Nous sommes entourés de bactéries qui n'attendent que notre mort

Qu'est-ce qui empêche toutes ces bactéries d'œuvrer à notre décomposition tant que nous respirons ?

Publication 4 déc. 2020, 11:46 CET
Bactérie Staphylococcus aureus résistante aux antibiotiques (jaune) s'échappant d'un globule blanc humain.

Bactérie Staphylococcus aureus résistante aux antibiotiques (jaune) s'échappant d'un globule blanc humain. 

Photographie de NIAID

Nous sommes remplis de bactéries et en sommes couverts. Et beaucoup d'entre elles n'attendent que notre mort.

Dès l'instant où nous rendrons notre dernier souffle, elles envahiront notre corps. Dans une étude parue en 2015 dans Science, une équipe de scientifiques a décrit la façon dont les microbes nous dévoraient après notre mort. Courageux et obstinés, les chercheurs ont passé des mois à regarder des cadavres se décomposer, à observer l'œuvre de toutes les bactéries, champignons et vers, jour après jour. Les médecins légistes se reposent sur cette chronologie pour déterminer l'heure - et même le lieu - d'un décès.

Les microbes présents dans vos intestins sont les premiers servis. Dès que vous mourez, ils commencent à vous dévorer de l'intérieur. Pendant ce temps, d'autres bactéries présentes sur votre peau ou dans le sol mènent une attaque de l'extérieur vers l'intérieur. Comme l'a si bien résumé Michael Byrne de Motherboard, « La Terre n'attend que votre mort. »

C'est un peu troublant, quand on y réfléchit. Et cela pose la question suivante : qu'est-ce qui empêche toutes ces bactéries d'entamer un travail de décomposition lorsque vous êtes en vie ?

C'est idiot, me direz-vous. Je suis vivant. Seules les choses mortes se décomposent.

Oui mais pourquoi ? Qu'est-ce qui empêche toutes ces bactéries d'œuvrer à votre décomposition tant que vous respirez ?

Fondamentalement, presque tout au long de votre vie, vos cellules mènent une bataille à mort contre les bactéries et microbes. Tant que vous êtes en vie et en bonne santé, vos cellules gagnent la bataille. La décomposition ne survient qu'en cas de défaite de vos cellules. 

L'une des descriptions les plus claires que j'ai lues vient de Moheb Costandi Voici ce qui se passe après la mort : « La plupart des organes internes sont dépourvus de microbes lorsque nous sommes vivants. Peu de temps après la mort, cependant, le système immunitaire cesse de fonctionner, les laissant se répandre librement dans tout le corps. Cela commence généralement dans l'intestin, à la jonction entre l'intestin grêle et le gros intestin. Sans contrôle, nos bactéries intestinales commencent à digérer les intestins - puis les tissus environnants - de l'intérieur vers l'extérieur, en utilisant le cocktail chimique qui s'échappe des cellules endommagées comme source de nourriture. Ensuite, elles envahissent les capillaires du système digestif et des ganglions lymphatiques, se propageant d'abord au foie et à la rate, puis au cœur et au cerveau. »

Dès que vous mourez, votre corps se relâche après une vie menée à vous défendre à chaque instant.

Lorsque les bactéries commencent à gagner cette guerre chez une personne vivante, on parle d'infection et on essaie de chasser les envahisseurs en traitant une blessure ou en administrant au patient des antibiotiques pour les empoisonner.

Arrêtons-nous un instant sur le rôle des antibiotiques. Nous pensions avoir déjoué toutes les ruses des bactéries connues. Mais nous avons abusé et mal usé des antibiotiques, ce qui a laissé aux bactéries une chance de comprendre nos mécanismes de défense. Elles s'adaptent, deviennent plus résistantes aux traitements mis au point, et nous constatons déjà l'échec de certaines de nos dernières lignes de défense, entraînant davantage d'infections, de maladies et de décès.

En fin de compte, nous perdons la bataille contre les bactéries lorsque nous mourons. Mais avant cela, il paraît incongru de penser à la fine séparation entre la vie et le fait de devenir un aliment de choix pour les bactéries. Imaginez plutôt l'impressionnant processus d'évolution qui a conduit à un système immunitaire si vigilant qu'il peut repousser une attaque constante pendant des décennies. 

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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