La fluorescence invisible des fleurs révélée en images

Grâce aux ultra-violets, un photographe fait apparaître les couleurs venues d'ailleurs et les éclats féériques de plantes a priori communes.vendredi 8 novembre 2019

De Austa Somvichian-Clausen
Photographie De Craig P. Burrows

Jetez un œil aux photographies de fleurs réalisées par Craig Burrows et vous vous sentirez comme transporté dans le monde extraterrestre de Pandora imaginé par James Cameron pour son film Avatar. Sur ces clichés, les pétales aux reflets lumineux entrent en contraste avec le noir intense de l'arrière plan alors que la fleur se tapisse de paillettes de lumière semblables à des lucioles.

Même si cela peut paraître difficile à croire, le travail de Burrows ne relève pas de la science-fiction, mais de la science tout court.

Pour immortaliser ces instants venus tout droit d'un autre monde, il utilise une technique appelée photographie par fluorescence d'ultraviolets. Ce processus utilise les ultraviolets pour induire la fluorescence d'une substance, ce qui signifie que la lumière capturée émane du sujet lui-même, un peu comme un t-shirt blanc s'illumine sous une lumière noire.

« Cette technique de photographie est loin d'être facile, » déclare Burrows. En règle générale, il installe son sujet floral sur un pied en métal et utilise une commande à distance pour déclencher une exposition de 10 à 20 secondes tout en retenant son souffle lorsque l'obturateur est ouvert. Même le plus petit courant d'air ou affaissement de pétale aboutira à un flou de mouvement.

C'est la nature délicate de la méthode employée par Burrows qui fait des fleurs un sujet intéressant. « Elles ne peuvent pas s'enfuir en courant, » plaisante Burrows, en précisant tout de même que cette technique est le plus souvent utilisée pour repérer des arachnides, notamment des scorpions. Son prochain objectif est de travailler sur des scènes complètes plutôt que sur un unique sujet.

Bien que le résultat soit toujours imprévisible, il a constaté que les fleurs composées telles que les marguerites ou les tournesols étaient celles qui avaient la plupart du temps la plus forte fluorescence de pollen. L'une des plus grandes surprises qu'il ait eu en photographiant des fleurs était une fleur de concombre aux reflets orange et bleu intenses avec un pollen éclatant. Il indique cueillir ses spécimens au gré de ses promenades dans son quartier, équipé d'une lumière portative pour inspecter les candidats potentiels et prélever les sujets prometteurs.

Des roches aux minéraux en passant par les coraux et les crustacés, nombreux sont les objets naturels fluorescents sous une lumière ultraviolette, bien que la fonction précise dans la nature de ce phénomène n'ait pas encore été suffisamment étudiée. Les chercheurs suggèrent une corrélation entre les zones d'ombre sous UV des fleurs utilisées pour guider les pollinisateurs, mais cela n'a pas été démontré.

Burrows a été sollicité par une exposcience pour exposer ses photographies et il a lui a même proposé de participer à un programme de photographie judiciaire sur le thème de la photographie par fluorescence d'ultraviolets. Il pense toutefois que l'intérêt réel de sa photographie est d'éveiller l'intérêt du public dans les processus physiques qui permettent à ces clichés d'être réalisés.

« La photographie par ultraviolets et infrarouge réfléchis révèle des secrets que nous ne pouvons pas voir mais qui n'en sont pas moins importants, » déclare Burrows. « Je pense qu'il est nécessaire que ces éléments nous incitent à poursuivre notre exploration et à s'intéresser à des choses qui d'ordinaires sont ignorées ou invisibles. »

 

Pour en savoir plus sur le travail de Craig Burrows visitez son site Web et suivez-le sur Instagram.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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