Sciences

5 faits qui montrent qu’Einstein était un type normal

Un nouveau système d’archivage donnant accès aux documents privés d'Einstein révèle tous les points communs que nous pourrions avoir avec le plus grand esprit du 20ème siècle.jeudi 9 novembre 2017

De Dan Vergano
Einstein, dans sa maison de Princeton, en 1951.

La vie n’est pas toujours facile, même pour les génies. Mais qu’avez-vous d’autre en commun avec Albert Einstein ?

Un site d’archivage gratuit consacré aux écrits du célèbre physicien pourrait bien vous aider à le découvrir. Transcrit, traduit et annoté de renseignements historiques, le projet « Digital Einstein » de la Princeton University Press nous plonge dans les premières années d’Einstein.

« Voici Einstein, avant qu’il ne devienne célèbre, » dit l’historienne Diana Kormos-Buchwald du California Institute of Technology (Caltech), responsable du Einstein Papers Project qui est à l’initiative de ce nouveau système d’archivage, fruit d’une collaboration entre Princeton, Caltech et l’Université hébraïque de Jérusalem. « Ces documents ont été sélectionnés et annotés avec soin au cours des 25 dernières années. »

De son acte de naissance daté de 1879 aux lettres rédigées lors de son 44e anniversaire en 1923, quelques temps après avoir reçu le Prix Nobel de physique, les lettres archivées, ses conférences ainsi que d’autres documents offrent aux lecteurs un aperçu de la vie d’Einstein. L’examen de ces documents permet de constater que le plus grand génie du 20ème siècle nous ressemblait bien plus qu'on ne le pense, du moins sous certains aspects.

 

1. Il est passé à côté du métier de ses rêves

En 1902, avec l’aide d’un ami, Einstein a été désigné comme examinateur à l’Institut Fédéral de la Propriété intellectuelle (IPI) après qu'un poste de professeur universitaire lui a été refusé.

« Il ne pouvait s’en prendre qu’à lui-même, il était loin d’être un élève studieux, » affirme Matt Stanley, historien à l’Université de New York. « Il se montrait irrespectueux envers ses professeurs et n’assistait pas aux cours car il savait qu'il réussirait quand même. C'est pour cela que ses demandes de recommandations lui étaient refusées. »

Si ce scénario vous est familier, vous pouvez vous rassurer en vous disant qu’une profession miteuse n’a pas empêché Einstein de réaliser son rêve.

« La famille d’Einstein travaillait dans l’électronique, et l’office des brevets était un monde qui lui était familier, » explique David Kaiser, historien au Massachusetts Institute of Technology (MIT) et auteur de How the Hippies Saved Physics.

Chargé de déterminer la viabilité des principes sous-jacents des nouvelles inventions, Einstein a usé de ses talents et mis ses compétences au service de travaux scientifiques qui ont culminé en 1905, son « Année Miracle » qui le mènera plus tard à l’obtention de son Prix Nobel, en publiant des travaux sur la vitesse de la lumière, le comportement atomique et la fameuse équation E = mc².

 

2. Il aimait décompresser

« Tous les deux, hélas, ivres morts sous la table, » a écrit Einstein en faisant référence à sa femme Mileva Maric et lui, dans une carte postale envoyée à son camarade Conrad Habicht en 1915.

Habicht était l’un des cofondateurs de l’Académie Olympia à Berne, en Suisse, un club dans lequel des amis se réunissaient pour discuter de questions philosophiques et scientifiques.

« Le jeune Einstein était un bohémien, bien loin de l’image sage que nous lui donnons aujourd’hui, » dit Stanley. Il s’agissait plutôt d’une discussion informelle de comptoir, et « c’est ce que les jeunes faisaient à l’époque ; ils traînaient dans des tavernes et débattaient de la nature de l’espace et du temps. »

Plus tard, Einstein a avoué que le club avait eu une grande incidence sur sa carrière. 

Einstein pose avec sa première femme, Mileva Maric.

3. Il a eu des peines de cœur et un divorce compliqué.

En 1903, Einstein épouse Mileva Maric, une camarade physicienne, avec qui il avait déjà eu une fille nommée Lieserl l’année précédente. Les historiens ne sont pas parvenus à établir clairement si le couple a donné son enfant en adoption ou si elle morte en bas âge.

Le couple a ensuite eu deux garçons, Hans Albert et Eduard, mais n’était plus en bons termes dès 1912. Ils ont finalement divorcé en 1919. Dans le cadre du jugement du divorce, que vous pouvez consulter dans le système d’archivage, Einstein avait accepté de céder à son ex-femme une grande partie des bénéfices d’un Prix Nobel qui ne lui avait pas encore été attribué, afin de subvenir aux besoins des enfants et de vivre de cette rente.

« Dans les lettres, on peut voir que le jeune Einstein ressemblait beaucoup à celui qu’il devint plus tard, désintéressé par les conventions, désireux de vivre comme il l’entendait, un homme à la fois rebelle et irrésistible pour les femmes, » dit Stanley. « Il s’est investi dans quelques relations qui ont tourné au vinaigre, bien qu’il en ait tiré quelques leçons plus tard. »

N’est-ce pas le cas pour nous tous ?

Einstein s’est marié avec sa cousine Elsa, en 1919, l'année de son divorce.

 

4. Ses enfants étaient des canailles.

C’est comme ça qu’il les appelait, dans une lettre écrite en 1922 adressée à ses deux fils, leur demandant de lui écrire en Espagne alors qu’il revenait de son voyage au Japon.

Einstein était visiblement affectueux envers ses fils, leur écrivant au cours de ses voyages et tout au long de leurs vies, se préoccupant de leur travaux scolaires. La vie d’Eduard a pris un tournant tragique lorsqu’il a été diagnostiqué schizophrène à l’âge de 20 ans.

Le scientifique a également sollicité son fils aîné, Hans Albert, pour s’occuper de ses finances, lui demandant en 1922 de se renseigner sur une somme d’argent inopinée sur son compte, auprès de la banque de Zurich.

Les enfants et les problèmes d’argent ; une histoire qui revient toujours sur le tapis.

Einstein a écrit en allemand durant toute sa vie, comme on peut le voir dans cette lettre adressée à son fils, Hans Albert Einstein.

5. Sur la route !

Einstein n’avait pas assisté aux cérémonies de Prix Nobel : il avait préféré faire un voyage en Extrême-Orient.

« J’ai décidé de ne plus autant parcourir le monde ; mais vais-je pouvoir le faire ? » a-t-il écrit à ses fils en 1992, après sa visite au Japon.

Contrairement à la plupart d’entre nous, voyager était pour Einstein une façon de fuir la monotonie : dans d’autres notes trouvées dans les archives, le physicien reconnaît que l’assassinat cette année-là du ministre des affaires étrangères d’Allemagne, Walther Rathenau, par des extrémistes d’extrême-droite l’a convaincu de quitter le sol allemand pour un certain temps.

Ces mêmes sombres raisons ont poussé Einstein, juif non-pratiquant, à quitter l’Europe pour émigrer aux États-Unis.

Ces aventures sont abordées dans plusieurs volumes de documents d’archives que Kormos-Buchwald et ses collègues ont publié depuis 2015, année qui a marqué le centenaire de la théorie novatrice d’Einstein en 19015, celle de la relativité.

Comme pour vous, d’autres aventures attendent Einstein, des histoires qui n’attendent que d’être révélées. Même six décennies après sa mort, de précieuses découvertes attendent les historiens, celles qui ont marqué notre époque.

« On peut penser que les experts se sont déjà penché sur tous ces volumes, mais il y a tellement plus encore, » dit Kormos-Buchwald.

Si l’équipe de Digital Einstein espère voir plus d’historiens explorer le monde d’Einstein au fur et à mesure de la publication des archives, elle souhaite aussi que le public puisse apprécier l’aspect humain d’un homme qui a toujours jonglé avec son monde, son génie, son destin et sa célébrité.

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