Histoire

Le déclin des Vikings : récit d'une fin annoncée

Au cours de l’histoire, plusieurs peuples ont subi les affres du climat : sécheresses extrêmes, chute des températures… Les Vikings ont fini par disparaître, faute de pouvoir s’adapter au changement.

De Olivier Liffran

Un peu avant l’an 1000 de notre ère, le navigateur viking Erik le Rouge colonise le Groenland. Le long de la côte ouest de l’île sont créées de nombreuses petites communautés qui élèvent bovins et ovins. Les colons profitent d’un climat plus doux qu’aujourd’hui. C’est l’époque de l’optimum médiéval : l’Europe connaît un certain réchauffement. Des conditions qui permettent à la colonie de se développer jusqu’à atteindre 6 000 habitants, selon Thomas McGovern, spécialiste américain des Vikings.

À l’orée du XIVe siècle, tout bascule. La colonie se dépeuple et l’activité économique chute brutalement. Que s’est-il passé ? Grâce à l’étude de carottes de glace, des scientifiques de l’université Brown (États-Unis) sont récemment parvenus à reconstituer 5 600 ans d’histoire du climat au Groenland. Résultat : dès le XIIe siècle, les températures commencent à chuter, avant que ne débute le petit âge glaciaire. La saison chaude raccourcit et le cheptel diminue. Les glaces s’étendent, empêchant les navires d’accoster. Le ravitaillement devient quasiment impossible. La famine qui menace oblige les Vikings à quitter cette île qu’Erik le Rouge leur avait promis verte et abondante. Ceux qui restent périront rapidement de malnutrition.

Mais le Groenland ne demeure pas inhabité. Subsistent les Inuits, qui vivent sur l’île depuis des millénaires. Comment expliquer que les Vikings aient dû plier bagage alors que les Inuits ont survécu jusqu’à nos jours ? Les chercheurs avancent une raison simple. Plutôt que de pratiquer la pêche et de chasser le phoque comme leurs voisins Inuits, ils ont préféré s’en tenir à l’élevage — la possession de bêtes étant alors un marqueur important du pouvoir. Mais l’élevage a contribué à décimer les forêts de l’île. Les sols mis à nu ont contribué à l’érosion des sols, empêchant ainsi le renouvellement du cheptel. Et lorsque le froid est arrivé, la nourriture vient à manquer.

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