Les lignes de Nazca, l’un des plus grands mystères d'Amérique du Sud

Ces lignes aux motifs géométriques et aux formes animales ont alimenté de nombreuses théories au fil du temps. Retour sur ce que nous savons et ce qu’il reste encore à découvrir sur les lignes de Nazca.

De Jason Golomb
Publication 6 oct. 2021, 10:23 CEST
nasca lines golomb

Le sable jaunâtre ressort là où les pierres en surface ont été déplacées pour tracer les lignes de Nazca.

Photographie de Bates Littlehales

Alors qu’un avion survole le désert d’altitude dans le sud du Pérou, les roches et le sable ternes et monotones s’organisent et changent de forme. Les lignes blanches nettes se parent peu à peu d’une couleur brune et rouille. Les bandes blanches quadrillent un désert très aride où il tombe moins de 3 cm de pluie chaque année. Le paysage change à mesure que les géoglyphes prennent la forme de motifs géométriques simples, comme des trapézoïdes, des lignes droites, des rectangles, des triangles et des tourbillons. Certains de ces derniers, avec des zigzags, commencent à former des formes plus reconnaissables : celles d’un colibri, d’une araignée ou encore d’un singe.

Ces mystérieux dessins sont les célèbres lignes de Nazca, qui font parler d’elles depuis 80 ans. Comment ont-elles été formées ? À quoi servaient-elles ? Les extraterrestres y sont-ils pour quelque chose ?

Elles ont été découvertes dans une région du Pérou située à un peu plus de 320 km au sud-est de Lima, non loin de la ville de Nazca. On dénombre au total plus de 800 lignes droites, 300 figures géométriques et 70 dessins animaux et végétaux (ou biomorphes). Certaines lignes droites courent sur près de 50 km, tandis que les silhouettes biomorphes mesurent entre 15 et 366 mètres de long (de taille équivalente à la hauteur de l’Empire State Building).

 

LA DÉCOUVERTE DES LIGNES

Toribio Mejia Xesspe, un archéologue péruvien, fut le premier à étudier les lignes en 1926. Les lignes étant impossibles à déceler depuis la terre ferme, ce n’est qu’avec les débuts de l’aviation que le public en prit connaissance, lorsque les premiers pilotes survolèrent le Pérou dans les années 1930 à bord d’avions commerciaux. Le professeur américain Paul Kosok étudia et se retrouva au pied d’une ligne le 22 juin 1941, au lendemain du solstice d’hiver. Alors que la journée passée à étudier ces derniers touchait à sa fin, Paul Kosok leva les yeux de son travail et vit que le soleil couchant était directement aligné avec la ligne. C’est ainsi que le professeur surnomma cette bande de 800 km² du désert d’altitude le « plus grand livre d’astronomie au monde ».

Paul Kosok a travaillé avec l’Allemande Maria Reiche, connue comme la « Femme aux lignes ». Elle a étudié les lignes de Nazca pendant 40 ans et a défendu vigoureusement ses théories sur la finalité astronomique et calendaire de ces derniers (elle obtient en 1974 une bourse National Geographic pour son travail). Reiche défendit seule le site ; elle a même vécu dans une petite maison située à côté du désert pour protéger en personne les lignes des visiteurs peu respectueux des lieux.

 

COMMENT ONT-ELLES ÉTÉ RÉALISÉES ?

Les lignes de Nazca sont des géoglyphes, des dessins réalisés au sol en déplaçant des pierres et de la terre afin de créer une image « négative ». Avec le temps, les pierres qui jonchent le désert se sont oxydées et patinées, se parant d’une intense couleur rouille. Lorsque l’on enlève la couche rocheuse supérieure sur 30 à 38 cm de profondeur, du sable clair, qui contraste fortement avec le paysage environnant, apparaît. La pluie et le vent étant rares dans le désert, et l’érosion quasi inexistante, les dessins ainsi exposés sont en grande partie restés intacts pendant 500 à 2 000 ans.

Les scientifiques estiment que la majorité des lignes ont été tracées par le peuple nazca, prospère entre l’an 1 et 700 apr. J.-C.

Certaines zones de la pampa ressemblent à de vieux tableaux noirs, les lignes se superposent les unes aux autres et les dessins entrecoupent des lignes droites anciennes et plus modernes.

 

À QUOI SERVAIENT-ELLES ?

Les théories astronomiques de Kosok et Reiche sont restées d’actualité jusqu’aux années 1970, quand un groupe de chercheurs américains débarqua au Pérou pour étudier les géoglyphes. Cette nouvelle vague de recherche a commencé à remettre en cause la supposée nature archéoastronomique des lignes (ainsi que les théories plus radicales des années 1960 concernant les extraterrestres et des astronautes de l’Antiquité).

Johan Reinhard, explorateur National Geographic en résidence, a appliqué une approche multidisciplinaire à l’étude des lignes. « Il faut prendre le système écologique dans son ensemble, ce qui entoure Nazca et où le peuple Nazca s’est installé ». Dans une région où il ne pleut qu’environ 20 minutes par an, l’eau était à l’évidence un facteur important.

« Vraisemblablement la plupart des lignes ne sont pas dirigées vers un point situé sur l’horizon géographique ou céleste, mais plutôt en direction de lieux où étaient pratiqués des rituels afin de demander de la pluie et de bonnes récoltes », écrit Johan Reinhard dans son livre intitulé The Nazca Lines: A New Perspective on their Origin and Meanings (Les lignes de Nazca : un regard nouveau sur leur origine et leurs significations).

Anthony Aveni, ancien explorateur National Geographic, partage son avis. « Nos découvertes indiquent clairement que les lignes droites et les trapézoïdes sont associés à l’eau… Ils ne servaient pas à trouver de l’eau, mais étaient plutôt utilisés dans le cadre de rituels. »

« Les trapézoïdes sont de grands espaces où les gens peuvent aller et venir, explique-t-il. Les rituels étaient certainement liés au besoin ancien d’apaiser les dieux ou de s’acquitter d’une dette envers eux… Sans doute pour leur demander de l’eau. »

Johan Reinhard remarque que des dessins en forme de spirale ont aussi été mis découverts sur d’autres sites péruviens anciens. Le symbolisme animal est courant dans les Andes et se retrouve dans les géoglyphes biomorphes qui ponctuent la plaine de Nazca : les araignées seraient un signe de pluie, les colibris sont associés à la fertilité et les singes vivent en Amazonie, une région où l’eau est abondante.

« Il est impossible de prouver une théorie avec une seule étude, mais en combinant l’archéologie, l’ethnohistoire et l’anthropologie, nous pouvons obtenir quelque chose de solide », confie Johan Reinhard. Avec les nouvelles recherches technologiques, il ne fait aucun doute que notre compréhension des lignes de Nazca continuera d’évoluer.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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