Les femmes, grandes perdantes de la pandémie
Les femmes, handicapées par des inégalités de longue date, ne se relèvent pas aussi rapidement que les hommes des conséquences économiques de la pandémie.

Une femme, son masque recouvrant son visage, passe devant une peinture murale de l’artiste de rue Alex Martinez, devant un magasin de sacs à Athènes. Davantage de femmes travaillent dans des industries qui souffrent encore des fermetures liées à la pandémie.
Une femme, son masque recouvrant son visage, passe devant une peinture murale de l’artiste de rue Alex Martinez, devant un magasin de sacs à Athènes. Davantage de femmes travaillent dans des industries qui souffrent encore des fermetures liées à la pandémie.
Les femmes ont souffert de préjudices économiques disproportionnés suite à la pandémie. Ce phénomène, également appelé « récession rose », semble avoir pris de court les économistes. Pourtant, les inégalités de longue date ont rendu les femmes particulièrement vulnérables.
La fondation Bill et Melinda Gates a publié des données le 30 juin, obtenues par Eurasia Group et par l’Organisation internationale du travail en collaboration avec le Forum Génération Égalité de l’ONU Femmes, qui révèlent pourquoi les femmes du monde entier ont été plus touchées par la pandémie et éprouvent davantage de difficultés à s’en remettre.
« Ce n’est pas juste dans la partie nord du globe », assure Anita Zaidi, présidente du département de l’égalité des genres de la fondation Bill et Melinda Gates. « C’est partout. »
Même si une proportion similaire de femmes et d’hommes ont perdu leur emploi pendant la pandémie, selon la nouvelle publication, moins de femmes ont été réembauchées. Cette année, il y aura 13 millions de femmes sans emploi de plus par rapport à 2019.
L’une des principales raisons qui expliquent ces disparités en matière d’emplois, c’est que davantage de femmes travaillent dans des industries qui souffrent encore des fermetures : la vente, le tourisme, l’accueil et la restauration. Un autre paramètre est venu s’ajouter à ces difficultés : la garde des enfants. Les écoles et les crèches étant fermées, de nombreuses femmes n’ont eu d’autre choix que de quitter leur emploi pour s’occuper de leurs enfants. Avant la pandémie, un quart des femmes passaient plus de neuf heures par jour à veiller sur leurs enfants. Aujourd’hui, un tiers d’entre elles y consacre au moins autant de temps.
« Les gens ne voient la pandémie que dans une perspective sanitaire », explique Mme Zaidi. « Personne ne s’est demandé à quel point elle allait fragiliser l’éducation, l’enseignement et la garde des enfants. »

Après avoir lavé des vêtements dans une flaque d’eau, une femme rentre chez elle en traversant un champ frappé par la sécheresse, au Somaliland. Dans la Corne de l’Afrique, des conditions climatiques extrêmes ont dévasté des millions de vies. Alors que leurs animaux mouraient, les éleveurs semi-nomades, comme cette femme, n’ont eu d’autre choix que l’exil.
Après avoir lavé des vêtements dans une flaque d’eau, une femme rentre chez elle en traversant un champ frappé par la sécheresse, au Somaliland. Dans la Corne de l’Afrique, des conditions climatiques extrêmes ont dévasté des millions de vies. Alors que leurs animaux mouraient, les éleveurs semi-nomades, comme cette femme, n’ont eu d’autre choix que l’exil.

Un jeune dromadaire tire sur le hidjab de Cadar Maxamed, à Xinjiinle, dans le nord du Somaliland. Les dromadaires et d’autres animaux constituent le fondement de la richesse des éleveurs de la région.
Un jeune dromadaire tire sur le hidjab de Cadar Maxamed, à Xinjiinle, dans le nord du Somaliland. Les dromadaires et d’autres animaux constituent le fondement de la richesse des éleveurs de la région.

Dans le centre du Somaliland, une femme observe une nuée de criquets pèlerins envahir le ciel. Des conditions météorologiques extrêmes ont entraîné la plus grande infestation depuis vingt-deux ans de ces insectes qui dévastent les récoltes.
Dans le centre du Somaliland, une femme observe une nuée de criquets pèlerins envahir le ciel. Des conditions météorologiques extrêmes ont entraîné la plus grande infestation depuis vingt-deux ans de ces insectes qui dévastent les récoltes.

Raxma Xasan Maxamuud, 36 ans, est bloquée depuis trois ans dans un camp de déplacés, à l’extérieur de Burao, au Somaliland. L’abondance et le bonheur de sa vie antérieure d’éleveuse lui manquent.
Raxma Xasan Maxamuud, 36 ans, est bloquée depuis trois ans dans un camp de déplacés, à l’extérieur de Burao, au Somaliland. L’abondance et le bonheur de sa vie antérieure d’éleveuse lui manquent.

Maryan Youssouf, 15 ans, et Xaawa Youssouf, 12 ans, deux sœurs, apprennent l’arabe dans la cour familiale, dans le nord du Somaliland, sous le regard de leur mère, Caasha Jaamac, 40 ans (au centre). De nombreux Somalis comptent sur l’instruction pour préparer un avenir plus viable à leurs enfants.
Maryan Youssouf, 15 ans, et Xaawa Youssouf, 12 ans, deux sœurs, apprennent l’arabe dans la cour familiale, dans le nord du Somaliland, sous le regard de leur mère, Caasha Jaamac, 40 ans (au centre). De nombreux Somalis comptent sur l’instruction pour préparer un avenir plus viable à leurs enfants.

Kataleya Nativi Baca, une femme transgenre de 28 ans, a fui le Honduras après avoir subi des années de harcèlement violent. Ici, elle poursuit son périple vers la frontière américaine, après être entrée au Mexique en canot pneumatique depuis le Guatemala.
Kataleya Nativi Baca, une femme transgenre de 28 ans, a fui le Honduras après avoir subi des années de harcèlement violent. Ici, elle poursuit son périple vers la frontière américaine, après être entrée au Mexique en canot pneumatique depuis le Guatemala.

Samanta Hilton, Alexa Smith et Escarle Lovely se détendent, dans leur ville natale de San Pedro Sula, au Honduras. Pour les femmes transgenres, comme elles, l’Amérique latine est la région la plus dangereuse du monde.
Samanta Hilton, Alexa Smith et Escarle Lovely se détendent, dans leur ville natale de San Pedro Sula, au Honduras. Pour les femmes transgenres, comme elles, l’Amérique latine est la région la plus dangereuse du monde.

Kataleya a passé quatre mois dans la ville de Tapachula, dans le sud du Mexique. Elle y a obtenu un visa, qui lui a permis de parcourir en car les 4 000 km jusqu’à la frontière des États-Unis, au lieu de devoir marcher ou faire de l’auto-stop.
Kataleya a passé quatre mois dans la ville de Tapachula, dans le sud du Mexique. Elle y a obtenu un visa, qui lui a permis de parcourir en car les 4 000 km jusqu’à la frontière des États-Unis, au lieu de devoir marcher ou faire de l’auto-stop.

Tijuana, à la frontière mexico-américaine, a marqué le début de sa procédure de demande d’asile. Elle avait déjà attendu plusieurs mois quand les États-Unis ont fermé leur frontière à tous les immigrants, en mars 2020, à cause de la pandémie de Covid-19.
Tijuana, à la frontière mexico-américaine, a marqué le début de sa procédure de demande d’asile. Elle avait déjà attendu plusieurs mois quand les États-Unis ont fermé leur frontière à tous les immigrants, en mars 2020, à cause de la pandémie de Covid-19.

Cette Vietnamienne a épousé un Singapourien il y a onze ans et a eu deux enfants de lui. Elle craint de divorcer, car, comme d’autres migrantes par le mariage, elle dépend de son mari pour le renouvellement de son permis de séjour et risque de perdre la garde de ses enfants.
Cette Vietnamienne a épousé un Singapourien il y a onze ans et a eu deux enfants de lui. Elle craint de divorcer, car, comme d’autres migrantes par le mariage, elle dépend de son mari pour le renouvellement de son permis de séjour et risque de perdre la garde de ses enfants.

Ngoc Tuyen et Tony Kong passent du temps ensemble, le jour de leur mariage, à Singapour, en novembre 2019. Un agent matrimonial a organisé leur première rencontre, au Viêt Nam, deux mois plus tôt.
Ngoc Tuyen et Tony Kong passent du temps ensemble, le jour de leur mariage, à Singapour, en novembre 2019. Un agent matrimonial a organisé leur première rencontre, au Viêt Nam, deux mois plus tôt.

L’agence matrimoniale Mayle est l’une des rares qui subsistent à Singapour. Les autorités ont pris des mesures répressives à l’encontre de la profession, à la suite d’infractions aux législations relatives à l’immigration et à la traite des êtres humains, ainsi que d’escroqueries financières.
L’agence matrimoniale Mayle est l’une des rares qui subsistent à Singapour. Les autorités ont pris des mesures répressives à l’encontre de la profession, à la suite d’infractions aux législations relatives à l’immigration et à la traite des êtres humains, ainsi que d’escroqueries financières.

Sajeda Bahadurmia, 32 ans, serre dans ses bras l’aînée de ses six enfants, Asma, 16 ans, sur une plage proche de Sydney. Musulmanes rohingyas, elles ont fui les persécutions au Myanmar. Mais le refuge qu’elles ont trouvé en Australie reste incertain, car elles ne disposent pas encore de permis de séjour permanent.
Sajeda Bahadurmia, 32 ans, serre dans ses bras l’aînée de ses six enfants, Asma, 16 ans, sur une plage proche de Sydney. Musulmanes rohingyas, elles ont fui les persécutions au Myanmar. Mais le refuge qu’elles ont trouvé en Australie reste incertain, car elles ne disposent pas encore de permis de séjour permanent.

Noor Asma, une Rohingya du Myanmar, tient sa nouvelle-née pendant un cours d’anglais, à Sydney. La plupart des femmes rohingyas de sa classe sont arrivées en bateau entre 2013 et 2016,
fuyant les violences.
Noor Asma, une Rohingya du Myanmar, tient sa nouvelle-née pendant un cours d’anglais, à Sydney. La plupart des femmes rohingyas de sa classe sont arrivées en bateau entre 2013 et 2016,
fuyant les violences.

Sajeda (au centre) manifeste pour réclamer des droits pour les réfugiés en Australie, où beaucoup n’ont que des visas temporaires depuis des années, sans titre de séjour permanent. D’autres sont maintenus dans des centres de rétention. « Je veux que nos femmes aient les mêmes opportunité que les autres, explique- t-elle. Je veux que tout le monde puisse, comme moi, prendre son envol.»
Sajeda (au centre) manifeste pour réclamer des droits pour les réfugiés en Australie, où beaucoup n’ont que des visas temporaires depuis des années, sans titre de séjour permanent. D’autres sont maintenus dans des centres de rétention. « Je veux que nos femmes aient les mêmes opportunité que les autres, explique- t-elle. Je veux que tout le monde puisse, comme moi, prendre son envol.»

À la demande de sa famille, Bibi Sabar, 22 ans (à gauche), est partie à Islamabad pour étudier les technologies de l’information, car il était dangereux pour elle d’aller à l’université dans sa ville natale de Quetta, en raison des violences à l’encontre des membres de l’ethnie hazara.
À la demande de sa famille, Bibi Sabar, 22 ans (à gauche), est partie à Islamabad pour étudier les technologies de l’information, car il était dangereux pour elle d’aller à l’université dans sa ville natale de Quetta, en raison des violences à l’encontre des membres de l’ethnie hazara.

À Islamabad, Bibi prend le bus avec d’autres étudiants pour aller dans un centre commercial. À Quetta, une sortie de ce type aurait été rare car les violences perpétrées par des militants sunnites à leur encontre dissuadaient les chiites hazaras de s’aventurer hors de leurs enclaves ceintes de murs.
À Islamabad, Bibi prend le bus avec d’autres étudiants pour aller dans un centre commercial. À Quetta, une sortie de ce type aurait été rare car les violences perpétrées par des militants sunnites à leur encontre dissuadaient les chiites hazaras de s’aventurer hors de leurs enclaves ceintes de murs.

Haleema, 22 ans (à gauche), une Hazara de Quetta, échange avec des condisciples pendant un cours de poésie. Pour payer ses cours à l’université d’Islamabad, Haleema enseigne à l’école maternelle. Elle veut devenir institutrice ou professeure d’université.
Haleema, 22 ans (à gauche), une Hazara de Quetta, échange avec des condisciples pendant un cours de poésie. Pour payer ses cours à l’université d’Islamabad, Haleema enseigne à l’école maternelle. Elle veut devenir institutrice ou professeure d’université.

Farheen, 22 ans, une autre Hazara de Quetta, étudie la littérature anglaise à Islamabad. Elle effectue ici ses devoirs dans un foyer de femmes près de son université. Au-dessus de son lit sont affichées les photos de stars de la K-pop dont les chansons, pense-t-elle, lui ont ouvert l’esprit sur des questions telles que l’homophobie et la santé mentale.
Farheen, 22 ans, une autre Hazara de Quetta, étudie la littérature anglaise à Islamabad. Elle effectue ici ses devoirs dans un foyer de femmes près de son université. Au-dessus de son lit sont affichées les photos de stars de la K-pop dont les chansons, pense-t-elle, lui ont ouvert l’esprit sur des questions telles que l’homophobie et la santé mentale.
La perception et les priorités de la vie post-pandémie dépendront en grande partie des décisionnaires. Les groupes de travail spécialisés dans la COVID-19 se sont multipliés pendant la crise. Il en existe 225 dans 137 pays. Pourtant, les femmes ne représentent qu’un quart de leurs membres. Par ailleurs, alors que les femmes représentent 70 % des professionnels de santé, elles ne comptent que pour 25 % des responsables du secteur.
De fait, de grandes disparités se forment quant aux connaissances et aux soins essentiels à la vie de nombreuses femmes, mais qui ne sont pas reconnus aux yeux de tous comme cruciaux. Les programmes de soins de santé pour les femmes, notamment la contraception, n’ont pas été considérés comme essentiels pendant la pandémie. Par conséquent, près de 12 millions de femmes ont perdu leur accès à la contraception, engendrant près de 1,4 million de grossesses non désirées.
Les effets cumulés de la perte d’emploi, la garde d’enfant hors de portée et les grossesses imprévues ont augmenté la pauvreté. Avant la pandémie, les taux de pauvreté diminuaient à un rythme de 2,5 %. Cette année, les estimations visent une augmentation de 9 %.
Toutefois, selon les nouvelles conclusions, il n’est pas impossible d’inverser cette tendance. Des données en provenance d’Eurasia Group indiquent que fournir un accès aux services de garde d’enfants aux femmes apporterait plus de 2 500 milliards d’euros à l’économie mondiale. En outre, les programmes de transfert d’argent liquide, destinés à distribuer de petites sommes aux femmes gagnant moins de 1,60 euro par jour, pourraient sortir au moins 100 millions de femmes de la pauvreté.
Pour les cinq prochaines années, la fondation Bill et Melinda Gates s’est engagée à verser au moins 1,7 milliard d’euros pour l’autonomisation économique des femmes, la santé et la planification familiale ainsi que pour le développement du leadership féminin. « La pauvreté est sexiste », affirme Mme Zaidi. Les solutions à ces difficultés doivent donc prendre en compte le genre.
Le « Forum génération égalité », une conférence de l'ONU sur l'égalité des sexes qui s'est ouverte mercredi à Paris, a déjà permis de rassembler 40 milliards de dollars d'investissements pour reconstruire une « économie plus égalitaire », combattre les violences contre les femmes, soutenir l'éducation des filles. Pour un « monde d'après » plus égalitaire.
Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.
