Photographie

Ces villes futuristes construites autour d'un aéroport

Le photographe Giulio Di Sturco explore le concept d' « aerotropolis » et se demande comment il définira notre avenir.

De Janna Dotschkal
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Un jour, au cours d’une classique séance de portraits à Bangkok, le photographe Giulio Di Sturco fut frappé par une idée remarquable pour son prochain projet. Il était en train de photographier John Kasarda, célèbre universitaire et consultant aéroportuaire. « Dans ses consignes pour la séance figurait le mot ‘aerotropolis’ et je n’avais aucune idée de ce que ça voulait dire, » se souvient-il.

Pendant la séance, Kasarda, qui a inventé le terme « aerotropolis » en 2012, expliqua à Di Sturco le concept dans ses moindres détails. Le photographe se souvient : « Dès que nous avons commencé à parler, je lui ai posé des questions sur l’aerotropolis. Il a commencé à me décrire ce nouveau concept de mégalopole, de ville intelligente directement connectée avec l’aéroport. Ce n’est qu’à la fin de la conversation que j’ai réalisé que c’était lui l’inventeur du mot. »

« J’étais très excité. Je ne pensais plus au portrait ; j’avais déjà en tête un projet sur ces villes nouvelles, ce mode de vie du futur. L’effet que cela aurait sur nous, sur les marchés, la vie quotidienne, les voyages… »

Avec tout son enthousiasme, Di Sturco commença à étudier et rechercher différentes aerotropolis en se rendant en Corée du Sud, à Singapour, Bangkok, Hong Kong et Amsterdam. La première ville où il se rendit fut Songdo, en Corée du Sud. C’était en 2011, juste après la construction de la ville. Il fut frappé par son vide, sa solitude et son isolement. Lorsqu’il y retourna deux ans plus tard, la ville s’était complètement transformée.

« Les gens avaient commencé à emménager dans la ville suite aux efforts considérables fait du gouvernement coréen pour les convaincre d’y aller, » dit-il. « Maintenant, ils ont les meilleures écoles privées du pays. La connexion avec le monde est fantastique, et de nouveaux bars et restaurants apparaissent en permanence. La ville a enfin pris vie. »

Pour Di Sturco, dans ce monde où tout est de plus en plus connecté, les plus gros aéroports ont un rôle encore plus important à jouer dans l’économie internationale. « L’expansion rapide des zones commerciales liées aux aéroports transforme les actuelles portes d’accès aériennes en des piliers du développement urbain du 21e siècle permettant aux voyageurs internationaux comme aux habitants de la région de faire des affaires, d’échanger des connaissances, de faire du shopping, de manger, de dormir et de se divertir, tout en restant dans un cercle de 15 minutes de trajet de l’aéroport. »

Di Sturco explique qu’il voulait montrer la nature extrême des aerotropolis. « Visuellement, je recherche des espaces imposants et vides, où les personnes sont à peine visibles dans l’image, » dit-il. « Le projet porte plus sur les lieux que sur les gens, et ce qui m’intéresse est la façon dont les gens réagissent et interagissent avec ce nouveau genre de ville. »

Si Kasarda ne dissimule pas son enthousiasme pour l’avenir des aerotropolis, Di Sturco a quant à lui une vision beaucoup plus nuancée du concept.

« Cela m’effraie un peu que toutes les villes se ressemblent, que tout soit contrôlé par les autorités de la ville, que tout et tout le monde soit sous surveillance, » dit-il. « Mais en même temps, notre société est déjà engagée sur ce chemin, et le concept d’une ville où tout le monde est un voyageur et peut partager ses expériences me fascine. »

Di Sturco ajoute qu’il espère que les gens y verront les façons dont la société va évoluer autour des portes d’entrée internationales dans l’avenir.

« Je veux montrer aux gens comment nous vivrons dans 20 ou 30 ans, comment nous vivrons dans ces villes nouvelles et à quel point cette ville nous aliénera. C’est le prix du progrès technologique et du confort. Je veux communiquer le sentiment de solitude et d’isolement que j’ai ressenti alors que je prenais des photos. »

« Ce sont les villes les plus connectées que l’on puisse imaginer ; vous pouvez aller n’importe où, physiquement et virtuellement. Tout fonctionne, tout est super rapide, mais vous avez tout de même la sensation d’être seul. »

Giulio Di Sturco est représenté par INSTITUTE. Retrouvez son travail sur le site de l’agence.

Janna Dotschkal est rédactrice adjointe au pôle photographie à National Geographic. Retrouvez-la sur Twitter et Instagram.

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