Les archéologues redonnent leurs couleurs aux peintures antiques italiennes

La ville antique d'Herculanum, l'actuelle Ercolano située dans la région italienne de Campanie, a connu le même sort que sa voisine Pompéi. L'avènement de nouvelles technologies dévoile la splendeur des peintures qu'elle abrite.

De Sarah Gibbens
Ce portrait endommagé d'une femme romaine a été trouvé dans la ville d'Herculaneum, qui a cessé d'exister après l'éruption du Vésuve en 79 après Jésus-Christ.

Cela fait des siècles que ce petit portrait sans prétentions avait été aperçu avec ses détails d'origine.

Grâce à un réseau multidisciplinaire d'archéologues, d'historiens de l'art et de chimistes, l'image de cette femme inconnue a été partiellement restaurée.

Un petit portrait circulaire d'une femme avait été découvert au sein de la petite ville d'Herculanum. Il se trouvait à droite d'une porte s'ouvrant sur un ensemble de pièces. Herculanum a connu un sort semblable à celui de Pompéi lors de l'éruption du Vésuve en 79 après J.-C., lorsque la vie s'est arrêtée. Jusqu'au début du 20e siècle, la ville était restée ensevelie sous la suie et les cendres. Ironie du sort, les fouilles entreprises il y a maintenant 70 ans auraient causé la détérioration de la peinture en l'exposant aux changements de température, à l'humidité et aux interférences humaines.

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Lors de la présentation de leurs découvertes dans le cadre du National Meeting and Exposition de l'American Chemical Society (« Société américaine de chimie »), les chercheurs ont expliqué comment ils avaient pu restaurer un artefact aussi minutieux.

L'appareil à rayons X permet aux chercheurs de reconstituer l'image sans causer de dommages physiques à la peinture.

Les travaux de restauration ont été dirigés par Eleonora Del Federico, professeure de chimie à l'Institut Pratt. À l'aide d'un outil portable appelé XGLab SRL, la professeure et son équipe sont parvenus à analyser la peinture grâce à la fluorescence X. De ces données ont pu être dessinées des cartes de composés chimiques comme le fer, le plomb et le cuivre. Le plomb, par exemple, indique la présence de composés blancs, tandis que le cuivre celle de bleu ou de vert.

Lors d'une conférence de presse de l'American Chemical Society, Eleonora Del Federico a expliqué que certaines substances colorées se déshydrataient plus rapidement et laissaient des traces reconnaissables entre mille. Les chimistes peuvent ainsi obtenir une image plus précise de l'apparence d'Herculanum et de ses artefacts à l'époque.

« En dévoilant les détails des peintures murales qui ne sont plus visibles à l'œil nu, nous ramenons en réalité ces personnes issues de l'Antiquité à la vie », a déclaré la chimiste dans un communiqué de presse. « En savoir plus sur les matériaux et les techniques utilisés à l'époque nous permettra de mieux préserver ce talent artistique pour les futures générations ».

Par le passé, les rayons X avaient déjà été utilisés pour mettre au jour des images cachées au sein d'œuvres d'art célèbres. En 2015, ils ont révélé une silhouette cachée sous le tableau du Vieil homme en costume militaire de Rembrandt. Les peintures de Pablo Picasso ont également livré leurs secrets aux appareils à rayons X. Les analyses de certaines œuvres célèbres du peintre abstrait ont révélé qu'il utilisait parfois des peintures basiques, plutôt que des huiles plus coûteuses, faisant de lui un précurseur en la matière.

L'appareil utilisé par Eleonora Del Federico est en revanche le premier de ce type à pouvoir être transporté facilement. Il peut aisément descendre sur des chemins anciens et en piteux état.

Pour ce projet, la professeure a collaboré avec l'Herculaneum Conservation Project, dont l'objectif est de restaurer l'histoire perdue de la région. À l'aide de l'analyse chimique de la composition des peintures, elle espère que ces dernières puissent, à terme, être restaurées.

Lorsqu'on lui a demandé au cours d'une conférence de presse le nombre d'anciennes peintures qui pourraient être dévoilées grâce à cette technique, elle a répondu sans le moindre doute : « un nombre incalculable ».

Passée aux rayons X, l'oeuvre dévoile les premières esquisses.
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