Quand votre survie dépend de ce qui se trouve dans votre sac à dos

Préparer son sac pour des expéditions relève de la science pour Lonnie Dupre, alpiniste et explorateur en Arctique chevronné. Wednesday, March 7, 2018

De Gary Strauss
Pour l'ascension du Mount Hunter en Alaska qui durera 19 jours, l'explorateur de l'Arctique Lonnie Dupre emmènera avec lui 27 kilos de provisions et d'équipements, la plupart visible sur l'image ci-dessus. Il contrôle le poids de son sac à l'aide d'une balance de précision et d'un pèse-personne.

Qu'y a-t-il dans votre sac à dos ?

Si vous vous appelez Lonnie Dupre, votre sac contient environ 27 kilos d'équipement et de provisions, essentiels à votre survie.

« Transporter des provisions pour 19 jours n'est pas chose facile, vous devez bien choisir ce que vous prenez avec vous », a assuré Lonnie Dupre, le légendaire alpiniste et explorateur de l'Arctique, qui fut le premier grimpeur à accomplir une ascension en solo du Denali, situé en Alaska, en 2015.

La semaine dernière, le lauréat du prix Rolex a quitté le Minnesota, où il vit, pour participer au Vertical Nepal, une expédition de cinq semaines dans l'Himalaya. Avec cinq autres alpinistes, il tentera de réaliser la toute première ascension jusqu'au point de passage de Langju, situé dans la vallée reculée de Tsum.

À son retour mi-novembre, Lonnie se préparera pour affronter le Mont Hunter en Alaska en hiver, une première.

Pour Lonnie, qui pèse 68 kilos, il est essentiel de partir léger pour une ascension. C'est pourquoi il prévoit d'emmener avec lui un sac de 27 kilos maximum pour grimper au sommet du Mont Hunter, considéré comme l'un des pics de plus de 4 200 mètres les plus difficiles à escalader en Amérique du Nord.

« Pour moi, la priorité numéro une, c'est d'avoir de l'essence : vous pouvez survivre un petit moment sans nourriture adéquate, mais seulement deux ou trois jours sans eau et vous avez besoin d'essence pour faire fondre la neige », a-t-il déclaré. « Quand l'environnement dans lequel vous vous trouvez est extrême, votre survie dépend de ce que vous avez à disposition ».

Parmi les dernières expéditions de Dupre, qui compte à son actif 30 ans d'expérience dans le domaine, figurent la première circumnavigation non motorisée du Groenland et des excursions mélant ski et chiens de traineau du Canada au pôle Nord.

Descendant de l'explorateur français Jacques Cartier, Jonnie Dupre a aussi connu son lot d'échecs. Trois de ces tentatives d'ascension en solo du Denali ont échoué en raison de conditions climatiques extrêmes et même lors de son ascension réussie en 2015 sur le même sommet, il a connu des moments de doute. En effet, alors qu'il était à mi-chemin du sommet, une tempête de neige l'a contraint à se replier sans pouvoir accéder à sa réserve de provisions, située une trentaine de mètres plus bas.

« J'avais de l'essence pour trois jours et de la nourriture pour un jour et demi. La tempête a duré cinq jours. J'ai donc dû me débrouiller pour tenir le plus longtemps possible sur les réserves que j'avais car je ne savais pas combien de temps j'allais être bloqué », a précisé Dupre. « Je me suis que j'étais foutu et qu'il me restait 36 heures à vivre ».

Emmitouflé dans son sac de couchage, Lonnie a dû lutter contre l'hypothermie et la faim en plein hiver arctique où la nuit dure 19 heures par jour. « La plus grande crainte lorsque l'on fait de l'alpinisme en hiver, ce n'est pas de tomber ou d'échouer, c'est d'être pris dans une longue tempête et de ne plus avoir de réserves », a-t-il ajouté. « C'est la seule erreur que j'ai faite de toute ma carrière ».

Une fois la tempête terminée, l'alpiniste a pu redescendre jusqu'à sa réserve de provisions, signalée par un bâton.

« Quand je l'ai aperçue, je me suis dit que je n'allais pas mourrir », a-t-il dit. « J'ai creusé très vite, j'ai fouillé un sac polochon et j'ai dévoré deux barres chocolatées sur le champ ».

Une fois réapprovisionné, Lonnie a rejoint son campement situé à 3 400 mètres d'altitude en mangeant autant qu'il le pouvait. Remotivé et grâce au temps qui se dégageait, il a fini par atteindre le sommet du Denali. Là-bas, il a pensé à tout ce que cet objectif avait exigé de lui pendant quatre ans avant de redescendre. « J'étais tellement soulagé de ne plus avoir à refaire cet effort », a-t-il confié. « La plupart des décès se produisent lors de la descente. Je me suis dépêché sur le retour ».

Lonnie Dupre ne sait pas encore exactement ce qu'il va emmener avec lui pour l'ascension du Mont Hunter. Voici ce qui se trouve sur sa liste pour l'instant :

  • Provisions alimentaires pour 19 jours : 9 kg.
  • Essence : 2,8 kg.
  • Sac à dos : 1,8 kg.
  • Corde d'escalade : 1,8 kg.
  • Tente : 1,8 kg.
  • Sac de couchage : 1,8 kg.
  • Combinaison de ski : 1,6 kg.
  • Balises : 1,13 kg.
  • Appareils électroniques (téléphone satellite, caméra, balise de détresse) : 0,9 kg.
  • Thermos remplie d'eau : 0,9 kg.
  • Pelle : 0,5 kg.
  • Réchaud : 0,45 kg.
  • Faitout, cuillère et écran anti-vent pour le réchaud : 0,34 kg.
  • Sur-matelas pneumatique : 0,28 kg.

« Langju est très technique, donc nous allons prendre pas mal d'équipement. Nous devons être prêts dans toutes les circonstances », a-t-précisé. « Pour le Mont Hunter, c'est l'inverse, il faut partir léger. En plus, contrairement à Denali, ce ne sera pas possible de tirer un traineau rempli de provisions et de les disperser sur le chemin ».

« Je réfléchis encore à ce que je vais prendre », a indiqué l'alpiniste, qui utilise un pèse-personne et une balance de précision pour parfaire le poids de son sac.

Parmi les provisions qu'il emmènera figurent des macaronis au fromage lyophilisés, des lasagnes, de la viande précuite, du bacon fumé deux fois et trempé dans du sirop d'érable, du chocolat solide, ainsi qu'une centaine de grammes de barre énergétique maison au beurre d'arachide, au miel, à la noix de coco et à l'abricot, roulée en forme de boudin et enveloppée dans du papier ciré. Avant presque chaque expédition, Lonnie prend entre 4,5 et 7 kg, qu'il perdra suite à l'effort physique intense qu'il fournira tous les jours.

Il emmène également toujours un produit plaisir avec lui. « Je ne m'autorise qu'une chose, une bonne tasse de café (lyophilisé) », a précisé Dupre.


Cet article a été produit par National Geographic dans le cadre de son partenariat avec les Prix Rolex.

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