Histoire

Plongée dans les bunkers de la Seconde Guerre mondiale

Le photographe Reto Sterchi a documenté ce qu'il appelle le « Mythe de la montagne suisse ».

De Alexandra Genova
Photographie De RETO STERCHI

Les échos du passé secret de la Suisse résonnent encore, profondément enterrés sous les montagnes et collines de son paysage trompeusement bucolique. Ils se répercutent dans les tunnels des milliers de bunkers conçus comme des forteresses tactiques contre l'avancée d'Hitler. Stratégie connue sous le nom de « Réduit national », les bunkers ont été construits pour servir de cachettes au gouvernement et aux commandants de l'armée en cas d'invasion. Ces salles de guerre caverneuses, utilisées jusqu'à la fin du 20e siècle, étaient le dernier espoir de survie du pays.

Mais c'est le mystère plutôt que l'histoire qui a conduit le photographe Reto Sterchi à documenter ce qu'il appelle le « Mythe de la montagne suisse ». Enfant, il jouait souvent près d'une rivière qui coule au pied des Alpes, de laquelle les ruines d'un bunker englouti dépassaient par endroit.

« On aurait dit un rocher, mais il s'agissait d'une mitrailleuse », raconte Sterchi à National Geographic. « Je me demandais : "Qu'est-ce que c'est que ça ? Qu'est-ce qu'il peut bien y avoir dedans ?" ». Mais il était interdit à l'époque d'explorer davantage.

Ce monde secret a finalement été mis au jour quelques années plus tard, alors que Reto Sterchi avait 20 ans et servait dans l'armée. Au cours de l'entraînement, le sergent lui a demandé ainsi qu'à ses collègues de descendre un escalier qui s'engouffrait sous terre. « Nous avons descendu les 300 marches qui s'enfonçaient dans la montagne », raconte Sterchi. « Nous nous sommes perdus avec mon ami. Cela nous a pris quatre ou cinq jours pour comprendre le plan du bunker, c'était si grand. On ne savait jamais quelle heure il était, mais cela ne semblait pas vraiment important. »

Mais ce n'est qu'à l'été 2010 qu'il a vraiment commencé à explorer le monde sous-terrain suisse. Il y a très peu d'informations en ligne sur les bunkers et aucune archive photographique de leur utilisation à l'époque. « Je me suis rendu compte qu'il n'y avait jamais eu de projet photo réalisé sur les bunkers », raconte-t-il. « Et je voulais être le gars qui réaliserait le premier projet de ce type. »

L'accès à ces édifices s'est avéré difficile, malgré le fait que le gouvernement se soit mis à en ouvrir beaucoup au public à la fin des années 1990. L'armée n'était pas très conciliante, préférant garder les bunkers dans le secret. Il s'est par conséquent tourné vers les citoyens qui les ont acquis à leur propre compte et les ont conservés ou les ont transformés en terrains de jeux personnels. Le premier bunker de ce genre qu'il ait visité était la propriété d'un homme excentrique dont la passion était de faire vrombir sa Ferrari dans les dédales de tunnels suisses. Il utilisait une des pièces de son bunker comme armurerie, un peu à la James Bond. « Bien sûr, je n'ai pas pu le photographier », explique-t-il. « Mais ça vous donne une idée du type de personnage que sont ces propriétaires ».

Au fil de ses visites, Sterchi s'est rendu compte qu'il était vraiment attiré par les bunkers qui avaient été laissés intacts, qui étaient restés figés dans le temps, comme si des soldats y avaient établi leur campement hier. De la salle à manger avec les tables préparées pour le dîner au bloc opératoire auquel il ne manque qu'un médecin et un patient, les pièces montrent à quel point cette stratégie secrète a été étudiée.

Bien que radicalement différents de par leurs tailles et leurs formes, les intérieurs revêtissent une étrange cohérence. Les jaunes moutarde, les roses pastels et les verts pistache donnent aux bunkers un côté kitsch. Ils sont cependant loin d'avoir été conçus dans un but esthétique, explique Sterchi, mais plutôt pour être supportables après des semaines voire des mois de captivité.

La priorité donnée à la fonctionnalité plutôt qu'au style est devenue le cœur de son projet photographique. « Tout a été construit pour des raisons purement pratiques. L'esthétique n'y avait pas sa place, même s'ils sont très intéressants à regarder », explique le photographe. « J'ai trouvé ce contraste particulièrement fascinant ».

Le « mythe » qui entourait ces cavernes lorsque Sterchi était enfant s'est quelque peu atténué. « Beaucoup de militaires ont surjoué le secret qui entoure ces bâtiments, comme si les Russes allaient envahir le pays demain », dit-il. « Cette vision du monde est tellement archaïque de nos jours... »

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