Un « Atlas pour la fin du monde »

Des dizaines de nouvelles cartes et graphiques colorés montrent les régions du monde où l'urbanisation est susceptible d'entrer en conflit avec la biodiversité.

En 1570, le cartographe flamand Abraham Ortelius publiait le premier atlas moderne, intitulé Theatrum Orbis Terrarum (Théâtre du Monde). L'ère des grandes découvertes venait de s'ouvrir et les cartes joliment dessinées d'Ortelius dévoilaient un monde flambant neuf pour de nombreux Européens, composé de terres à peine découvertes qui allaient suite être colonisées et exploitées.

D'après Richard Weller, architecte-paysagiste à l'université de Pennsylvanie et auteur principal d'un projet en ligne récemment publié intitulé « Atlas pour la fin du monde », ce monde n'existe plus. En réalité, le titre aux consonances apocalyptiques ne fait pas référence à la fin du monde, mais au monde tel qu'Ortelius le connaissait, affirme l'architecte. « Il est question de la fin d'un monde où nous pensions que les ressources de la nature étaient sans limite et que nous pouvions les exploiter sans conséquence », explique Richard Weller.

À l'époque de la publication de l'atlas d'Ortelius, la majorité des écosystèmes indigènes de la planète étaient encore intacts, souligne l'architecte-paysagiste. Ce qui n'est de toute évidence plus le cas quatre siècles et demi plus tard. Ce nouvel atlas s'adresse à tous les curieux qui souhaitent connaître les endroits du globe où la biodiversité est menacée, explique-t-il. Il espère également que l'atlas pourra être une invitation à passer à l'action pour les architectes-paysagistes, les urbanistes et les concepteurs, des professionnels qui, selon lui, possèdent des compétences précieuses à faire valoir dans les efforts de conservation.

Un objectif qui fait sens, compte tenu de l'un des thèmes majeurs abordés par ce nouvel atlas : l'entrecroisement de l'urbanisation et de la sauvegarde de la biodiversité. De mauvaises décisions en matière d'urbanisme peuvent nuire aux écosystèmes vulnérables, alors que des aménagements urbains pensés selon une logique de conservation peuvent être une force, pour l'instant très peu exploitée.

L'atlas s'est principalement concentré sur les 36 centres de diversité choisis pour la préservation par les Nations Unies. Ces centres de diversité font fi des frontières internationales et sont définis par un consensus scientifique comme des régions riches en espèces végétales et animales que l'on ne trouve nulle part ailleurs et qui font face à d'importantes menaces d'extinction.

L'un des objectifs de conservation convenus par 196 pays dans le cadre de la Convention des Nations Unies sur la biodiversité vise à protéger au moins 17 % du territoire de ces centres d'ici à 2020. Selon l'analyse de Richard Weller, cet objectif n'a jusqu'ici été atteint que pour 14 des 35 centres de diversité. (Le 36e centre, ajouté en 2015, doit encore être évalué.)

L'atlas présente des cartes détaillées pour chacun des centres de diversité, qui montrent les différents écosystèmes qu'ils abritent et les menaces liées à l'activité humaine auxquelles ils sont confrontés, telles que l'exploitation minière, l'agriculture et l'urbanisation. D'autres cartes et outils de visualisation des données se concentrent sur les influences régionales et mondiales susceptibles de compromettre les efforts de protection, allant de l'extraction de l'énergie à la corruption des gouvernements, en passant par la production alimentaire destinée à nourrir une population qui devrait atteindre les 10 milliards d'individus d'ici la fin du siècle.

Parmi ces 36 centres de diversité figurent 422 villes d'au moins 300 000 habitants. Nombre d'entre elles sont en pleine expansion et rares sont celles qui possèdent des projets d'urbanisme bien définis, ce qui offre un terrain fertile à d'éventuels conflits. Afin de représenter sur une carte et de localiser les conflits susceptibles d'éclater dans les prochaines années (voir ci-dessus), Richard Weller et ses co-auteurs, Claire Hoch et Chieh Huang, se sont appuyés sur les prévisions d'expansion urbaine de chercheurs de l'université de Yale.

Selon Richard Weller, c'est à ces endroits précis que ses collègues architectes-paysagistes et urbanistes ont une carte à jouer. « Notre rôle est d'imaginer différents scénarios et de chercher des solutions qui puissent "absorber" la croissance démographique en remodelant la ville d'une certaine manière », explique-t-il. Chaque ville est unique et nécessite un aménagement spécifique en vue d'équilibrer la croissance et ses conséquences sur la biodiversité, ce qui en fait un véritable défi.

L'une des cartes les plus intéressantes que présente l'atlas met en avant les efforts qui visent à relier des régions riches en biodiversité les unes entre les autres, soit une autre stratégie pour la protection des diverses espèces (voir ci-dessus).

« Du point de vue de la protection de la nature, toutes ces espèces enfermées dans des fragments isolés, quelle que soit la qualité de la protection de ces fragments, ne feront pas long feu », explique Richard Weller.

Ces travaux qui visent à relier les différentes régions vont de la petite connexion réalisable à celle immense et tout à fait improbable. Cependant, l'architecte les voit comme un signe encourageant qui prouve que les hommes ont tourné la page et ont commencé à songer à la façon de reconstituer des écosystèmes détruits depuis l'époque d'Ortelius.

« Il nous faut re-concevoir nos systèmes de sorte à ce que des infrastructures destinées à d'autres espèces que nous existent », déclare-t-il.

 

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