Cette femme a caché Anne Frank et transmis son histoire

« Même une secrétaire ordinaire [...] peut allumer une petite lumière dans une pièce sombre. »

De Jacqueline Cutler
Publication 2 mai 2023, 16:23 CEST
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Dans une scène de la mini-série Une lueur d'espoir, Miep Gies (incarnée par Bel Powley) montre à Fritz Pfeffer (Noah Taylor), un ami de la famille Frank, le grenier où elle a caché Anne, Margot, Edith et Otto Frank ainsi que quatre autres Juifs. 

PHOTOGRAPHIE DE DUŠAN MARTINČEK, NATIONAL GEOGRAPHIC FOR DISNEY

En 1942, Miep Gies était une jeune employée de bureau d’Amsterdam et venait de se marier. Alors que l’occupant allemand resserrait son étau sur la ville, son patron, Otto Frank, lui demanda de le cacher, lui et sa famille, pour échapper à la déportation. Pendant les deux années qui suivirent, Miep Gies risqua sa vie quotidiennement pour faire passer de la nourriture à la famille Frank ainsi qu’à quatre autres personnes cachées dans des pièces secrètes au-dessus de l’entreprise d’Otto.

Lorsque les nazis découvrirent et déportèrent la famille en 1944, Miep Gies, à défaut de pouvoir protéger la famille, en perpétua le souvenir en sauvant les écrits d’Anne Frank. C’est grâce à elle que le monde peut aujourd’hui encore lire le célèbre journal de la jeune fille.

Miep Gies répondait aux questions des clients et effectuait des tâches administratives chez Opekta, l’entreprise d’Otto Frank. Cette Autrichienne d’origine avait été envoyée aux Pays-Bas pour échapper aux restrictions alimentaires alors qu’elle n’avait que onze ans. Son vécu d’immigrée, sa loyauté envers son employeur et sa colère à l’égard du génocide en train d’être perpétré l’ont incitée à tenter de sauver ceux qui se trouvaient dans son grenier.

PHOTOGRAPHIE DE ANNE FRANK Fonds, BASEL VIA GETTY IMAGES

Plus tard, on a loué l’héroïsme de Miep Gies. Persuadée qu’elle n’avait fait que ce qu’elle pouvait dans ce climat dominé par le mal, celle-ci aurait eu ce mot : « Même une secrétaire ordinaire ou une femme au foyer ou une adolescente peuvent, chacune à leur manière, allumer une petite lumière dans une pièce sombre. » 

L’extraordinaire bienveillance dont fit preuve Miep Gies prit la forme d’une suite de gestes désintéressés. Elle avait déjà connu les ravages d’une guerre mondiale. Vingt-deux ans avant que les Frank ne soient forcés de se cacher, ses parents, par désespoir, l’avaient envoyée vivre, affamée et malade, dans une famille d’accueil de Leyde, aux Pays-Bas. Là, loin de ses parents restés à Vienne, Miep Gies, qui n’avait que onze ans, guérit, s’épanouit, et rencontra les personnes auxquelles elle a fini par venir en aide.

En huit épisodes tournés à Amsterdam et à Prague, la mini-série Une lueur d'espoir, disponible en streaming sur Disney+, raconte l’histoire de Miep Gies. À l’occasion d’entretiens réalisés durant le tournage, les créateurs et les acteurs de la série sont revenus sur les raisons pour lesquelles, aujourd’hui encore, Miep Gies demeure une source d’inspiration.

« Si nous connaissons pour la plupart le journal, ce qui se passait en dehors de l’annexe […] est un mystère », déclare Tony Phelan, qui a écrit et produit le projet avec sa femme, Joan Rater. Cette dernière ajoute : « Qu’implique le fait de cacher des gens au quotidien ? Miep a dit oui à Otto Frank, et ensuite il faut dire oui tous les jours après ça, même si c’est dur, même quand vous êtes malade, même quand vous ne voulez pas […]. Et ça, pour moi, ce fait quotidien, est assez dramatique. »

Tony Phelan et Joan Rater, mariés depuis trente ans, ont créé, produit et écrit la mini-série après six ans de recherches. C’est un documentaire de 1995, Anne Frank Remembered, qui a initialement suscité leur intérêt et qui les a poussés à visiter la Maison d’Anne Frank, musée créé dans l’annexe où s’est tapie la famille Frank. En descendant ses escaliers escarpés et étroits, dans les pas d’Anne, Joan Rater a aperçu une fille faire la roue à l’extérieur.

À Amsterdam, le 263 Prinsengracht est désormais connu sous le nom de Maison d’Anne Frank. Avant l’occupation allemande, son rez-de-chaussée accueillait Opekta, entreprise qui vendait de la pectine pour faire de la confiture. Alors qu’il était de plus en plus difficile pour les Juifs de quitter le pays, Otto a entrepris d’équiper le grenier pour s’y réfugier.

PHOTOGRAPHIE DE Sepia Times, Universal Images Group via Getty Images

Pour Une lueur d'espoir, Joan Rater a fait de ce souvenir lié à l’insouciance enfantine une scène de flashback dans laquelle on voit Anne, en 1941, au mariage de Miep et Jan Gies. Elle sautille, exaltée par ces noces romantiques à la mairie. À ce moment-là, Anne est pétulante et les restrictions la contrarient ; un an plus tard à peine, sa vie ne sera justement que restrictions.

Les visites de Miep Gies, qui lui apportait des vivres à bicyclette, étaient une lueur d’espoir pour Anne. L’actrice Bel Powley incarne Miep Gies et, pour se mettre dans le personnage, a reconstitué ces trajets. « Tony et Joan m’ont donné toutes cartes géniales afin que je puisse suivre l’itinéraire que faisait Miep à vélo », raconte-t-elle.

Bel Powley, qui est juive, a éprouvé le poids inhérent à cette histoire, en particulier alors que la fin du tournage approchait. Les rues assiégées d’Amsterdam, l’entreprise d’Otto, et le célèbre grenier ont été recréés à Amsterdam et à Prague.

Tout ce qui apparaît l’écran est représenté de manière aussi précise que possible. Les costumes d’époque sont intentionnellement élimés, tels qu’ils l’auraient été en temps de guerre. Bien que la mode puisse sembler frivole étant donnée l’omniprésence de la menace de la mort, les femmes qui se cachaient « voulaient sauver les apparences », explique Davina Lamont, coiffeuse et maquilleuse. Une touche de rouge à lèvres était une tentative de sembler normale quand rien ne l’était.

Par une journée froide à Prague, 300 figurants acclament des G.I. descendant une rue pavée à bord d’un char d’assaut. Dans cette scène qui figure la Libération de mai 1945, la foule agite des drapeaux orange, la couleur royale néerlandaise. C’était déjà trop tard pour la famille Frank : Anne avait été arrêtée quelques mois plus tôt et était morte du typhus au camp de concentration de Bergen-Belsen.

Margot, Otto, Anne et Edith Frank à Merwedeplein, à Amsterdam, en mai 1941. Un an à peine après que cette photo fut prise, Margot reçut une convocation la sommant de se présenter à un camp de travail en Allemagne. La famille se cacha et ne quitta le bâtiment que lorsque les nazis les arrêtèrent.

PHOTOGRAPHIE DE Anne Frank Fonds - Basel via Getty Images

Anne avait voulu devenir une autrice célèbre et elle le devint, comme on le sait. Son journal révèle de manière unique le cœur d’une adolescente typique et la vérité de la Shoah ; les lecteurs ayant du mal à se figurer l’extermination de six millions de personnes peuvent s’identifier à elle.

Et pourtant, nul n’aurait jamais pu lire ces entrées qui commencent par « Chère Kitty, » si Miep Gies n’avait pas rassemblé les feuillets éparpillés et le journal à la couverture à carreaux rouges et si elle ne les avait pas ensuite donnés à Otto, seul rescapé de la famille. Elle a fait cela par « gentillesse et par compassion », fait observer Liev Schreiber, qui incarne Otto.

Liev Schreiber, dont le grand-père juif a émigré d’Ukraine, voit un parallèle entre l’antisémitisme de la Seconde Guerre mondiale et l’actuel. Il a cofondé un groupe humanitaire qui examine les dons destinés aux ONG œuvrant en Ukraine. En se portant bénévole sur cette terre déchirée par la guerre, il a rencontré des héros d’aujourd’hui risquant leur vie pour aider les autres.

Il le formule ainsi : « Les Miep Gies du monde entier, les lueurs d'espoir, les personnes ordinaires extraordinaires qui ont fait quelque chose, qui ont résisté à la tyrannie, qui ont résisté aux personnes autoritaires, qui ont résisté aux fascistes... se souvenir de ce qu’elles ont accompli, je pense, nous confère une certaine perspective sur ce que nous sommes capables d’accomplir. »

La série Une lueur d'espoir est disponible en streaming sur Disney+. Elle sera diffusée en quatre fois deux épisodes.

Cet article a initialement paru en langue anglaise sur nationalgeographic.com.

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