Honduras : là où les gangs règnent, vieillir est un privilège

Pris dans un cercle vicieux de violence, de corruption et de pauvreté, les jeunes Honduriens luttent pour leur survie.

De Tomás Ayuso
Photographie De Tomás Ayuso

Sur les hauteurs de San Pedro Sula, au nord du Honduras, au milieu des marécages et des champs de cannes à sucre, s'étend le très peuplé district de Planeta. Ici, les clochers ponctuent les rues non pavées et les repaires des gangs - une rue entière peut être contrôlée par un gang quand les trois suivantes sont sous le joug d'un gang rival.

Les officiers de police avancent masqués dans les rues. Leur arsenal de guerre est couvert de poussière, leur doigt toujours sur la détente, prêt à réagir au moindre assaut. Ici, il n'y a pas d'école et peu de commerces. Les résidents n'ont d'autre choix que de naviguer à vue dans ces territoires pour rejoindre le cœur actif de San Pedro Sula, au risque d'être les victimes collatérales de tirs croisés.

C'est dans des lieux comme celui-ci que des générations de jeunes gens ont réalisé que le cercle vicieux de la violence, de la corruption et de la pauvreté leur ôtait le droit de vieillir.

Je suis arrivé ici pour poursuivre un projet de documentation des flux migratoires des Honduriens vers les États-Unis, commencé en 2015. La plupart des familles honduriennes fuyant leur pays se rappellent très bien à quel moment elles ont décidé de partir : le jour où leur vie a été menacée par un gang tout puissant, le jour où des quottas exorbitants ont été imposés par les sicarios, ces tueurs opérant pour les cartels d'Amérique latine, ou tout simplement le jour où l'un d'eux s'est retrouvé dans un échange de tirs à la périphérie d'une ville.

Je voulais mieux comprendre les raisons de leur départ et me suis donc rendu à la source de leur exode. Avant d'arriver dans le district de Planeta, j'imaginais que le quartier était géré d'une main de fer par des criminels sans pitié. Au lieu de cela, j'ai découvert des riverains vivant dans la plus grande précarité, tolérant avec calme les membres des gangs, leurs voisins, leurs fils ou leurs cousins.

La plupart des membres des gangs que j'ai rencontré n'avaient pas 16 ans mais portaient déjà le sceau d'une très grande violence. Ils m'ont raconté comment chaque jour ils tenaient tête à leurs rivaux pour défendre leur territoire. Une récente altercation entre deux gangs rivaux avaient faits six morts, tous adolescents. Leurs corps, découpés en morceaux, avaient été jetés dans le ruisseau.

J'ai rencontré un membre de gang, devenu orphelin après que des hommes masqués ont tué sa mère. Je lui ai demandé qui l'avait élevé. Personne, me répondit-il. Sa grand-mère lui gardait un peu de nourriture quand elle le pouvait, mais à part cela, il était livré à son sort dans les rues jusqu'à ce qu'un gang le recrute. Il n'est aujourd'hui désigné que par son nom de gang, Furia.

Mais la rencontre qui m'a le plus marqué est celle avec Moises, qui avait à peine 17 ans. La confiance établie, nous avons déambulé ensemble dans le quartier pour rejoindre les hauteurs. Loin des bruits de la ville, il a partagé son quotidien fait de cris et de violence. Moises a rejoint un gang, convaincu par des amis d'enfance qui l'avaient eux mêmes rejoint lorsqu'ils avaient 10 ans. Il ne l'aurait jamais envisagé, dit-il, s'il n'avait subi les brutalités continuelles de la police et la menace constante des autres gangs. Rejoindre le gang, pensait-il, c'était une chance de survivre.

Ses parents, des anciens agriculteurs qui avaient rejoint la ville dans l'espoir d'offrir à leurs enfants une vie meilleure, l'ont poussé plusieurs fois à quitter le pays pour se construire une autre vie - n'importe quelle vie. Mais Moises est resté. Sa petite-amie lui a annoncé qu'à l'âge de 16 ans, elle allait donner naissance à leur premier enfant.

 

Tomás Ayuso est un photo-reporter et écrivain hondurien. Il a remporté le prix du meilleur portfolio et est récipiendaire d'une bourse National Geographic.

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