Fukushima : dix ans après la catastrophe, la nature reprend ses droits

Un photographe a capturé le retour de la vie sauvage au sein d’un village abandonné suite à l’accident nucléaire de Fukushima.

Photographie De MANABU SEKINE
Publication 11 mars 2021, 12:49 CET, Mise à jour 15 mars 2021, 16:07 CET
Fukushima-1

Une nouvelle génération d’animaux s’est établie au sein des zones désaffectées de Fukushima après que la catastrophe nucléaire de 2011 a contraint plus de cent-soixante-mille personnes à évacuer la région.

Photographie de MANABU SEKINE

Il y a dix ans, le monde a enregistré le deuxième accident nucléaire le plus grave de l’histoire, après celui de Tchernobyl, à la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi au nord-est du Japon. Un tremblement de terre de magnitude 9 a secoué le sol pendant six minutes. Moins d’une heure plus tard, un tsunami s’est abattu sur les côtes septentrionales du pays. Des montagnes d’eau de mer, de plus de 36 mètres, ont inondé des régions reculées à plus de 15 kilomètres de la côte. Les générateurs de secours de la centrale nucléaire ont été submergés, sont tombés en panne et ont entraîné la fusion et l’explosion des trois réacteurs de la centrale.

Plus de cent-soixante-mille personnes ont fui la zone de plus de 800 km² qui encercle la centrale, soit près de huit fois la superficie de Paris, alors même que des retombées radioactives s’abattaient encore. De nombreux habitants de la région ne sont toujours pas rentrés chez eux à l’heure actuelle.

Toutefois, la disparition soudaine des Hommes a eu un impact pour le moins surprenant sur la nature. Au cours de ces dix dernières années, faune et flore ont réinvesti la zone d’exclusion, là où les niveaux de radiation restent encore trop élevés pour que les Hommes puissent y retourner. Selon une étude menée en 2020, la présence de sangliers (Sus scrofa), de macaques japonais (Macaca fuscata) et de chiens viverrins (Nyctereutes procyonoides) est désormais plus élevée au sein de la zone d’exclusion, malgré le taux de radiation élevé, que dans les zones voisines peuplées par des humains. Il est à noter que l’étude ne s’est pas penchée sur les effets des radiations sur la santé des individus. Un phénomène similaire a été observé aux alentours de la zone d’exclusion de Tchernobyl en Ukraine.

Des moniteurs à énergie solaire surveillent les niveaux de radiation au sein de la région de la centrale Fukushima Daiichi. Malgré les efforts entrepris pour décontaminer la zone, les taux restent encore trop élevés dans certaines régions pour que la population puisse y retourner.

Photographie de Manabu Sekine

Le photographe Manabu Sekine s’est aventuré dans le village d’Iitate, où la quasi-totalité de ses six-mille habitants a reçu l’ordre d’évacuer au printemps 2011. Ses photos révèlent une faune et une flore abondantes, présentées dans le numéro d’avril 2021 de l’édition japonaise du magazine National Geographic. Ci-dessous, ses observations. (Retrouvez l’article en langue japonaise ici.)

Dans le hameau de Nagadoro, les rhododendrons (Rhododendron) fleurissent toujours chaque printemps, même en l’absence de résidents.

Photographie de Manabu Sekine

Les sangliers sont nombreux dans la zone d’exclusion et leurs populations augmentent. Puisqu’ils détériorent les cultures des régions voisines, le gouvernement local a encouragé leur chasse. Leur viande ne peut toutefois pas être consommée car elle renferme du césium 137.

Photographie de Manabu Sekine

L’hiver à Iitate peut s’avérer glacial. Les macaques japonais investissent parfois des maisons abandonnées afin de se réchauffer.

Photographie de Manabu Sekine

Après l’accident nucléaire survenu à la centrale de Fukushima Daiichi, de grandes quantités de matière radioactive se sont abattues sur le village, ce qui l’a rendu impropre à l’habitation.

Les habitants ont quitté les lieux mais je me demandais ce qu’il advenait de la vie sauvage. En juin 2011, quelques mois à peine après l’accident, j’ai exploré la région.

Contre toute attente, les plantes, les arbres et les fleurs de la zone contaminée arboraient des couleurs vives. Les abeilles et les papillons virevoltaient dans les jardins du village. J’étais soulagé de constater la présence de vie sauvage et j’étais surpris de sa vivacité. Toutefois, ces créatures pourraient-elles être affectées par cet environnement soumis à de forts taux de radiation ?

Des lièvres (Lepus) et d’autres animaux visitent régulièrement cette grange en ruine. Cette image a été capturée grâce à un piège photographique.

Photographie de Manabu Sekine

Des sacs chargés de déchets contaminés ont été dispersés dans le village d’Iitate.

Photographie de Manabu Sekine

Les fleurs du printemps se parent de leurs plus belles couleurs à Iitate.

Photographie de Manabu Sekine

Quelques années plus tard, j’y suis retourné. Les rizières laissées à l’abandon avaient séché et étaient envahies par l’herbe. Les saules avaient poussé et avaient formé des bosquets. Les animaux sauvages se nourrissaient de châtaignes et de kakis, autrefois cultivés par les villageois. Les maisons décrépies et les champs abandonnés étaient apparemment devenus le lieu de reproduction de prédilection des sangliers. Ils ont tellement proliféré qu’ils représentent aujourd’hui une menace pour les riverains qui habitent juste à l’extérieur de la zone d’exclusion.

Même si d’apparence, la faune ne semble pas affectée par les radiations, il n’est pas possible d’affirmer que c’est bel et bien le cas. Ni aujourd’hui, ni dans un futur proche.

J’ai été témoin de la prolifération de la nature ici. Je sais que c’est réel. À mes yeux, ces êtres semblent plus perturbés par la présence humaine que par les radiations.

 

Cet article a initialement paru dans le numéro d’avril 2021 de l’édition japonaise du magazine National Geographic.

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