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Découverte d'un nouveau dinosaure aux dents de requins

Datés à plus de 113 millions d'années, les fossiles appartiennent à « l'un des dinosaures thaïlandais les plus importants jamais découvert », affirment les paléontologues.vendredi 11 octobre 2019

De Michael Greshko
En Thaïlande, des fouilles ont révélé Siamraptor suwati, un nouveau type de dinosaure prédateur. La créature appartenait au groupe des carcharodontosaures, des dinosaures aux dents dentelées tranchantes comme des couteaux.

Aujourd'hui, les terres des environs de Ban Saphan Hin, dans le centre de la Thaïlande, sont recouvertes d'un sol rougeâtre sur lequel les agriculteurs cultivent maïs et magnoc. Le paysage était nettement différent il y a 113 millions d'années, lorsque la région se résumait à de vastes plaines inondables terrorisées par un redoutable dinosaure aux dents de requins.

Présenté aujourd'hui dans la revue PLOS One, le nouveau prédateur baptisé Siamraptor suwati fait office d'exception parmi les dinosaures de cette époque découverts en Asie tant il est complet. Les os de ce monstre de 7,50 m s'ajoutent à une série de découvertes de dinosaures majeurs dans la région et apportent de nouvelles informations sur la façon dont un grand groupe de dinosaures prédateurs a pu se propager en ces temps anciens.

« C'est l'un des dinosaures thaïlandais les plus importants jamais découvert, » déclare par e-mail Steve Brusatte, paléontologue à l'université d'Édimbourg ayant participé à l'évaluation de l'étude avant sa publication.

Les chercheurs ont remis à l'échelle les 22 nouveaux fossiles pour les intégrer à cette reconstruction schématique du squelette de Siamraptor suwati. La barre d'échelle équivaut à un mètre.

Une équipe menée par la scientifique de l'université Nakhon Ratchasima Rajabhat, Duangsuda Chokchaloemwong, a analysé en profondeur les os fossilisés et a découvert que le squelette était parsemé de poches d'air. Cette caractéristique aurait allégé la structure osseuse du dinosaure et lui aurait peut-être permis de respirer plus rapidement, une hypothèse qui sera mise à l'essai lors de futures analyses au scanner.

« Ce dinosaure était probablement une bête féroce, rapide et dynamique, » déclare Brusatte.

 

LES DENTS DE LA MER

Des dizaines de millions d'années avant que les tyrannosaures géants comme le T. rex ne fassent leur apparition, un autre groupe de grands dinosaures prédateurs régnait en maître : les allosauroidés. Au sein de cette famille de poids lourds carnivores figuraient les carcharodontosauridés, un groupe de super-prédateurs qui semait la terreur durant la majeure partie du Crétacé.

« Ce n'est qu'avec le déclin des carcharodontosaures que les petits tyrannosaures ont commencé à prendre de la masse et à se hisser au sommet de la chaîne alimentaire, » explique Brusatte.

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Des preuves de l'existence de ce groupe ont été trouvées pour la première fois dans la partie égyptienne du Sahara en 1914, lorsqu'une expédition menée par le paléontologue allemand Ernst Stromer avait découvert des dents de dinosaures dentelées comme des couteaux à steak. Ces dents effrayantes rappelaient à Stromer celles du Carcharodon, le genre auquel appartient le grand requin blanc. C'est pourquoi en 1931 il décida de nommer le dinosaure Carcharodontosaurus saharicus.

Au fil des décennies suivantes, les paléontologues ont mis la main sur d'autres parents du dinosaure à dents de requins de Stromer, notamment certains des plus grands dinosaures prédateurs qui aient jamais vécu. Mais jusqu'à très récemment, aucun carcharodontosaure correctement préservé n'avait été découvert dans le sud-est asiatique. Cela signifiait-il que ce dinosaure n'avait jamais posé la patte dans cette région ? Ou que ses restes n'avaient tout simplement pas encore été découverts ? Pour le savoir, les chercheurs n'avaient d'autre choix que de creuser.

 

CREUSER, CREUSER ENCORE

Ces dernières décennies, les paléontologues thaïlandais ont découvert de nombreux fossiles de l'ère des dinosaures. Depuis 2007, une équipe internationale répondant au nom de Japan-Thailand Dinosaur Project a découvert deux nouveaux dinosaures herbivores baptisés Ratchasimasaurus et Sirindhorna, ainsi qu'un ancêtre des alligators et des crocodiles.

« Ce projet revêt une importance capitale pour faire la lumière sur l'histoire évolutionnaire des dinosaures du Crétacé inférieur, » indique par e-mail Soki Hattori, coauteur de l'étude et paléontologue au musée préfectoral des dinosaures de Fukui au Japon. « La comparaison des dinosaures du Crétacé inférieur en provenance du Japon et de Thaïlande nous permet de parfaire notre connaissance de ces créatures, notamment vis-à-vis de l'histoire de la radiation géographique des dinosaures. »

Les chercheurs ont mis au jour l'herbivore Sirindhorna à proximité de Ban Saphan Hin, un village de la province de Nakhon Ratchasima, dans une couche rocheuse qui se serait formée il y a 113 à 125 millions d'années. Pendant les fouilles, les températures atteignaient les 35 °C sur le site où retentissaient en permanence le claquement de la roche frappant la roche.

Mais ce dur labeur en valait la peine : en plus d'avoir mis la main sur Sirindhorna, les fouilles ont permis de mettre au jour les fragments désarticulés d'un dinosaure prédateur. Les fossiles provenaient d'au moins quatre individus différents et comprenaient certaines vertèbres, des fragments de membre, de hanche et de crâne, notamment une mâchoire inférieure droite en bon état de conservation. Chokchaloemwong et ses collègues ont ensuite procédé à une analyse des os et en ont conclu qu'ils étaient ceux d'un carcharodontosaure.

Cette découverte montre que les carcharodontosaures s'étaient établis sur une vaste de zone de répartition à travers la planète au Crétacé inférieur. En ces temps-là, de nombreux autres groupes de dinosaures, dont les allosauroidés, avaient également étendu leur aire de répartition. À l'époque, l'Amérique du Nord était connectée à l'Europe et à l'Asie, ce qui permettait aux dinosaures des trois continents de se mêler les uns aux autres.

La découverte de Siamraptor est par ailleurs un événement porteur de sens pour la Thaïlande, rapporte Chokchaloemwong : « J'espère vraiment que cette découverte permettra aux Thaïlandais de réaliser que nous avons réellement besoin de la jeune génération pour découvrir tous les fossiles dont regorge encore notre pays. »

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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