Les femmes, grandes perdantes de la pandémie

Les femmes, handicapées par des inégalités de longue date, ne se relèvent pas aussi rapidement que les hommes des conséquences économiques de la pandémie.

Publication 1 juil. 2021, 17:00 CEST
How women have been economically affected by COVID

Une femme, son masque recouvrant son visage, passe devant une peinture murale de l’artiste de rue Alex Martinez, devant un magasin de sacs à Athènes. Davantage de femmes travaillent dans des industries qui souffrent encore des fermetures liées à la pandémie.

PHOTOGRAPHIE DE Petros Giannakouris, AP

Les femmes ont souffert de préjudices économiques disproportionnés suite à la pandémie. Ce phénomène, également appelé « récession rose », semble avoir pris de court les économistes. Pourtant, les inégalités de longue date ont rendu les femmes particulièrement vulnérables.

La fondation Bill et Melinda Gates a publié des données le 30 juin, obtenues par Eurasia Group et par l’Organisation internationale du travail en collaboration avec le Forum Génération Égalité de l’ONU Femmes, qui révèlent pourquoi les femmes du monde entier ont été plus touchées par la pandémie et éprouvent davantage de difficultés à s’en remettre.

« Ce n’est pas juste dans la partie nord du globe », assure Anita Zaidi, présidente du département de l’égalité des genres de la fondation Bill et Melinda Gates. « C’est partout. »

Même si une proportion similaire de femmes et d’hommes ont perdu leur emploi pendant la pandémie, selon la nouvelle publication, moins de femmes ont été réembauchées. Cette année, il y aura 13 millions de femmes sans emploi de plus par rapport à 2019.

L’une des principales raisons qui expliquent ces disparités en matière d’emplois, c’est que davantage de femmes travaillent dans des industries qui souffrent encore des fermetures : la vente, le tourisme, l’accueil et la restauration. Un autre paramètre est venu s’ajouter à ces difficultés : la garde des enfants. Les écoles et les crèches étant fermées, de nombreuses femmes n’ont eu d’autre choix que de quitter leur emploi pour s’occuper de leurs enfants. Avant la pandémie, un quart des femmes passaient plus de neuf heures par jour à veiller sur leurs enfants. Aujourd’hui, un tiers d’entre elles y consacre au moins autant de temps.

« Les gens ne voient la pandémie que dans une perspective sanitaire », explique Mme Zaidi. « Personne ne s’est demandé à quel point elle allait fragiliser l’éducation, l’enseignement et la garde des enfants. »

La perception et les priorités de la vie post-pandémie dépendront en grande partie des décisionnaires. Les groupes de travail spécialisés dans la COVID-19 se sont multipliés pendant la crise. Il en existe 225 dans 137 pays. Pourtant, les femmes ne représentent qu’un quart de leurs membres. Par ailleurs, alors que les femmes représentent 70 % des professionnels de santé, elles ne comptent que pour 25 % des responsables du secteur.

De fait, de grandes disparités se forment quant aux connaissances et aux soins essentiels à la vie de nombreuses femmes, mais qui ne sont pas reconnus aux yeux de tous comme cruciaux. Les programmes de soins de santé pour les femmes, notamment la contraception, n’ont pas été considérés comme essentiels pendant la pandémie. Par conséquent, près de 12 millions de femmes ont perdu leur accès à la contraception, engendrant près de 1,4 million de grossesses non désirées.

Les effets cumulés de la perte d’emploi, la garde d’enfant hors de portée et les grossesses imprévues ont augmenté la pauvreté. Avant la pandémie, les taux de pauvreté diminuaient à un rythme de 2,5 %. Cette année, les estimations visent une augmentation de 9 %.

Toutefois, selon les nouvelles conclusions, il n’est pas impossible d’inverser cette tendance. Des données en provenance d’Eurasia Group indiquent que fournir un accès aux services de garde d’enfants aux femmes apporterait plus de 2 500 milliards d’euros à l’économie mondiale. En outre, les programmes de transfert d’argent liquide, destinés à distribuer de petites sommes aux femmes gagnant moins de 1,60 euro par jour, pourraient sortir au moins 100 millions de femmes de la pauvreté.

Pour les cinq prochaines années, la fondation Bill et Melinda Gates s’est engagée à verser au moins 1,7 milliard d’euros pour l’autonomisation économique des femmes, la santé et la planification familiale ainsi que pour le développement du leadership féminin. « La pauvreté est sexiste », affirme Mme Zaidi. Les solutions à ces difficultés doivent donc prendre en compte le genre.

Le « Forum génération égalité », une conférence de l'ONU sur l'égalité des sexes qui s'est ouverte mercredi à Paris, a déjà permis de rassembler 40 milliards de dollars d'investissements pour reconstruire une « économie plus égalitaire », combattre les violences contre les femmes, soutenir l'éducation des filles. Pour un « monde d'après » plus égalitaire.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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