Sciences

Découverte d'un dinosaure à plumes doté de quatre ailes

À la grande surprise des paléontologues, ce fossile bien conservé indique que l'animal aurait passé sa vie à courir sur le sol de la forêt. Jeudi, 9 novembre

De John Pickrell

Découvert en Chine, ce dinosaure de la taille d'un faisan fait sensation chez les scientifiques qui tentent de comprendre les origines du vol.

L'espèce nouvellement baptisée Serikornis sungei vient grossir les rangs des dinosaures qui étaient dotés de quatre ailes, ses pattes avant et arrière étant recouvertes de nombreuses plumes. À la grande surprise des paléontologues, plusieurs indices suggèrent que Serikornis sungei était cependant incapable de voler.

« Le plumage de Serikornis présente pour la première fois une absence totale de barbules, ces microstructures permettant aux plumes de résister à la pression de l'air lors des battements d'ailes », explique Ulysse Lefèvre, chef d'étude et paléontologue à l'Institut royal des sciences naturelles de Belgique, situé à Bruxelles.

« Son plumage se compose de quatre ailes, comme chez de nombreux dinosaures théropodes originaires de Chine, mais ne permettait pas à "Silky" de décoller du sol ou d'un arbre. »

Selon Ulysse Lefèvre et son équipe, Serikornis faisait partie d'un sous-groupe de dinosaures à quatre ailes primitifs dont les plumes n'étaient pas adaptées au vol. Plutôt que de battre des ailes ou de se promener de branche en branche, ces animaux auraient très probablement passé leur vie à gambader sur le sol de la forêt.

 

UN DINOSAURE SOYEUX

Selon le rapport de l'équipe scientifique dans la revue The Science of Nature, le fossile de Serikornis aurait environ 160 millions d'années. Il est originaire de la province du Liaoning au nord-est de la Chine, une région célèbre pour la conservation des restes d'oiseaux primitifs et de dinosaures à plumes.

Microraptorle premier dinosaure à quatre ailes, a été découvert à Liaoning en 2000. De la même couche de roche dont provient Serikornis étaient issues les espèces à quatre ailes Aurornis et AnchiornisAu fil des découvertes de ces créatures ailées, de nombreux scientifiques ont vu en ces cousins primitifs des oiseaux, volant ou sautant de branche en branche à travers les forêts préhistoriques chinoises, un ancêtre essentiel du vol puissant chez les oiseaux.

Le paléontologue et son équipe ont baptisé cette nouvelle espèce en l'honneur de Sun Ge, le scientifique du musée de paléontologie du Liaoning qui a autorisé l'étude du fossile, ainsi qu'en référence au plumage duveteux supposé qui recouvrait son corps : serikos signifie « soie » en grec ancien.

De son vivant, le dinosaure tout juste découvert aurait mesuré près d'une cinquantaine de centimètres et aurait été doté de minuscules dents pointues. Son corps aurait été recouvert de plumes duveteuses et clairsemées. Ses membres, quant à eux, auraient été recouverts de différents types de plumes, dont de longues plumes de contour avec des lames centrales ressemblant davantage au plumage des oiseaux modernes.

Serikornis en déconcerte plus d'un. D'après Ulysse Lefèvre, les plumes des ailes du dinosaure n'étaient tout bonnement pas assez légères et rigides pour générer une poussée capable de contrer la gravité. Selon le paléontologue, les plumes auraient permis à l'animal de se tenir chaud, d'impressionner, de repousser ses rivaux ou de faire la cour.

TRÉBUCHER SUR SES AILES

D'après Thomas R. Holtz, paléontologue à l'université du Maryland à College Park, cette découverte s'ajoute à nos connaissances croissantes sur la diversité des dinosaures à plumes, lesquels utilisaient leur plumage pour de nombreux autres motifs que le vol. 

« Les nouveaux types de dinosaures à plumes du Jurassique et du Crétacé ne manquent pas et nous pouvons nous attendre à de nouvelles découvertes », a-t-il affirmé.

Il ajoute que les longues plumes recouvrant les pattes et pieds du dinosaure sont caractéristiques de nombreux oiseaux primitifs et dinosaures à plumes. « Ce type de plumes pouvaient servir à diriger d'autres membres volants du groupe, mais pour cet oiseau qui n'a pas cette capacité, elles ont dû remplir une autre fonction. »

Toutefois, l'incapacité de Serikornis à voler ne fait pas l'unanimité. Pour Mike Benton, paléontologue à l'université de Bristol au Royaume-Uni, les arguments cantonnant ce dinosaure au sol ne sont pas suffisants.

« Les ailes postérieures auraient été gênantes pour gambader au sol », avance-t-il. « Les longues plumes recouvrant ses cuisses et mollets feraient office de pantalon à pattes d'éléphant dans lequel l'animal se prendrait les pattes à la moindre course. »

Il préfère l'explication selon laquelle ce système à quatre ailes serait un « modèle des origines du vol, au sens où les dinosaures primitifs comme Serikornis se hissaient dans les arbres, probablement pour chasser des insectes et d'autres petits habitants des arbres leur servant de repas. Ils glisseraient de branche en branche pour échapper aux prédateurs ou pour se déplacer. »

Ulysse Lefèvre admet qu'il est possible que ces petits dinosaures se jettent des arbres au sol, une pratique cependant encore à mille lieues du vol. « Le plumage de Silky ne lui permet pas de voler comme les oiseaux modernes mais l'aide très certainement à amortir sa chute », concède-t-il.

Comme les membres de sa famille les plus proches, Serikornis était doté de serres qui auraient pu l'aider à escalader les troncs des arbres, ajoute le paléontologue. Selon lui, « cela reste un mystère qui demande davantage de temps et de fossiles pour pouvoir être percé ».

 

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