Non, Thomas Edison n'a pas inventé l'ampoule électrique

Bien qu’il n’ait pas inventé l’ampoule comme on a pu le croire, l’inventeur légendaire aux mille brevets n’en a pas moins façonné le monde que nous connaissons.

Publication 18 avr. 2022, 11:19 CEST
Thomas Edison fut impliqué dans l’invention d’appareils révolutionnaires comme la caméra, le microphone et le phonographe. ...

Thomas Edison fut impliqué dans l’invention d’appareils révolutionnaires comme la caméra, le microphone et le phonographe. Mais aucune n’est aussi célèbre que son amélioration de l’ampoule qui fit entrer la lumière dans des foyers du monde entier.

PHOTOGRAPHIE DE George Pickow, Three Lions/Getty Images

Un réceptacle non étanche à l’origine d’une fuite chimique. Un incendie dans le wagon d’un train. La liste des raisons qui valurent à Thomas Alva Edison de se faire renvoyer des divers emplois qu’il occupa dans sa jeunesse semble presque aussi longue que celle des brevets qu’il aura déposés.

Si Edison l’inventeur eut des idées révolutionnaires qui devaient infléchir la destinée des divers secteurs dans lesquels il avait travaillé avant qu’on ne le renvoie, Edison le jeune homme s’était pour sa part, et selon les mots de sa notice nécrologique publiée en 1931 par le New York Times, « forgé une réputation d’opérateur [télégraphique] incapable de conserver un poste ».

Comme l’histoire devait le montrer, Thomas Edison finirait par devenir célèbre pour son aptitude légendaire à s’appliquer (et pour son mantra maintes fois répété selon lequel le génie, « c’est un pourcent d’inspiration et 99 pourcents de transpiration »). Il devait mettre au point des appareils qui définiraient le monde tel qu’on le connaît aujourd’hui ainsi qu’un certain nombre d’innovations avant-gardistes. Ses travaux d’amélioration de l’ampoule à incandescence permirent par exemple au plus grand nombre de s’éclairer à l’électricité à domicile.

Voici comment celui qu’on surnommait parfois le « sorcier de Menlo Park » se tailla une réputation à la mesure de sa démesure et pourquoi on le considère aujourd’hui encore comme le plus grand inventeur de tous les temps.

 

UN CURIEUX JEUNE HOMME

Né dans l’Ohio en 1847, Thomas Alva Edison grandit à Port Huron, dans le Michigan, où il ne reçoit qu’une brève instruction formelle. Sa mère, ancienne institutrice, assure son éducation à domicile dès l’âge de sept ans et en fait un grand lecteur. Ses aventures de jeunesse sont notamment marquées par d’ambitieuses expériences chimiques dans le sous-sol de ses parents qui résultent, pour reprendre les mots de l’un ses biographes, en « quasi-explosions et en quasi-désastres ».

Photographié ici à l’âge de 14 ans, le jeune Thomas Alva Edison a eu des idées qui ont changé le monde, et qui l’ont souvent distrait des tâches banales qu’on lui faisait faire dans les postes trop communs qu’il a occupé dans sa jeunesse.

PHOTOGRAPHIE DE National Park Service

Dès l’âge de 12 ans, animé par la curiosité et par son esprit d’entreprise, Thomas Edison devient marchand ambulant (news butcher) pour une ligne de chemin de fer. Il vend en-cas, journaux et produits en tous genres à bord des trains. Non content de vendre les nouvelles du jour, il décide aussi de les imprimer. Il fonde et publie alors le premier journal écrit et imprimé à bord d’un train en marche : le Grand Trunk Herald. Il poursuivra ses expériences chimiques à bord du train.

À l’âge de 15 ans, grâce à sa propension unique à se faire licencier pour avoir eu la tête à ses expériences et à ses inventions au lieu de travailler, Thomas Edison devient télégraphiste itinérant pour la Western Union avant de s’installer à New York pour ouvrir son propre atelier. Le télégraphe inspire nombre de ses premières inventions brevetées. En 1874, à 27 ans, il invente le télégraphe quadruplexé qui permet aux télégraphistes de transmettre quatre message simultanément et d’accroître le rendement de ce secteur d’activités sans avoir à construire de nouvelles lignes de télégraphe.

Croquis d’ampoule électrique dessiné par Thomas Edison le 13 février 1880. L’année précédente, l’inventeur avait démontré la durabilité de son ampoule devant une centaine de personnes dans son laboratoire de Menlo Park.

PHOTOGRAPHIE DE Fotosearch/Getty Images

DE THOMAS EDISON AU SORCIER DE MENLO PARK

Entre-temps, Thomas Edison a épousé l’une de ses employées, Mary Stilwell. Ensemble, ils emménagent à Menlo Park, dans le New Jersey, en 1876. Ce milieu rural est l’endroit rêvé pour installer un nouveau laboratoire à l’image de son esprit inventif et entrepreneurial : une infrastructure de recherche et développement où Edison et ses muckers, comme il les appelait, peuvent construire tout ce qui leur passe par la tête.

Thomas Edison continue de perfectionner le télégraphe et, alors qu’il travaille sur une machine capable d’enregistrer les télégrammes, il a l’idée de lui faire enregistrer du son également. Il crée donc une machine traduisant les vibrations produites par la voix en marques sur un morceau de papier.

En 1877, âgé de 30 ans, Thomas Edison récite les deux premiers vers de la comptine « Mary had a little lamb » dans son appareil et se les repasse à l’aide d’une manivelle. Il vient d’inventer le phonographe (Edison Speaking Phonograph). La même année, il met au point un transmetteur microphonique amélioré qui permettra de perfectionner le téléphone.    

Cette réplique de quatre mètres de haut d’une ampoule à incandescence se trouve au sommet de la Thomas Edison Memorial Tower, à Menlo Park, dans le New Jersey. Il a fallu plus de 2 700 kilos de verre, un squelette en acier de trois tonnes et huit mois pour le construire.

PHOTOGRAPHIE DE Shutterstock

LA LAMPE À INCANDESCENCE

Le phonographe d’Edison est une révolution mais on le considère surtout comme une babiole. L’inventeur génial est de toute façon déjà passé à une autre idée qui changera le monde : la lampe à incandescence.

Les ampoules électriques existent depuis le début du 19e siècle mais sont fragiles et éphémères à cause de leur filament (la partie émettrice de lumière). Une des premières formes de lampe électrique, la lampe à arc, fonctionnait grâce à la vapeur générée par des tiges en charbon chauffées par une pile. Mais il fallait l’allumer à la main et l’ampoule vacillait, chuintait et se consumait facilement. D’autres modèles ont bien été imaginés mais ils étaient trop chers et trop peu pratiques pour que l’usage en devienne répandu.

Les filaments de Thomas Edison, en revanche, étaient bon marché, pratiques, et durables. En 1879, après des années passées à perfectionner son idée de manière obsessionnelle, il crée une ampoule capable de durer 14,5 heures, un record.

« Ma lumière est enfin une lumière parfaite », se pique-t-il auprès d’un journaliste du New York Times. Quand la nouvelle de son invention se répand, le public afflue à Menlo Park et des centaines de personnes ont la chance de visiter son laboratoire (illuminé grâce à l’électricité) à l’occasion d’une démonstration publique qui a lieu le 31 décembre 1879.

« L’opinion des [scientifiques] ainsi que l’opinion unanimement exprimée par les non-scientifiques était qu’Edison avait en réalité produit la lumière de l’avenir », écrivait alors le New York Herald.

Ensuite, un inventeur noir du nom de Lewis Latimer améliore l’avancée d’Edison en fabriquant des filaments plus durables et en faisant en sorte que ceux-ci soient confectionnés efficacement. Pendant ce temps-là, Thomas Edison crée un service pour fournir de l’électricité et planche sur des innovations qui doivent rendre la lumière électrique plus accessible.

Dessin de Lewis Latimer le montrant en train de travailler comme consultant pour l’ingénieur Edwin Hammer en 1912. Lewis Latimer collabora avec les sommités de son temps : Thomas Edison, Alexander Graham Bell et Hiram Maxim, entre autres.

PHOTOGRAPHIE DE Schomburg Center for Research in Black Culture

LA GUERRE DU COURANT

Les inventions de Thomas Edison lui valent une renommée internationale et génèrent une impitoyable compétition autour des courants électriques. Les systèmes d’Edison fonctionnent en courant continu, ce qui ne permet de livrer de l’électricité qu’à un grand nombre de bâtiments situés dans une zone densément peuplée. Cependant, les concurrents de Thomas Edison (dont font partie Nikole Tesla, célèbre inventeur serbo-américain, et George Westinghouse) se servent de systèmes à courant alternatif. Ceux-ci sont moins coûteux et permettent de livrer de l’électricité à des clients sur de longues distances.

Impuissant, Thomas Edison voit les systèmes à courant alternatif se répandre. Il se sert alors de la presse pour livrer bataille à Westinghouse et à Tesla. À l’en croire, les électrocutions mortelles seraient dues au courant alternatif. Il lance une campagne de publicité montrant le potentiel meurtrier du courant alternatif. La compétition franchit un certain palier lorsque Thomas Edison décide de financer des expériences en public lors desquelles on met à mort des animaux en les électrocutant avec du courant alternatif. Mais un paroxysme macabre est atteint lorsque Thomas Edison, désirant à tout prix que sa technologie l’emporte, finance secrètement l’invention et la construction de la première chaise électrique en faisant en sorte que celle-ci fonctionne avec un courant alternatif.

Malgré le choc provoqué par sa campagne de dénigrement du courant alternatif, Thomas Edison finit par perdre la guerre du courant à cause des réalités du marché et de l’influence décroissante du fournisseur d’électricité qu’il a créé.

 

UNE VIE SUR TOUS LES FRONTS

En 1884, la tragédie le frappe lorsque Mary décède de ce qui semble être une surdose de morphine. Deux ans plus tard, âgé de 39 ans, Thomas Edison épouse en secondes noces Mina Miller, qui a alors 20 ans. Alors qu’il passe l’hiver à Fort Myers, en Floride, le couple rencontre un homme qui deviendra l’un des collaborateurs scientifiques d’Edison : Henry Ford, pionnier de l’automobile et fondateur de Ford Motor Company.

Pendant la Première Guerre mondiale, Henry Ford et Thomas Edison sont tous deux inquiets, les États-Unis dépendent du Royaume-Uni pour leur approvisionnement en caoutchouc. C’est en effet un matériau essentiel pour l’effort de guerre. En compagnie de Henry Firestone, qui a fait fortune en vendant des pneus en caoutchouc, le duo fonde un organisme de recherche et un laboratoire pour découvrir de potentielles sources domestiques de caoutchouc. Edison envisagera un temps que le solidago puisse faire office de substitut, mais le projet ne se révélera jamais assez viable pour produire du caoutchouc localement.

Thomas Edison continuera de se faire un nom grâce à l’énergie intarissable qui le poussera à innover et à expérimenter. Ses inventions profiteront à de nombreux domaines allant du cinéma (on lui doit l’ouverture du premier studio de production cinématographique du monde, le Black Maria, créé en 1893) aux poupées parlantes. Selon ses dires, il ne dormirait que quatre heures par nuit, ne croirait pas aux bienfaits de l’exercice physique et, selon la rumeur, n’aurait vécu que de lait et de cigare pendant des années. Il succombera des complications d’un diabète en 1931, à l’âge de 84 ans.

Lewis Latimer, un des tout premiers inventeurs afro-américains dont on ait connaissance, joua un rôle crucial dans la conception de nombreuses innovations modernes comme la lampe à incandescence. Il rendit le filament en carbone de l’ampoule d’Edison encore plus résistant en le gainant avec du carton.

PHOTOGRAPHIE DE Science History Images, Alamy

L'HÉRITAGE DE THOMAS EDISON

La main du « sorcier de Menlo Park » se fait encore sentir dans la myriade de domaines qu’il a influencés. Du cinéma à la fluoroscopie en passant par les batteries électriques, il semble qu’il n’y ait pas un seul recoin de l’innovation technologique qu’il n’ait touché. Durant son vivant, il aura accumulé pas moins de 1 093 brevets à son nom aux États-Unis seuls.

Tout au long de son existence, on l’aura critiqué pour ce que certains prenaient pour une approche bâclée de l’innovation. Mais le génie créateur de Thomas Edison et sa volonté d’essayer tout ce qui était possible et imaginable en cours de route aura fait de lui un des plus grands esprits de l'histoire américaine.

« Chaque lampe à incandescence est sa mémoire », écrivait le New York Times après sa mort. « Chaque centrale électrique est son monument. Partout où l’on trouve un phonographe ou une radio, partout où il y a un film, muet ou parlant, EDISON vit. »

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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