Sciences

Plus on ment, plus il est facile de mentir

La science met en lumière le rôle fondamental des amygdales – des aires cérébrales contrôlant les émotions – dans notre aptitude à mentir. Jeudi, 4 janvier

De Julie Lacaze

À force de mentir, notre cerveau s’habitue à duper les autres. C’est le constat inédit établi par des neuropsychologues britanniques, dans une étude publiée, en octobre 2016, dans la revue Nature Neuroscience. Selon eux, le phénomène est progressif, les petits mensonges conduisant aux gros par effet boule de neige. Comment ? Grâce à une baisse graduelle de l’activité des amygdales – deux zones cérébrales qui dirigent nos émotions. Résultat : les sentiments négatifs, comme la culpabilité, tendent à diminuer au fur et à mesure que l’on ment.

 

LA SPIRALE INFERNALE DU MENTEUR

Pour arriver à cette conclusion, les scientifiques de l’University College de Londres (UCL) ont soumis 80 volontaires de 18 à 55 ans à une expérience. Les participants devaient jouer en binôme – leurs partenaires étant en fait des acteurs. La règle du jeu consistait à observer une photo en haute résolution représentant un pot en verre rempli de pièces de monnaie, puis à essayer de faire estimer le montant à son partenaire, ce dernier n’ayant sous les yeux qu’une photo de médiocre qualité. Pour suivre les aires cérébrales actives durant le jeu, des clichés utilisant l’imagerie par résonance magnétique (IRM) ont été réalisées sur 25 % des participants.

Dans la première phase de l’étude, les volontaires n’avaient aucun intérêt à mentir. L’équipe de neuropsychologues leur a demandé d'estimer le montant le plus exactement possible, en expliquant que les deux partenaires gagneraient ainsi davantage d'argent. Ces premiers résultats ont donc servi de référence. Par la suite, les chercheurs ont établi de nouvelles règles : mentir, en sous-estimant ou surestimant le montant du contenu, permettait de gagner plus d’argent. Au détriment de son partenaire ou pour profiter aux deux, selon le cas.

Conclusion : la propension à mentir différait beaucoup d’un participant à l’autre, mais la plupart d’entre eux ont déformé la réalité à un moment de l’étude. Une spirale infernale s’est ainsi enclenchée : les participants se sont mis à mentir de plus en plus. Les mensonges étaient les plus fréquents quand ils profitaient aux deux partenaires. En revanche, les volontaires ont eu tendance à moins mentir lorsqu’ils en étaient les seuls bénéficiaires.

 

LES AMYGDALES, COUPABLES IDÉALES

Grâce à l’IRM, les chercheurs ont fait une découverte étonnante : les amygdales étaient plus actives en début d’expérience. Ces deux structures cérébrales, situées sous l’hippocampe dans les hémisphères gauche et droit, permettent de ressentir et de percevoir certaines émotions, notamment la peur. Si vous êtes effrayé quand vous entendez un hurlement dans le noir, que votre cœur bat la chamade, c’est que vos amygdales se sont activées. Dans le cas du mensonge, l’activité de ces zones induit des émotions négatives : l’angoisse d’être démasqué, la culpabilité, etc. Durant l’expérience, la réponse des amygdales a diminué à chaque nouveau mensonge. Les participants ont ainsi pu mentir de plus en plus aisément, sans éprouver d’émotions désagréables.

Cette étude ouvre une nouvelle perspective pour mieux comprendre l’anatomie du mensonge, mais aussi d’autres processus d’escalade. Une baisse de l’activité des deux amygdales pourrait, par exemple, expliquer la répétition de comportements à risque ou violents.

 

Retrouvez notre dossier consacré aux mensonges, dans le n° 213 du magazine National Geographic paru en juin 2017.

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