Un voilier de l’époque mérovingienne a été mis au jour près de Bordeaux

Une mystérieuse épave du haut Moyen-Âge a récemment été sortie de l’eau à Villenave-d’Ornon, près de Bordeaux. Les experts estiment que ce bateau a vogué aux 7e-8e siècles de notre ère.

De Margot Hinry
Publication 27 juin 2022, 11:21 CEST
La fouille de l'épave de Villenave-d'Ornon.

La fouille de l'épave de Villenave-d'Ornon.

PHOTOGRAPHIE DE Patrick Ernaux, Inrap

L’épave a initialement été mise au jour en 2013 par une équipe de chercheurs, mais les fouilles n'ont débuté qu'en 2019. 

« En 2019, pendant trois mois, on a démonté et découvert l’intégralité des restes du bateau. Mais les parois de la fouille se sont en partie effondrées, mettant en danger des fouilles et l’équipe de fouilles. Nous avons tout interrompu et avons rebouché le chantier pour protéger l’épave » se souvient Laurent Grimbert, responsable des fouilles.

Entre la crise sanitaire et les longues attentes de validation, trois années ont passé. Avec l’aide de l’État, les équipes de recherche ont pu à nouveau travailler sur cette découverte historique et analyser de plus près ce qu’il reste du navire.

La découverte d’un navire de transport de marchandises datant de cette période est exceptionnelle. Les restes du navire ont été découverts enfouis dans la vase d’un ancien ruisseau de la région, l’Estey de Lugan. « Aujourd’hui, le ruisseau ne mesure plus que 1 mètre de large et 90 centimètres de profondeur, il est très envahi, on ne le voit plus. À l’époque où le bateau naviguait, le ruisseau était beaucoup plus large. À marée haute, le bateau se posait sur le sable puis il repartait avec la marée » précise le responsable des fouilles.

En France, un seul autre exemplaire trouvé en Charente, en moins bon état de conservation, a été exhumé. 

Pour analyser chaque pièce de l’épave et comprendre sa provenance et la manière dont le voilier a été construit, les archéologues font preuve d’un travail très méticuleux. Au fond du ruisseau, le bateau est resté pendant près de 1 300 ans dans l’eau et la terre. Le bois est encore en très bon état et selon l’expert, « c’est avec notre fouille que nous participons le plus à l’abîmer. »

Selon Laurent Grimbert, « il y a trois conditions pour que le bois se préserve. Il doit être à l’abri des changements de températures, de l’oxygène et de l’air. Aujourd’hui, il se dégrade, mais très lentement. […] Pour l’observer et le démonter, on doit le sortir de l’eau. Il se retrouve confronté aux changements de températures, à l’oxygène. On l’arrose toutes les demi-heures à peu près pour éviter qu’il ne s’effrite trop mais, malgré tout, il se dessèche. On évite vraiment de travailler dessus à sec. […] On prend quelques pièces, on laisse l’eau remonter pour le protéger grâce à des pompes à eau, on traite les pièces, on fait des photos et des observations archéologiques ».

En laissant le bois sécher, la dégradation s’accélérera et les différentes pièces pourront plus facilement céder. « Un bois ancien est gorgé d’eau. Pour un volume de bois, vous avez huit volumes d’eau à peu près » explique Laurent Grimbert.

La découverte d’un plancher et la présence de cordages à l’intérieur du bateau permettent aux archéologues de déduire qu’il s’agissait d’un bateau relativement robuste.

L'épave du navire de transport de marchandises du 7e ou 8e siècle, étudié par l'équipe de fouilles.

PHOTOGRAPHIE DE Patrick Ernaux, Inrap

« Il s’agit d’un bateau très lourd avec beaucoup de membrures et de structures qui le consolident et le rendent très résistant. Il a la capacité d’avoir transporté de lourdes charges et beaucoup de marchandises. » Afin de comprendre ce qui pouvait être transporté, les scientifiques devront attendre d’analyser l’ensemble des éléments du bateau. « On a fait des prélèvements dans le sédiment qui était au sein du bateau. On a des éléments de plantes, des pollens et ensuite, des analyses du sol en cours permettront de voir les micro-éléments comme les graines par exemple. »

Selon les résultats d’analyses de 2019, il y a « pas mal de graines et de plantes d’origine méditerranéenne. […] C’est une information qui a son importance, mais qu’il ne faut pas surestimer. Le bateau a pu y être construit, il a pu naviguer jusque là-bas ou transporter des marchandises » précise Laurent Grimbert. « C’est en le démontant petit à petit que l’on va pouvoir reconstruire son histoire. Pour l’instant, on a plus de questions que de réponses même si on commence à voir apparaître l’image générale du bateau qui nous apparaît de plus en plus clairement. On est sur un gros travail de mise en comparaison avec d’autres éléments de cette période ».

La forme architecturale du bateau et les pièces utilisées pour le faire fonctionner sont également une source d’informations précieuse pour l’équipe de recherche. « L’épave va être entièrement dégagée et documentée par relevés photos, restitution 3D, topographie et enregistrement des différentes pièces de bois. Elle sera démontée et numérotée pièce à pièce » peut-on lire sur le site de l’Inrap.

Les experts estiment que le bateau mesurait initialement près de 15 mètres de long. « Il manque environ 3 à 4 mètres du bateau. La partie arrière s’est détachée peu de temps après que le bateau a coulé » affirme Laurent Grimbert. « On essaye de comprendre la membrure, comment étaient assemblés le mât, la coque, l’ossature du bateau. On fera la comparaison avec la période antique, pour voir s’il fait partie d’une évolution. Peut-être que l’on va découvrir des similitudes ou des points qui tranchent vraiment. Peut-être qu’il fait le lien entre la période antique et la période médiévale. »  

L’équipe sur place vient de démonter la pièce d'emplanture qui tenait le mât. « Début juin, on a démonté le plancher, on commence à démonter quelques membrures jusqu’à ce qu’il n’y ait plus que les pièces de la coque. On démontera ensuite le bordage. […] Chaque pièce nous en apprend un peu plus. On va essayer d’analyser la manière dont tenait le mât, quelle taille il pouvait faire. » L’analyse de la coque apportera des informations sur le niveau d’étanchéité désiré. « Si on est sur des éléments de tissus étanches qui vont être entourés de planches pour étanchéifier le bateau ou plutôt sur des éléments végétaux. Toutes les techniques se rattachent à des traditions architecturales différentes. Chaque pièce démontée est photographiée, mesurée, enregistrée, elle passe dans un laboratoire pour que le bois soit étudié, les traces d’outils, la façon dont il a été taillé. […] Après, on le met dans un bassin sur le site, pour le stocker. »

Le devenir de l’épave n’a pas encore été acté. Il pourrait être réenfouit de sable dans une excavation pour ne pas l'abîmer davantage. Autre possibilité : « des musées pourraient vouloir le récupérer si on trouve un financement pour lyophiliser tout le bois afin d’éviter qu’il ne se dégrade encore et ainsi, il sera visible par le public » conclut Laurent Grimbert.  

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