Le mystère des journaux intimes nazis découverts par les douanes américaines

Ces écrits ont été subtilisés lors du Procès de Nuremberg et introduits « clandestinement » aux États-Unis...

De Charles Fenyvesi
Publication 17 sept. 2021, 14:38 CEST
diaries nazi alfred rosenberg

Alfred Rosenberg (à gauche) aux côtés d’Adolf Hitler lors de l’inauguration d’un mémorial de guerre en 1923.

Photographie de Dr. Wilfried Bahnmüller, Imagebroker/Alamy

Les journaux intimes de l’éminent idéologue nazi Alfred Rosenberg, qui s’étaient mystérieusement volatilisés après son exécution par pendaison en 1946, ont été recouvrés par la police douanière américaine en 2013 et sont désormais entre les mains du musée de l’Holocauste de Washington (USHMM). Pour Henry Mayer, archiviste du musée, ces écrits sont peut-être les documents les plus révélateurs au sujet des nazis.

Henry Mayer décrit Rosenberg comme « un homme malheureux », peu apprécié des dignitaires nazis et de Hitler lui-même, et qui les détestait en retour. Il insinue que Rosenberg n’était en fait peut-être pas Allemand mais Estonien, et que cela corrobore la thèse selon laquelle il essayait de prouver sa germanité en défendant des théories et des pratiques racistes abjectes.

Ces journaux ont fait l’objet d’une conférence de presse très suivie le 13 juin 2013 et donnée à Wilmington, dans le Delaware. John Morton, alors directeur des Enquêtes liées à la sécurité intérieure (HSI), a détaillé le rôle joué par son agence dans le recouvrement des documents. 

D’après la déclaration de John Morton, les volumes ont été subtilisés lors du Procès de Nuremberg par Robert Kempner, membre américain de l’accusation, qui les a fait entrer « clandestinement » aux États-Unis tout en restant évasif quand des chercheurs lui demandaient où ils se trouvaient.

À la mort de Robert Kempner à l’âge de 93 ans, en 1993, ses héritiers (sa veuve, leurs deux fils, ainsi que des proches) se sont opposés à la restitution des journaux et se sont même disputé leur héritage tout en ne sachant pas où ceux-ci se trouvaient. Au bout d’une quête de dix-sept années qui aura vu les autorités négocier à maintes reprises avec les héritiers, des policiers armés en possession de mandats de perquisition ont pu mettre la main sur les fameux documents, qui ont été ensuite authentifiés par Henry Mayer.

Une journée consacrée à la lecture de ces 400 pages rédigées en allemand aura permis à Henry Mayer de se rendre compte que Rosenberg se focalisait sur certains sujets comme la brutalité à l’endroit des Juifs ainsi que d’autres groupes ethniques et sur la coercition des populations russes pour qu’elles servent l’Allemagne. Mais pour lui, les commentaires hostiles de Rosenberg à l’égard des dignitaires nazis sont peut-être plus intéressants encore et pourraient permettre une remise en perspective. Dans un entretien à la presse, Henry Mayer a décrit les remarques de Rosenberg sur ses collègues comme étant « sans fard ».

Il a par ailleurs expliqué au journaliste qui l’interrogeait qu’on ne lui avait pas laissé assez de temps pour lire chaque entrée de journal du début à la fin mais qu’il les avait survolées et « arrangées ». Il a la conviction que les universitaires les trouveront « très importantes » et que ces documents vont ouvrir de nouvelles voies à la recherche. Il a laissé entendre que ces documents allaient apporter des réponses.

Mais selon lui, les universitaires pourraient mettre des années à terminer leur analyse des journaux intimes.

Ceux-ci ont été saisis suite à un mandat délivré par la Cour de district pour le district du Delaware. Le 13 juin 2013, ils ont été mis dans des cartons et exposés au quartier de la HSI à Wilmington. John Morton a alors expliqué à la presse qu’ils allaient être emmenés au département de la Justice des États-Unis qui se chargerait d’encadrer légalement leur statut avant d’être déposés aux Archives nationales, à College Park, dans le Maryland, qui avaient d’ores et déjà décidé de les offrir au musée de l’Holocauste.

Selon Ross Feinstein, alors porte-parole de la HSI, l’agence avait pris la suite du FBI « quelque temps auparavant » dans l’affaire des journaux disparus et avait aussi hérité de nombreuses enquêtes concernant le vol d’œuvres d’art par les nazis. Les segments des journaux intimes auxquels Henry Mayer a eu accès lui ont appris que Rosenberg avait été un des principaux organisateurs de la spoliation des œuvres d’art possédées par les Juifs. Les journaux ont donc livré de nouveaux indices aux enquêteurs.

Ce recouvrement aurait par ailleurs pu mener à une enquête d’une toute autre nature. L’universitaire chez qui on a retrouvé les journaux, Herbert Warren Richardson, a failli être accusé d’avoir recelé ces documents volés au gouvernement américain. Il semble toutefois qu’aucune plainte n’ait été déposée contre Herbert Richardson, qu’on soupçonnait aussi de dissimuler d’autres documents et qu’un homologue aurait décrit comme un excentrique qui se braque facilement.

« L’enquête est en cours », a insisté John Morton, en faisant remarquer que des problèmes d’ordre légal comme l’obtention de certaines permissions du tribunal devaient être résolus.

Lors de sa conférence de presse, John Morton a parlé des journaux intimes comme d’une « fenêtre » donnant sur « l’âme sinistre » de Rosenberg. (Pour Henry Mayer, les 350 pages supplémentaires saisies dans la cachette de Robert Kempner pourraient contenir des informations cruciales. Mais, prévient-il, à ce stade nous n’en savons pas assez.)

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise en 2013. Il a été mis à jour en septembre 2021 par l'équipe de rédaction française.

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