Des chercheurs identifient les neurones qui permettent de remarcher après un accident

Grâce à des expérimentations menées sur des souris, des scientifiques suisses ont pu identifier les neurones qui permettent à des personnes paralysées de remarcher.

De Manon Meyer-Hilfiger, National Geographic
Publication 3 janv. 2023, 17:15 CET
Des scientifiques suisses ont identifié les neurones impliqués dans la rééducation après un accident.

Des scientifiques suisses ont identifié les neurones impliqués dans la rééducation après un accident. 

PHOTOGRAPHIE DE Gerd Altmann/Pixabay

De nouvelles avancées dans le traitement de la paralysie ! Des chercheurs ont identifié les neurones qui permettent de remarcher. Autrement dit, ceux spécialisés dans la réparation de la moelle épinière après un accident.

À l’origine de cette découverte ? Neuf patients paraplégiques ou tétraplégiques, victimes d’accidents sportifs ou de la route, qui ont réussi à retrouver une certaine mobilité après une stimulation électrique ciblée de leur moelle épinière.

« On pose un implant dans le bas du dos au niveau de la région de la moelle épinière qui contrôle les muscles des jambes, puis on envoie des impulsions électriques à l’aide d’un boitier. C’est une technologie qui date de quelques années» explique Jocelyne Bloch, neurochiurgienne et neuroscientifique au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV).

L’un des patients, qui ne sentait plus ses jambes, peut désormais marcher deux à trois heures de suite. L’élément qui a poussé les scientifiques à chercher les neurones responsables ? La récupération continuait même lorsque les stimulations électriques s’arrêtaient. Cela signifie que les fibres nerveuses impliquées dans la marche ont repoussé et se sont réorganisées. Le tout, sans provoquer d’explosion de l’activité des neurones, au contraire ! « On imaginait que cette récupération neurologique s’accompagnerait d’une augmentation d’activité neuronale de la moelle épinière lombaire. Quelle surprise de constater, que, tout au contraire, cela se calmait » retrace Jocelyne Bloch.

Intrigués et déterminés à améliorer encore les traitements, Grégoire Courtine, neuroscientifique à l’École polytechnique fédérale de Lausanne, et Jocelyne Bloch, ont décidé de chercher les raisons d’un tel calme tout en identifiant les neurones à l’origine de cette embellie. Les résultats de leur étude sont parus en novembre 2022 dans la revue Nature.

Pour mener l’enquête, ils ont mis au point un outil précieux : un atlas précis de la moelle épinière chez la souris, où quasiment chaque neurone est connu. Ainsi, les scientifiques, après une batterie de tests sur des rongeurs accidentés, ont pu savoir quel type de neurones était activé lorsque les souris se mettent à remarcher : les Vsx2. « Après un accident, toutes les cellules se mettent à s’exprimer en même temps dans un certain chaos. Puis, progressivement, Vsx2 s’imposent comme des chefs d’orchestre et font taire les autres. Voilà ce qui explique le calme relatif de l’activité neuronale durant une rééducation ». Fait intéressant ; ces neurones sont beaucoup moins impliqués dans la marche des individus en bonne santé. Ils sont néanmoins essentiels dans la récupération de la mobilité après un accident.

Pour confirmer cette découverte, les chercheurs ont usé d’une autre technologie : l’optogénétique. En modifiant génétiquement des neurones pour les rendre sensibles à certaines longueurs d’onde de la lumière, les scientifiques peuvent décider de les désactiver. Résultat : les souris accidentées chez qui on désactivait Vxs2 stoppaient la marche. Chez les rongeurs en bonne santé, désactiver Vsx2 n’avait aucun effet.

Comment se développe notre cerveau au fil du temps ?

Quid des conclusions pour l’espèce humaine ? « Nous savons que Vsx2 existe chez l’homme, et nous pensons que le même mécanisme est à l’oeuvre. Nous œuvrons maintenant à mieux les comprendre pour, à l’avenir, être en mesure de mieux les stimuler. En attendant, il s’agirait de diffuser les traitements que nous connaissons déjà. Aujourd’hui, seule une dizaine de personnes ont bénéficié de notre traitement de stimulation électrique de la moelle épinière » conclut Jocelyne Bloch.

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