Immortaliser les Bouddhas de Bâmiyân avant qu'il ne soit trop tard

Vingt ans après leur destruction, il ne reste des Bouddhas de Bâmiyân que des niches vides, des souvenirs, et quelques images...

Publication 29 mars 2021, 11:35 CEST
Le plus imposant des deux Bouddhas de Bâmiyân était encore intact lorsque le photographe Pascal Maitre s'est ...

Le plus imposant des deux Bouddhas de Bâmiyân était encore intact lorsque le photographe Pascal Maitre s'est rendu dans la vallée afghane en 1996. Cinq ans plus tard, il y a tout juste vingt ans, les deux sculptures ont été détruites par les talibans.

Photographie de PASCAL MAITRE

Dominant la vallée, les deux Bouddhas en pierre dont la construction débuta au 6e siècle culminaient respectivement à 38 et 55 mètres de haut. Patinés par le temps, laissés à l’abandon et malmenés par la guerre, ils rappelaient toutefois le passé glorieux de la région de Bâmiyân, qui servait d’étape sur la route de la Soie et a été un centre d’étude bouddhiste. Avant que le pays ne devienne trop instable pour les accueillir, les touristes et les archéologues se pressaient sur ce site inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Si Pascal Maitre s’était rendu à plusieurs reprises en Afghanistan, c’était la première fois qu’il visitait la vallée de Bâmiyân. Depuis une colline, il a admiré les Bouddhas, les champs de blé qui leur chatouillaient les pieds et les montagnes Hindou Kouch en arrière-plan. La vallée grouillait d’hommes armés appartenant au groupe ethnique des Hazaras, qui contrôlait la zone depuis longtemps. Les grottes situées aux pieds des Bouddhas leur servaient d’entrepôts pour les armes et les munitions auxquelles ils avaient recours pour combattre les talibans, un mouvement fondamentaliste islamiste qui tentait de prendre le contrôle du pays. Des réfugiés de guerre revenant du Pakistan s’étaient aussi installés là. Inscrites au patrimoine mondial de l’UNESCO, les grottes possèdent des plafonds décorés de peintures datant du 7e siècle ; celles-ci figurent parmi les plus anciennes au monde.

Les dirigeants talibans se sont engagés dans un premier temps à protéger le patrimoine culturel afghan. Mais, frustrés par le manque de reconnaissance internationale et la multiplication des sanctions américaines à leur égard, ils sont revenus sur leur parole en 2001.

Photographie de PASCAL MAITRE

Pascal Maitre a tenté, en vain, de rejoindre les statues colossales de Bouddha, sculptées dans les falaises de la vallée de Bamiyan, en Afghanistan. Ses trois premières tentatives se sont soldées par des échecs. En juillet 1996, le photographe français se trouvait à Kaboul dans le cadre d'un reportage pour L’Express. Un peu plus de 160 km séparent Kaboul à la vallée, mais chaque matin, son chauffeur annulait le voyage. Pascal Maitre avait beau augmenter son salaire, rien n’y faisait.

Très vite, le Français a appris que des groupes armés tenaient des postes de contrôle le long de la route et la demande en 4x4 était forte. Les Afghans savaient que s’ils tentaient de franchir ces postes, leurs véhicules seraient immédiatement confisqués. Le photographe finit par demander de l’aide à un ami, et quelques jours plus tard, il naviguait entre les postes de contrôle à bord d’un bus de ville qu’il avait loué. Vêtu d’une Perahan Tunban, tenue traditionnelle afghane composée d’une tunique et d’un pantalon ample, il était assis parmi les passagers qui se rendaient au travail.

Cette peinture murale, réalisée dans une grotte située non loin des Bouddhas de Bâmiyân, date de l’époque à laquelle des moines bouddhistes vivaient dans la région. Certaines de leurs œuvres figurent parmi les plus anciennes peintures à l’huile connues au monde.

Photographie de PASCAL MAITRE

Quelques mois après, Kaboul est tombée aux mains des talibans, qui ont fondé l’Émirat islamique d’Afghanistan. Dans un premier temps, ils se sont montrés respectueux des célèbres Bouddhas, ordonnant même la protection du patrimoine culturel afghan après qu’un commandant a tiré sur les sculptures. Mais, sans doute frustrés par le manque de reconnaissance internationale et la multiplication des sanctions américaines à leur égard, les dirigeants talibans ont changé d’avis.

En mars 2001, ils ont placé des explosifs à la base des Bouddhas, les réduisant en une pile de décombres. En quelques semaines, les sculptures vieilles de 1 500 ans finirent par complètement s’effondrer. 20 ans après, Pascal Maitre pense que ses photographies figurent parmi les dernières des Bouddhas encore debout.

Lorsque le photographe Pascal Maitre s'est rendu dans la vallée de Bâmiyân en 1996, les Bouddhas avaient déjà fait les frais des longs conflits. Criblés de trous et morcelés, ils étaient malgré tout encore debout.

Photographie de PASCAL MAITRE

« C’était une catastrophe », raconte le photographe. « Il s’agissait d’un des premiers sites inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO à être détruit… Ce qui était choquant, c’est que contrairement à la plupart des autres lieux, les Bouddhas n’ont pas été détruits pour être pillés. Les talibans les ont juste détruits. C’est à ce moment-là que le monde a compris que quelque chose avait changé : il n’y avait plus aucun respect pour le patrimoine mondial ».

Lorsque Pascal Maitre est retourné sur place en 2006. Il ne restait plus rien des Bouddhas, à l’exception d’une immense niche vide creusée dans la falaise. Un groupe d’archéologues afghans était présent : ils recherchaient un troisième Bouddha. Relevant du mythe, celui-ci serait plus imposant que les deux autres et aurait été sculpté à l’horizontale. C’était la première fois que le photographe français constatait la destruction des Bouddhas de ses propres yeux ; il a eu beaucoup de difficultés à réaliser que ce patrimoine culturel si précieux avait disparu.

« Il ne reste plus rien, juste un énorme trou. Je n’arrivais pas à comprendre. J’avais vu les Bouddhas et ils avaient disparu ».

Pendant des siècles, touristes, archéologues et pèlerins se sont pressés sur le site des Bouddhas de Bâmiyân. La vallée toute entière, qui abrite des grottes ornées et des monastères bouddhistes, est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Photographie de PASCAL MAITRE

 

Photojournaliste français, Pascal Maitre est spécialisé dans les sujets relatifs à la guerre, aux traditions et à l’environnement. Depuis 1985, il a notamment couvert la guerre d’Afghanistan, la montée en puissance des talibans et le pillage du musée de Kaboul. Suivez-le sur Instagram pour découvrir son travail.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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