Ensemble, seuls : 2020, l'année qui nous a isolés

Confinés, stressés : la construction d'un monde basé sur la distanciation sociale.

De Nina Strochlic, National Geographic
Publication 13 janv. 2021 à 15:26 CET
Une victime de la Covid-19 devient une momie moderne.  En Indonésie, le corps enveloppé de plastique d’une ...

Une victime de la Covid-19 devient une momie moderne.  En Indonésie, le corps enveloppé de plastique d’une victime supposée du coronavirus attend un sac mortuaire, dans un hôpital. Les multiples couches font partie du protocole pour réduire la propagation du virus. La famille n’a pas pu faire ses adieux au défunt, comme pour la plupart des victimes. Publiée pour la première fois en juillet, la photo a soulevé un tollé. Des célébrités et des membres du gouvernement niaient que la Covid-19 posait un problème, alors que l’Indonésie venait d’alléger de nombreuses restrictions sociales. Ce cliché disait le contraire: «Il a galvanisé et ravivé les discussions sur le Covid-19 à l’heure même où on se préparait à une “nouvelle normalité”», explique Joshua Irwandi. L’image mettait à nu la réalité, dans un pays où plus de 200 professionnels de santé sont morts du virus.

Photographie de Joshua Irwandi

Ensemble, seuls. Certains isolements sont voulus, tels ceux des astronautes, des alpinistes ou des moines. Mais, pour la plupart d’entre nous, les interactions sociales sont une énergie vitale. L’année 2020 a débranché la prise. En mars, le monde est entré sur la pointe des pieds dans l’isolement: interdiction des rassemblements, fermeture des établissements scolaires et des bureaux. Les mesures de confinement ont répandu un silence angoissant sur la planète.

L’ère du coronavirus a remis en question nos définitions de l’isolement. Est-ce être séparé de nos amis et de notre famille ? Piégé à l’extérieur de notre pays ? Ou être tenu éloigné de notre travail, de nos études ?

Rester chez soi était un privilège. Mais l’exercice d’un métier essentiel ou la pure nécessité ont contraint beaucoup à choisir entre leur santé et leurs responsabilités. Dans le nord de l’Italie, à Bergame, l’un des premiers épicentres de la Covid-19, le directeur du centre funéraire de la ville, Antonio Ricciardi, redoutait tant d’infecter sa famille qu’il a dormi sur le canapé-lit de son bureau pendant deux mois. «J’avais peur de mourir », se souvient-il.

La mort aussi est devenue un événement solitaire. Décédée en mars, Marie Thérèse Wassmer, une octogénaire, a été inhumée non loin de Mulhouse, l’un des épicentres initiaux de l’épidémie en France. La vieille dame n’avait pas été testée pour le virus, mais on l’a enterrée comme si elle en avait été victime. Le confinement a empêché ses amis et sa famille d’assister à la cérémonie. Quand le prêtre et quatre croque-morts l’ont mise en terre, dans un cercueil sous scellés, les employés des pompes funèbres ont prié pour elle comme s’ils étaient sa famille.

Article publié dans le numéro 256 du magazine National Geographic

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