Les Spiros, le mystérieux peuple aussi puissant que les Incas

Ce peuple, « le plus puissant qui ait jamais existé » de l’Amérique du Nord, fut un jour l’égal des Aztèques et des Incas.

De Heide Brandes
Publication 11 mars 2021 à 10:01 CET
Lors de sa découverte en 1935, Spiro Mounds, situé en Oklahoma, a été surnommé « la tombe ...

Lors de sa découverte en 1935, Spiro Mounds, situé en Oklahoma, a été surnommé « la tombe du roi Toutânkhamon de l’Arkansas Valley » par le journal Kansas City Star. Ces tertres abritaient des milliers d’objets aux décorations raffinées. Ils appartenaient aux peuples amérindiens du Mississippi qui prospéraient dans la région avant l’arrivée des colons européens.

Photographie de Mostardi Photography, Alamy Stock Photo

Des coupes taillées dans des coquillages, représentant des êtres mythiques ; de grandes pipes à l'effigie de figures emblématiques ; des paniers ornés de perles. Ce sont là quelques-uns des objets archéologiques découverts au sein de Spiro Mounds. Souvent oublié, ce site amérindien situé dans le centre-ouest des États-Unis regroupe la plus grande collection d’artefacts ayant appartenu à un peuple amérindien du Mississippi jamais découverte.

Situé à la frontière entre l’Oklahoma et l’Arkansas, Spiro Mounds faisait partie d’un complexe urbain habité de 800 à 1 450 après J.C. À son apogée, sa population atteignait plus de dix-mille citoyens. La politique, le commerce et la confédération religieuse des Mississippiens comportaient plus de soixante peuples différents et s’étendaient de la Côte du Golfe en Floride jusqu’aux Grands Lacs et des Rocheuses jusqu’à la côte de la Virginie.

Le peuple Spiro fut un jour l’égal des Aztèques et des Incas. Pourtant, malgré sa taille et sa stratégie commerciale sophistiquée, son héritage reste trop peu connu.

« Les peuples qui vivaient [à Spiro] contrôlaient ce que l’on appelle la culture mississippienne. La quasi-totalité des États-Unis, à l’exception de l’extrême nord-est et l’extrême nord-ouest, a entretenu des relations commerciales, a échangé avec les Spiros ou était sous leur contrôle pendant plus de 350 ans, et ce, sans quasiment avoir recours à une guerre violente », explique-t-il.

Les découvertes archéologiques du site de Spiro nous fournissent un bel aperçu de la culture des Hommes qui peuplaient autrefois le Mississippi.

 

UN TRÉSOR CULTUREL

« Ce qui rend Spiro si unique, c’est qu’il s’agit non seulement du tertre le plus riche en artefacts jamais découvert sur le territoire nord-américain, mais il contenait en plus des objets des quatre coins du monde connu [à cette époque en Amérique du Nord] », rapporte Eric Singleton, conservateur au musée National Cowboy & Western Heritage Museum et commissaire d'une nouvelle exposition, « Spiro and the Art of the Mississippian World » (« Spiro et l’art du monde mississippien »).

« On y a trouvé du cuivre provenant du Lac Supérieur, des coupes gravées et taillées dans du coquillage venant des Keys de Floride, des perles de la mer de Cortez, des éléments de la vallée du Mexique, et ce n’est là qu’une poignée de ces objets. [Les Spiros] ont vraisemblablement invité de nombreux peuples à rapporter des objets sacrés à Spiro afin de prendre part à des rituels ».

Parmi les trésors retrouvés à Spiro Mounds, on retrouve les coquilles de conque de la Côte du Golf. Elles étaient taillées pour former des coupes et gravées de motifs symboliques comme des hommes en costume ou des créatures mythiques.

Photographie de National Museum of the American Indian, Smithsonian Institution

En tant que conservateur principal, M. Singleton a sélectionné des artefacts illustrant l’importance des rituels des différentes nations. Des plats en cuivre gaufrés, des pipes à l'effigie de grandes figures, ou encore des coupes et des bijoux en coquillage délicatement gravés figurent parmi les milliers d’éléments retrouvés à Spiro.

Outre ces artefacts historiques, l’exposition présente également des œuvres d’art signées par certains artistes amérindiens contemporains descendants du peuple Spiro. « L’aspect primordial de cette exposition, c’est de collaborer avec des artistes contemporains pour témoigner de la résilience de cette culture et de sa communauté », explique M. Singleton.

Chase Kahwinhut Earles est un membre du peuple Caddo. Il est l’un des douze artistes des seize tribus différentes exposées à l’évènement. Il fabrique des poteries contemporaines mais aussi traditionnelles.

« J’essaie de transmettre l'histoire de ceux qui peuplaient ces tertres par le biais de certaines de mes pièces. Les Spiros sont les frères et sœurs des Caddos. On peut remarquer que les Caddos ont fortement inspiré les Spiros, notamment dans leurs dessins. Par exemple, [une de mes œuvres] est en réalité une pièce gravée par les Spiros, mais elle paraît contemporaine grâce aux éléments plus modernes que j’y ai ajoutés. »

 

LE MYSTÈRE DES TERTRES

Les Spiros ont formé des communautés agricoles très développées au centre-ouest et sud-est de leur territoire. Elles étaient composées de grandes plates-formes en terre et de tertres funéraires. Selon la tradition, les chefs construisaient leur résidence par-dessus celle du chef précédent. Ainsi, plus le tertre était haut, plus le chef qui y régnait était glorieux.

Craig Mound est le deuxième plus grand tertre du site. Il est le seul qui servait de lieu de sépulture. Il abritait les vestiges de chefs puissants, mais aussi des vêtements, des fourrures, des paniers et d’autres éléments destinés à faciliter leur départ pour l’au-delà, explique le directeur du musée.

Le site de Spiro Mounds a été abandonné par ses habitants au 16e siècle. Les historiens estiment que cet abandon a été provoqué par la sécheresse et les dissidences politiques. Le complexe est resté pratiquement intact jusqu’aux années 1930, lorsque des chasseurs de trésors ont eu vent de l’existence d’antiquités enfouies sous terre. À partir de cette période, l’Amérique du Nord a connu le pillage le plus long et le plus important de son histoire.

Des sculptures en bois, des plaques et des pipes à l'effigie de figures emblématiques ainsi que des bijoux faits à partir de coquillages ont également été retrouvés à Spiro.

Photographie de National Museum of the American Indian, Smithsonian Institution

Spiro a pu bénéficier d’une protection législative en 1935 et des fouilles archéologiques financées par le gouvernement ont pu débuter. Aujourd’hui, plus de soixante-cinq établissements publics aux États-Unis, ainsi que des dizaines d’institutions dans le monde, disposent d’artefacts en provenance de Spiro, notamment la Smithsonian, le Louvre, le British Museum et le Germanisches Nationalmuseum en Allemagne.

Le défi permanent pour les musées, mais aussi pour les tribus, c’est de trouver un équilibre entre le respect, le devoir de mémoire, la volonté d’éducation et celle de mise en lumière. En 1990, la loi sur la protection et le rapatriement des tombes des natifs américains (NAGPRA en anglais) a été adoptée en ce sens.

« Des années durant, les archéologues trouvaient ces sites, les fouillaient et dénichaient toutes les choses qu’il s’y trouvait », indique Kelli Mosteller, directrice du Citizen Potawatomi Nation Cultural Heritage Center à Shawnee en Oklahoma. « Ensuite, [les musées] les exposaient et [annonçaient], “Venez voir et découvrez ce peuple mythique”. Nous étions vraiment considérés comme une autre espèce. »

Grâce à l’adoption de la loi NAGPRA, le Congès a reconnu que les vestiges humains, quelle que soit leur origine, « doivent être traités avec dignité et respect en toutes circonstances ». Ainsi, l’ensemble des vestiges humains ainsi que les objets funéraires, sacrés ou descendants du patrimoine culturel amérindien et qui ont été prélevés au sein de terres fédérales ou tribales doivent être retournés à leur communauté d’origine. En outre, toute institution financée par le gouvernement doit faire l’inventaire des artefacts amérindiens qu’elle possède et consulter les peuples indigènes pour les rapatrier.

« [La loi NAGPRA] permet aux communautés amérindiennes de retrouver les vestiges ancestraux, les objets funéraires et les autres éléments culturels qui leur reviennent de droit », déclare Jayne-Leigh Thomas, directrice du département NAGPRA à l’université de l’Indiana. « C’est une question de souveraineté tribale. Une question de respect. »

 

EN APPRENDRE DAVANTAGE SUR L'HISTOIRE DE SPIRO

Dans l'Oklahoma, de nombreuses autres structures proposent d’en apprendre davantage sur la culture du peuple Spiro ainsi que sur celle du Mississippi.

À environ trois heures à l’ouest d’Oklahoma City, se trouve le Spiro Mounds Archeological Center, seul site préhistorique amérindien ouvert au public dans cet État. Des visites guidées permettent de découvrir la richesse de la culture de ces peuples ancestraux. Le musée présent sur le site propose de nombreuses répliques de certains objets mythiques découverts à Spiro.

 

Basée à Oklahoma City, Heide Brandes est une auteure indépendante. Retrouvez-la sur Twitter et Instagram.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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