire avec les écrits bibliques et ses relations tumultueuses avec l’Eglise catholique.

 

UNE VISION INCOMPATIBLE AVEC CELLE DE L’EGLISE

En 1613, Galilée écrit une lettre à son ami mathématicien Benedetto Castelli. Il y défend un modèle héliocentrique du système solaire selon lequel la Terre et les autres planètes tourneraient autour du Soleil. Il y fait également valoir que la religion ne devrait pas influer sur la recherche scientifique. Selon lui, les références bibliques dans l'interprétation d'événements astronomiques seraient une erreur, les scribes ayant simplifié les Écritures afin d’être comprises par tout le monde. La lettre une fois diffusée, Galilée s’attire les foudres des défenseurs de la physique d’Aristote dont la vision est alors très répandue dans les universités : la Terre est le centre de l'univers. Le débat glisse rapidement du terrain scientifique au terrain religieux, et Galilée est accusé d’hérésie.

 

LA LETTRE DE LA DISCORDE

Une version de cette lettre a été transmise à l’Inquisition de Rome en 1615 par le frère Niccolo Lorini. Galilée se met à dos l’Eglise Catholique qui lui demande d’abandonner ses théories hérétiques. Il écrit une lettre à son ami Piero Dini, un religieux, dans laquelle il affirme que le document reçu par l’Inquisition a été falsifié afin de lui nuire. Pour le prouver, il joint à ce courrier une version nuancée de la lettre qu’il avait envoyée à Castelli, qu’il affirme être l’originale. Il demande alors à Dini de la transmettre au Vatican afin d’améliorer ses relations avec l’Église catholique.

 

LA FIN DU MYSTÈRE ?

Deux versions de la lettre de Galilée existent bel et bien : celle reçue par l’Inquisition, et celle envoyée à Piero Dini. Une question se pose pour de nombreux chercheurs : Galilée a-t-il modifié ses propos, ou sa lettre a-t-elle vraiment été falsifiée afin de lui nuire ? Le document découvert par Salvatore Ricciardo à la Royal Society Library semble confirmer la première hypothèse. Sur ce document, signé de la main même de Galilée, on peut y lire le texte qu'avait reçu l’Inquisition. Divers notes, ratures et ajouts indiquent que le texte a été modifié et adoucit. Des experts ont étudié l’écriture : Galilée est bien l’auteur de ce document. En conclusion, il aurait en effet tempéré le contenu de sa lettre et l'aurait faite passer pour l’originale afin d’échapper à l’Inquisition.

Des révélations importantes qui étonnent encore l’auteur de cette découverte. « Je n’arrive pas à croire que j’ai découvert une lettre que de nombreux experts sur Galilée pensaient perdue » admet Ricciardo. « Ça me paraît d’autant plus incroyable que cette lettre ne se trouvait pas cachée dans une bibliothèque obscure, mais à la Royal Society Library. »

 

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