Les premiers signes des maladies cardiaques peuvent apparaître dès la vingtaine

Après la découverte d'athérosclérose chez des adultes de moins de 30 ans, une nouvelle étude suggère que la prévention des maladies cardiaques devrait commencer bien avant l'apparition des premiers symptômes.

De Lindsay Kalter
Publication 16 sept. 2026, 10:34 CEST
Des électrodes sont placées sur le corps d'un jeune patient pour examiner son cœur. D'après une ...

Des électrodes sont placées sur le corps d'un jeune patient pour examiner son cœur. D'après une nouvelle étude, l'exposition à un taux de cholestérol élevé pendant plusieurs années pourrait contribuer à la formation de plaques bien avant l'apparition de symptômes évoquant une maladie cardiovasculaire.

PHOTOGRAPHIE DE Jurga Jot, Shutterstock

Des électrodes sont placées sur le corps d'un jeune patient pour examiner son cœur. D'après une nouvelle étude, l'exposition à un taux de cholestérol élevé pendant plusieurs années pourrait contribuer à la formation de plaques bien avant l'apparition de symptômes évoquant une maladie cardiovasculaire.

PHOTOGRAPHIE DE Jurga Jot, Shutterstock

Un problème pour plus tard, voilà ce que nous pensons des maladies cardiaques pendant l'essentiel de notre vie.

À 25 ans, lors d'une visite médicale, une personne en bonne santé entend généralement que sa pression artérielle est plutôt bonne, que son taux de cholestérol n'est pas alarmant et que le risque de subir une crise cardiaque dans un futur proche est extrêmement faible. La prévention peut alors lui sembler inutile tant que ces valeurs n'empruntent pas le mauvais chemin.

Et si ce n'était pas la bonne façon d'envisager les maladies cardiaques ?

Un corpus de recherche grandissant suggère que le processus menant à la crise cardiaque ou à l'accident vasculaire cérébral démarre bien souvent plusieurs décennies avant la détection d'un risque significatif. Une nouvelle étude publiée dans le  New England Journal of Medicine a ainsi mis en évidence la présence de plaque obstruant les artères chez des adultes âgés d'une vingtaine d'années. Ces résultats viennent étayer le consensus troublant vers lequel semblent se diriger les efforts de recherche en cardiologie : le développement des maladies cardiaques ne débute pas à un âge moyen, mais c'est à ce stade de la vie qu'il devient visible.

« Nous avons longtemps pensé que seules les personnes d'un certain âge devaient s'en préoccuper, et c'est bien là le problème », déclare Amit Khera, directeur du service de cardiologie préventive à l'École médicale du Sud-Ouest de l'université du Texas. « La prévention des maladies cardiaques commence dès l'enfance. »

Cela ne signifie pas que les jeunes adultes en bonne santé doivent redouter une crise cardiaque imminente, précise-t-il, mais plutôt que le calendrier appliqué par beaucoup en matière de prévention pourrait ne pas correspondre à celui suivi par leurs artères.

La nouvelle étude REACT a examiné 16 808 adultes âgés de 18 à 70 ans au Danemark et en Espagne, sans maladie cardiaque connue.

Les chercheurs ont utilisé l'imagerie médicale pour évaluer la présence de plaque dans le système artériel, notamment dans les artères qui alimentent le cœur et les principaux vaisseaux sanguins du cou et des jambes. Plus de la moitié des participants présentaient des traces d'athérosclérose dans au moins une des zones examinées.

L'étude a même identifié des dépôts de plaque chez certains des plus jeunes participants : 8,7 % des hommes et 6,7 % des femmes âgés de 18 à 29 ans.

Chez ces jeunes adultes, les dépôts se limitaient généralement à une seule région du système artériel. Avec l'âge, la quantité de plaque et le nombre d'artères affectées augmentaient significativement.

Ces résultats nous offrent l'un des tableaux les plus clairs à ce jour de l'accumulation de l'athérosclérose au cours de l'âge adulte, parfois avant même que les indicateurs traditionnels ne signalent un risque important.

 

L'ÉVALUATION DES RISQUES

Depuis des dizaines d'années, les médecins utilisent des calculateurs de risque qui ont pour variables l'âge, les taux de cholestérol, la pression artérielle, le statut diabétique et tabagique pour estimer la probabilité de subir un événement cardiovasculaire au cours de la prochaine décennie.

Ces outils fonctionnent pour évaluer le risque à court terme, mais le portrait qu'ils dressent peut être très différent de la situation dans les artères du patient.

Dans ces calculs, l'âge est un facteur prépondérant, c'est pourquoi une personne âgée de 30 ans avec un taux de cholestérol LDL élevé peut être associée à un risque faible, simplement parce que les crises cardiaques sont peu fréquentes à cet âge.

Pourtant, ses artères sont exposées quotidiennement à ce cholestérol. Le Dr Khera compare le processus au système des intérêts composés.

« Lorsque vous avez un profil génétique qui diminue modestement votre cholestérol dès la naissance, votre risque de maladie cardiaque est radicalement plus faible », explique-t-il. « Si vous commencez plus tard, il est nettement plus difficile de corriger la trajectoire. »

De plus en plus, les chercheurs pensent que ces années d'accumulation silencieuse comptent également.

Dans une analyse menée en 2025 auprès de 4 366 participants, les chercheurs ont constaté que plus le nombre d'années d'exposition au mauvais cholestérol était important, plus le risque de développer une maladie cardiaque avant l'âge de 40 ans augmentait, même après un ajustement tenant compte d'autres facteurs de risque.

Les États-Unis ont récemment publié de nouvelles lignes directrices relatives au cholestérol qui reflètent cette évolution de la pensée. Au lieu de se concentrer sur les individus présentant un haut risque à court terme, le texte en question s'attache à réduire le nombre d'années d'exposition à des taux néfastes de cholestérol, plus particulièrement chez les adultes âgés de 18 à 39 ans.

Un changement subtil, mais essentiel.

D'après Amit Khera, l'objectif serait d'aider la population à préserver la santé de ses jeunes années.

« On ne peut pas laisser libre cours aux enfants en pensant corriger la trajectoire plus tard », déclare-t-il. « C'est une occasion ratée. »

 

QUAND S'INQUIÉTER ?

Face à l'étude REACT et à d'autres résultats similaires, il est normal de se demander si l'apparition de plaque ne devrait pas faire l'objet d'une surveillance médicale nettement plus précoce.

C'est là que l'histoire se complique.

« Les conséquences cliniques de ces plaques ne sont pas entièrement cernées », indique Goodarz Danaei, professeur de médecine cardiovasculaire et membre du programme Benard Lown de la Harvard T.H. Chan School of Public Health.

Certaines plaques restent relativement stables pendant des années, alors que d'autres continuent de s'accumuler jusqu'à obstruer la circulation sanguine. D'autres encore deviennent instables et se brisent en libérant des caillots sanguins qui peuvent provoquer des crises cardiaques.

Les chercheurs parviennent de mieux en mieux à distinguer les différents types de plaques.

En 2020, une analyse a examiné les cas de 1 769 patients qui avaient fait l'objet d'une angiographie coronarienne par tomodensitométrie pour une douleur stable à la poitrine. Les chercheurs ont constaté qu'un type spécifique de plaque non calcifiée, appelé plaque hypodense, était un solide indicateur de futures crises cardiaques. Chez les patients présentant un fardeau de plaque hypodense supérieur à 4 %, le risque de subir une crise cardiaque pendant la période de suivi de l'étude était presque multiplié par cinq.

Le Dr Danaei met toutefois en garde contre l'extrapolation de tels résultats.

La moyenne d'âge des participants était de 58 ans et tous avaient déjà sollicité une aide médicale pour une douleur dans la poitrine. La présence d'une quantité de plaque limitée chez un patient d'une vingtaine d'années est une situation clinique très différente.

L'étude REACT ne dit pas ce qui adviendra par la suite des plaques mises en évidence.

« Il y a la plaque, puis il y a ce qu'on appelle la plaque à haut risque ou plaque vulnérable », explique le Dr Danaei. « Sans savoir ce que feront les patients, il est difficile de se fier uniquement à ces examens d'imagerie. »

Pour l'instant, les experts considèrent l'imagerie comme une nouvelle source d'information qui n'a pas vocation à remplacer les facteurs de risque traditionnels que sont le cholestérol, la pression artérielle, le tabagisme, l'activité physique ou encore les antécédents familiaux.

« Elle peut entrer dans le débat, sans toutefois le monopoliser », illustre le scientifique. « Ce n'est pas une approche universelle. »

 

QUID DES PATIENTES ?

Si les artères battent la mesure, les femmes pourraient bien suivre un tout autre tempo.

Dans l'étude REACT, la formation de plaque intervenait plus tôt chez les hommes que chez les femmes, avec une augmentation plus prononcée à l'entrée dans la quarantaine pour ces dernières.

La tendance soulève des questions quant au rôle de la ménopause, souvent associée à d'importants changements au niveau des facteurs de risque cardiovasculaires.

Une étude nous montre que les femmes commencent à accumuler de la graisse abdominale plus profonde environ deux ans avant leur dernier cycle menstruel. Plus cette augmentation était importante, plus les femmes concernées étaient susceptibles de présenter des signes précoces d'accumulation de plaque dans leurs artères.

Ces constats ont éveillé l'intérêt envers l'impact de la ménopause sur la santé cardiovasculaire et le potentiel de l'hormonothérapie à influencer cette trajectoire.

Dans le cadre de l'initiative Study of Women’s Health Across the Nation (SWAN), un programme de recherche visant à étudier la santé des femmes d'âge moyen aux États-Unis, l'analyse de vingt années de données a montré que, parmi les femmes présentant des bouffées de chaleur ou des sueurs nocturnes, l'instauration d'une hormonothérapie pendant la périménopause ou au début de la postménopause était associée à une diminution des événements cardiovasculaires par rapport à l'absence de traitement. Cette corrélation était la plus forte chez les femmes Noires et celles qui avaient commencé le traitement dans les dix années précédant la ménopause.

Les résultats corroborent ce que les chercheurs appellent « l'hypothèse du calendrier », selon laquelle l'efficacité de l'hormonothérapie dépend fortement du moment de sa mise en œuvre. Malgré tout, le Dr Danaei rappelle que la décision du recours à un tel traitement doit être prise au cas par cas, en fonction des symptômes, de l'âge, des antécédents médicaux, des facteurs de risques et des objectifs personnels de la patiente.

Toutes ces études nous révèlent un paradoxe saisissant.

S'il est vrai que l'imagerie médicale nous donne toujours plus à voir, ce n'est pas de la technologie dont il faut tirer la plus importante des leçons.

L'étude REACT ne nous suggère pas de mettre sous traitement toute personne présentant des signes précoces d'athérosclérose. Elle ne dit pas à un jeune patient en pleine santé qu'il subira un jour une crise cardiaque à cause d'une lésion minuscule.

En revanche, elle rend plus difficile à ignorer l'histoire des maladies cardiaques au long cours.

« Ces travaux nous montrent que même dans les populations à faible risque, certaines personnes présentent une pathologie sous-jacente non négligeable avec ces plaques », indique le Dr Danaei. « Parallèlement, le discours général est plutôt : "Ne te soucie pas des maladies cardiaques avant d'avoir 40 ou 50 ans. »

Voilà donc l'affirmation qui a le plus besoin d'une mise à jour.

Une maladie cardiaque se manifeste souvent par une douleur dans la poitrine, une crise cardiaque ou une visite aux urgences. Pourtant, son origine biologique est souvent loin d'être aussi dramatique.

À l'heure où les premiers signes nous invitent à agir dans l'urgence, leurs mécanismes pourraient déjà être l'œuvre depuis des décennies.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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