Sciences

L’histoire du Q.I.

Aujourd’hui largement utilisés pour évaluer le génie potentiel, les tests d’intelligence sont nés en France au début du XXe siècle, puis se sont généralisés aux États-Unis. Jeudi, 9 novembre

De Julie Lacaze

Après la réforme sur l’école obligatoire, le psychologue Alfred Binet, assisté de son confrère Théodore Simon, développe, en 1905, le premier test d’intelligence. Le but ? Donner au ministère de l’Instruction publique un outil pour repérer, à l’école primaire, les enfants qui ont besoin d’une aide spécifique. Le test comporte une série de questions de difficulté croissante, parmi lesquelles « quel est ton nom de famille ? » ou  « peux-tu dessiner un carré ? ».  Le score du test de Binet-Simon détermine un « âge mental ».

 

En 1912, le psychologue allemand William Stern reprend les travaux du Français et invente le concept de Q.I. – abréviation de quotient intellectuel. Le terme de quotient s’impose car Stern utilise une division pour établir son résultat. La formule du Q.I. se résume au calcul suivant : résultat au test de Binet-Simon divisé par l’âge réel du sujet, le tout multiplié par 100. Un enfant de 15 ans, présentant un âge mental de 17 ans au test de Binet-Simon, a donc 113 de Q.I. (17/15 X 100).

 

Généralisation en Amérique du Nord

Par la suite, deux Américains élaborent de nouveaux tests, qui permettent d’évaluer des individus plus âgés. Pour Lewis Terman d’abord, psychologue à l’université Stanford, en Californie, il ne s’agit plus de se focaliser sur les faiblesses scolaires. Au contraire, mieux vaut s’intéresser aux enfants présentant un Q.I. élevé. Terman améliore le test de Binet-Simon, en prenant en compte différentes facettes de l’intelligence, quelles soient verbales, mathématiques ou bien logiques. À partir de ces recherches, il met au point le test de Stanford-Binet, dans les années 1920. Plus tard, David Wechsler crée le « Q.I. standardisé », un test dans lequel la référence n’est plus l’âge, mais le résultat obtenu par rapport à la population générale. Son travail évalue également l’intelligence d’enfants plus âgés et d’adultes avec des tests écrits, donnant naissance aux examens de Q.I. utilisés de nos jours, comme le WAIS (Wechsler Adult Intelligence Scale), le WISC (Wechsler Intelligence Scale for Children) et le WPPSI (Wechsler Preschool and Primary Scale of Intelligence).

Le génie n’est pas mesurable

Comme l’a montré Lewis Terman dans une étude menée sur 1500 écoliers à fort potentiel, le résultat au test de Q.I. n’est pas à lui seul une valeur suffisante pour déterminer l’intelligence ni le génie. Malgré des capacités hors norme, certains individus de son étude ont dû beaucoup travailler : des dizaines ont même été recalés à leurs examens universitaires. A contrario, deux personnes recalées à son test de Q.I. ont reçu le prix Nobel de physique ! À l’instar de Charles Darwin ou d’Albert Einstein, tous deux considérés comme des écoliers médiocres, certains esprits sont si novateurs qu’il est difficile de juger de leur intelligence. Le processus nécessaire à la mise au point de théories révolutionnaires, telles celles de l’évolution ou de la relativité, nécessite une dose de créativité qu’aucun test ne peut mesurer. Le trait de génie, comme un geste instinctif et parfait, reste imprévisible et incalculable.

Retrouvez notre dossier consacré aux génies, dans le n° 212 du magazine National Geographic paru en mai 2017.

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