Une nouvelle "zone bleue" vient d’être identifiée en Sardaigne
Le village idyllique de Bolotana est l’un des endroits les plus « extraordinaires » sur Terre. Là-bas, on compte de nombreux centenaires.

C’est dans le cadre d’un projet National Geographic que Dan Buettner, spécialiste de la longévité, a identifié une nouvelle « zone bleue », une région géographique où les habitants âgés de 70 ans ou plus affichent une survie exceptionnelle. L’épicentre de cette nouvelle zone bleue se trouve dans le village sarde montagneux de Bolotana. Là-bas, personne ne connaît la malbouffe et l’espérance de vie des femmes est particulièrement élevée.
C’est dans le cadre d’un projet National Geographic que Dan Buettner, spécialiste de la longévité, a identifié une nouvelle « zone bleue », une région géographique où les habitants âgés de 70 ans ou plus affichent une survie exceptionnelle. L’épicentre de cette nouvelle zone bleue se trouve dans le village sarde montagneux de Bolotana. Là-bas, personne ne connaît la malbouffe et l’espérance de vie des femmes est particulièrement élevée.
Manger principalement du lard, des myrtilles et du chocolat. Avoir l’esprit léger et être positif. Fumer deux paquets par jour. Demandez à un ou une centenaire quel est le secret de sa longévité, et vous obtiendrez toujours une réponse différente. Si les myrtilles sont bonnes pour la santé (ce qui n’est pas le cas des cigarettes), le secret pour vivre longtemps et en bonne santé serait peut-être gardé par un petit village de Sardaigne appelé Bolotana, situé dans les vallées de la chaîne montagneuse du Marghine.
Entouré de forêts et parsemé de sources fraîches, Bolotana compte environ 2 262 habitants, dont 10 sont au moins âgés de 100 ans. Cette prévalence de centenaires (qui seraient environ 442 pour 100 000 habitants) est environ 10 et 11 fois plus élevée que la moyenne sarde et américaine, respectivement. Ces chiffres ont piqué l’intérêt de Dan Buettner, explorateur National Geographic et spécialiste de longue date de la longévité, plus connu pour son travail sur les « zones bleues », ces régions où l'on observe une concentration exceptionnelle de centenaires ou une longévité remarquable.
De telles zones ont déjà été identifiées à Okinawa, au Japon ; à Ikaria, en Grèce ; ainsi que dans un chapelet de villages de montagne ailleurs en Sardaigne. Mais lorsque Dan Buettner et son équipe ont entendu parler de Bolotana et qu’ils ont commencé à étudier les données, ils ont été stupéfaits par ce qu’ils venaient de découvrir.
« Bolotana est, selon certains indicateurs, la zone bleue la plus extraordinaire qui soit », a confié Dan Buettner dans un entretien. « Alors que les autres zones bleues sont en déclin, celle-ci croît. Cela signifie que chaque année, le nombre de centenaires augmente ».

Dans la zone bleue de Bolotana, en Sardaigne, les habitants mangent beaucoup de haricots, de pâtes et de légumes venant du jardin. Les olives, et l’huile d’olive, font également partie intégrante de la cuisine régionale.
Dans la zone bleue de Bolotana, en Sardaigne, les habitants mangent beaucoup de haricots, de pâtes et de légumes venant du jardin. Les olives, et l’huile d’olive, font également partie intégrante de la cuisine régionale.
Avec son collègue chercheur Gianni Pes, Dan Buettner a rassemblé une équipe composée du professeur et gérontologue S. Jay Olshansky, qui a procédé à un processus de vérification scientifique de l’âge sur un échantillon randomisé des centenaires connus du village.
« Ce qui était intéressant avec Bolotana, c’est que le village a des photos de chaque centenaire. Nous n’avions jamais vu ça et nous ne le verrons sans doute jamais ailleurs », a indiqué S. Jay Olshansky dans un entretien. Après avoir identifié de façon aléatoire un groupe de centenaires à partir des photographies et passé en revue les registres parfaitement tenus du village, il a recoupé les dates de naissances et de décès avec les actes de baptême et les actes de mariage pour vérifier que chaque centenaire avait bien atteint l’âge de 100 ans. Les résultats de l’étude des deux hommes ont paru dans la revue Frontiers in Aging le 5 octobre 2026.
« Nous avons découvert qu’à Bolotana, l’espérance de vie des femmes, en particulier, est bien plus élevée que ce qui a été observé parmi les populations les plus âgées au monde », explique S. Jay Olshansky. Dans le petit village sarde, les femmes ayant atteint l’âge de 70 ans ont trois fois plus de chances de devenir centenaires que les femmes américaines.
« Les chiffres n’avaient pas besoin d’être aussi spectaculaires pour être intéressants », a-t-il ajouté au sujet de la découverte.
Bolotana se distingue des autres zones bleues par le fait que ce sont les femmes centenaires qui sont à l’origine des tendances de longévité. Selon l’étude, les chances de survie entre 70 et 100 ans étaient de 4,92 % pour les hommes contre 13,83 % pour les femmes du village.
« En général, les femmes vivent entre trois et cinq ans de plus que les hommes dans les autres régions du monde. À Bolotana, ce chiffre semble encore plus élevé, mais nous ignorons encore pourquoi », observe le gérontologue.

Bolotana vit du pastoralisme et de l’agriculture, explique Dan Buettner, spécialiste de la longévité et inventeur du terme « zone bleue ». Cette division, qui permet à de nombreux hommes d’être à la maison pour partager les tâches quotidiennes, pourrait expliquer pourquoi les femmes du village vivent plus longtemps.
Bolotana vit du pastoralisme et de l’agriculture, explique Dan Buettner, spécialiste de la longévité et inventeur du terme « zone bleue ». Cette division, qui permet à de nombreux hommes d’être à la maison pour partager les tâches quotidiennes, pourrait expliquer pourquoi les femmes du village vivent plus longtemps.
Pour savoir quels facteurs liés au mode de vie contribuaient potentiellement à la longévité de la population de Bolotana, l’équipe a passé au crible des enquêtes historiques sur les habitudes alimentaires et interrogé les médecins du village. Elle a ainsi découvert que le régime alimentaire des habitants était à 90 % végétarien, ces derniers ne consommant de la viande qu’environ cinq fois par mois pendant la majeure partie de leur vie. Ils se nourrissent principalement de produits qu’ils font ou produisent eux-mêmes, comme le fromage de leurs brebis ainsi que l’huile d’olive et le blé provenant de leurs champs.
« Ils mangent des haricots, des pâtes et des pommes de terre. Tout ce qu’ils peuvent faire pousser dans leur jardin. Ils n’importaient pas beaucoup de malbouffe américaine », explique Dan Buettner, mais cela a changé en 2005, lorsque le commerce s’est ouvert aux importations. La situation n’est « pas encore dramatique. Il n’y a aucun restaurant de fast food », souligne l’explorateur National Geographic.
En discutant avec l’un des principaux médecins du village, S. Jay Olshansky a été surpris d’apprendre de sa bouche que malgré la bonne santé de sa population, Bolotana ne comptait aucune salle de sport.
« Personne ne fait de sport ici », fait-il remarquer. « C’est assez intéressant, en soi. On dirait qu’ils n’essayent pas de vivre plus longtemps, mais qu’ils y parviennent quand même ».
Toutefois, en raison des pentes fortes du village et de l’absence de voitures, les habitants « font du cardio à intensité modérée tous les jours sans s’en rendre compte », explique Dan Buettner. « Cela a son importance et c’est précisément sur ce point que nous pêchons aux États-Unis. Nous imaginons toujours que nous allons faire suffisamment d’activité physique, mais ce n’est jamais le cas ».

Les chercheurs ont recoupé les actes de naissance, de décès, de baptême et de mariage du village pour vérifier que les centenaires qui y résident ont bien 100 ans ou plus.
Les chercheurs ont recoupé les actes de naissance, de décès, de baptême et de mariage du village pour vérifier que les centenaires qui y résident ont bien 100 ans ou plus.

Faire du sport à la salle n’est absolument pas à la mode à Bolotana ; les habitants restent en forme en montant et descendant les pentes fortes du village chaque jour.

Les habitants de Bolotana entretiennent leur forme physique en gravissant chaque jour les pentes abruptes du village.
Faire du sport à la salle n’est absolument pas à la mode à Bolotana ; les habitants restent en forme en montant et descendant les pentes fortes du village chaque jour.
Les habitants de Bolotana entretiennent leur forme physique en gravissant chaque jour les pentes abruptes du village.
Plusieurs générations d’une même famille ont également tendance à vivre ensemble à Bolotana. Les responsabilités du foyer et l’éducation des enfants sont donc partagées, et chacun bénéficie émotionnellement et spirituellement du fait d’être entouré de ses proches.
Pourtant, ces choix de vie n’expliquent pas pourquoi, contrairement à d’autres zones bleues, les femmes du village sont plus nombreuses que les hommes à atteindre la barre des 100 ans. Ce phénomène pourrait s’expliquer par la génétique, ou par autre chose. À l’inverse d’autres régions de la Sardaigne, le village vit du pastoralisme et de l’agriculture. Par conséquent, un nombre plus élevé d’hommes est à la maison pour partager les corvées quotidiennes avec leurs compagnes. À Bolotana, « les hommes restent à la maison et partagent la charge liée au stress », souligne Dan Buettner.
L’équipe a encore beaucoup à étudier, notamment le rôle que la génétique pourrait jouer, mais pour l’explorateur National Geographic, les données recueillies à Bolotana sont un « coffre au trésor » pour la compréhension de la longévité humaine.
« Nous savons que l’environnement et le mode de vie à Bolotana ont permis à ses habitants de figurer parmi ceux ayant la plus longue espérance de vie au monde, et nous avons l’opportunité de découvrir ce qui rend cela possible », observe-t-il. « Dès qu’il y a des voitures, des iPhone et de la malbouffe américaine, les cas de diabète de type 2, de maladie cardiovasculaire, de démence et de nombreux cancers augmentent, et le phénomène lié à la longévité ne sera bientôt plus qu’un lointain souvenir. Il suffit d’une génération. Mais avant ça, avant que cela ne se produise, nous avons une génération pour sortir nos outils archéologiques et découvrir leur secret ».
« La proposition de valeur pour les États-Unis est en milliers de milliards de dollars », ajoute-t-il. « Si nous pouvions atteindre une telle longévité, étant donné notre budget alloué à la santé qui s’élève à cinq milliers de milliards d’euros par an, nous économiserions l’équivalent de deux à trois milliers de milliards de dollars ».
Journaliste et rédactrice en chef, Jessica Roy est une collaboratrice régulière du New York Times et du magazine ELLE.
Les photographies de Marisa Montibeller sont publiées dans des revues internationales, de Bell’Europa en passant par le Smithsonian Magazine. Elle collabore avec National Geographic depuis 1998.
La National Geographic Society, engagée à mettre en lumière et à protéger les merveilles de notre planète, a financé les travaux de l’explorateur Dan Buettner faisant l’objet de cet article.
Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.
