Paléontologie : découverte d'un crocodile broyeur d'os au Brésil

Ce reptile préhistorique aurait joué un rôle surprenant mais vital au sein des écosystèmes du Trias.mercredi 12 février 2020

Rodrigo Müller était en train de travailler un bloc de roche et de terre au pied du mont Agudo situé à environ une heure de Porto Alegre, au Brésil, lorsqu'il a remarqué un ensemble curieux d'ostéodermes, ces dépôts osseux qui forment des plaques sur la peau d'un reptile ou d'un amphibien.

« J'ai été surpris, car on n'avait jamais rien vu de tel au Brésil, » déclare Müller, paléontologue à l'université fédérale de Santa Maria, à propos de cette visite au départ ordinaire sur le site paléontologique de Janner, où auraient vécu certains des premiers dinosaures.

En poursuivant son travail d'orfèvre, il a dépoussiéré une boîte crânienne intacte et plusieurs autres os fossilisés. Bout à bout, cet ensemble de fossiles formait un squelette quasi complet et remarquablement préservé d'un reptile rare de la famille des Ornithosuchidae, les cousins des actuels crocodiles et alligators dont les fossiles n'avaient été trouvés qu'en Argentine et en Écosse jusqu'à présent.

Comprendre : Les dinosaures

Baptisé Dynamosuchus collisensis en référence à sa morsure puissante et au site où il a été mis au jour, ce reptile a été présenté dans la revue Acta Palaeontologica Polonica le 31 janvier par une équipe composée de collègues de Müller du musée argentin de La Plata et de l'université d'État de Virginie aux États-Unis. D'après leurs estimations, il aurait arpenté la Terre il y a 230 millions d'années. Seules trois autres espèces de la famille Ornithosuchidae ont été découvertes à ce jour dans le monde, la dernière en Argentine il y a 50 ans.

Alors que sa mâchoire était assez puissante pour broyer des os et ses dents suffisamment affûtées pour déchiqueter les chairs, Müller et ses collègues pensent que Dynamosuchus collisensis était un charognard lent, ou nécrophage, un peu comme les vautours ou les hyènes que l'on connaît aujourd'hui. Il se nourrissait principalement des carcasses d'animaux ou de proies faciles à attraper, ce qui implique qu'il jouait un rôle crucial dans la chaîne alimentaire, rôle dont les paléontologues ignoraient l'existence au Brésil jusqu'à présent.

« Cela nous aide à comprendre le fonctionnement de cet écosystème, » explique Müller.

Sans charognards comme Dynamosuchus collisensis, les carcasses et autres résidus organiques se seraient accumulés au lieu de se décomposer. Cette décomposition permet aux plantes d'absorber des nutriments essentiels. Les herbivores et omnivores se nourrissent ensuite de ces plantes et le cycle se poursuit.

 

UN FOSSILE EXCEPTIONNEL

Dépassant les 2 m de longueur, ce reptile du Trias était relativement grand par rapport aux autres animaux de la même période. Contrairement aux espèces parentes qui évoluent sur Terre aujourd'hui, Dynamosuchus collisensis était un animal terrestre. Ses quatre membres étaient positionnés sous son corps, non sur le côté, et ses ostéodermes couraient le long de son dos sur deux rangées protectrices.

Sa vie, Dynamosuchus collisensis la passait au beau milieu de zones forestières traversées par des rivières, aux côtés de certains des plus vieux dinosaures connus, comme les ancêtres des mammifères appelés cynodontes et d'autres reptiles tels que les rhynchosauriens.

Grâce à ces fossiles, les chercheurs peuvent relier l'évolution aux interactions entre les différentes masses continentales où vivaient les Ornithosuchidae qui, à l'époque, formaient le supercontinent Pangée. L'animal découvert au Brésil est ainsi plus proche de l'un des spécimens découverts en Argentine que ne le sont les deux spécimens argentins entre eux. Comme nous l'explique Müller, cette découverte montre qu'il existait un échange entre les membres de cette faune sur de longues distances, ce qui implique qu'ils n'ont pas évolué de façon isolée.

« Le fait d'avoir deux organismes très proches en matière de parenté au Brésil et en Argentine à la même période indique une similarité sur le plan environnemental et écologique, même si chaque région présentait des différences qui favorisaient la spéciation, » indique Marco Aurélio Gallo de França, paléontologue au sein de la Federal University of Vale do São Francisco, non impliqué dans cette découverte.

Grâce à l'état de conservation remarquable des fossiles de Dynamosuchus collisensis, Müller et d'autres chercheurs pourront réaliser d'autres tests sur la puissance de la morsure du reptile à l'aide de scanneurs afin de créer des modèles numériques en trois dimensions.

« Ils sont très bien préservés. Les os n'ont pratiquement pas été déformés, il y a une bonne partie du crâne et du squelette post-crânien, c'est donc très complet pour ce type d'animal, » rapporte Müller à propos du fossile. « Ces os sont une véritable mine d'information. »

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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