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Ce dinosaure cuirassé se servait de ses épines pour communiquer

Des parties de la cuirasse du Borealopelta ont une forme excessive, suggérant que l'armure naturelle du dinosaure servait aussi bien à effrayer ses ennemis qu'à séduire.

De Michael Greshko
Vue de l'aile droite du dinosaure Borealopelta markmitchelli. Découvert fortuitement par des mineurs en 2011, il s'agit du fossile de nodosaure le mieux conservé que l'on ait jamais vu.

L'armure élaborée de certains dinosaures les aidait sans conteste à combattre. Mais pour au moins l'une des créatures du Crétacé, cette épaisse carapace aurait pu aussi lui permettre de trouver l'amour.

Une étude prudente sur le dinosaure cuirassé Borealopelta markmitchelli confirme que l'épine dorsale parcourant le cou et les épaules de l'animal sont démesurées, sans doute pour attirer le regard d'un futur partenaire ou pour effrayer les ennemis potentiels. L'effet démesuré de cette armure naturelle aurait été renforcé par des tissus mous couvrant les protubérances osseuses, que l'on devine encore aujourd'hui grâce à l'exceptionnelle préservation du fossile.

Il y a environ 110 millions d'années, le corps de ce dinosaure herbivore a été englouti par les eaux salées, ce qui a permis son extraordinaire conservation en relief. Mis au jour par accident en 2011 et présenté au public en mai à l'Alberta Royal Tyrrell Museum, le fossile a permis au monde de voir pour la première fois l'anatomie d'un dinosaure cuirassé. Depuis sa présentation au public en mai dernier, les scientifiques n'ont eu de cesse d'étudier ces restes exceptionnels pour en apprendre davantage sur le nodosaure.

Le cou du nodosaure était couvert de plaques plus épineuses que celles qui composent l'armure sur le reste de son corps.

Il n'est pas réellement surprenant que les protubérances de cette cuirasse aient été utiles pour servir les jeux de l'amour et de la guerre. Les éléphants utilisent leurs trompes comme un moyen de se défendre mais aussi pour sonder les défenses des autres éléphants lorsqu'ils cherchent à s'accoupler.

« Chez les animaux contemporains, la plupart de ces structures élaborées - les plumes des queues des oiseaux, la couleur des lézards, les cornes des mammifères - sont le fruit d'adaptation au service de la reproduction, » indique Caleb Brown, chercheur au Royal Tyrrell Museum qui a étudié le Borealopelta avec le soutien de la National Geographic Society. « Cela n'exclut pas les fonctions de défense ou de reconnaissance évidemment. »

Les récentes observations de Caleb Brown sur le Borealopelta, publiées mercredi dans PeerJ, est l'une des rares études de ce type décrivant un dinosaure cuirassé - et la première à s'intéresser aux tissus mous, étant donné que ceux-ci sont rarement visibles sur les fossiles.

« C'est difficile de déduire une fonction à partir d'une forme, même chez les espèces encore vivantes, » explique Victoria Arbour, une paléontologue spécialiste des dinosaures cuirassés au Royal Ontario Museum qui a relu les premières versions de l'étude. « C'est un postulat très intéressant. »

 

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UNE ARMURE FLAMBOYANTE

Quand les chercheurs étudient les comportements sociaux et sexuels des animaux, ils ont tendance à observer les structures qui peuvent rapidement pousser jusqu'à atteindre des proportions extrêmes à la maturité sexuelle, comme les cornes des vaches par exemple. Mais mesurer l'évolution de tels atours chez le Borealopelta est impossible, car cela nécessiterait de prélever des échantillons des os du dinosaure. Pour le moment, le fossile découvert au Canada est le seul spécimen connu de cette espèce et la plupart de ses os sont encore recouverts par l'épaisse cuirasse et de la peau fossilisée.

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Pour ne pas endommager ou détruire le très rare fossile, Brown a étudié les changements observés sur l'ensemble du corps du dinosaure. Après avoir prudemment mesuré chacune des 172 plaques qui composaient l'armure du dinosaure - environ deux tiers du nombre de plaques que devait posséder le dinosaure quand il était en vie - il a découvert que l'épine frontale du Borealopelta était plus grande et plus longue que les autres composantes de la cuirasse.

Les protubérances au niveau des épines ressemblaient tout particulièrement à des cornes, se détachant très nettement des parties basses du corps, plus plates.

Brown a également observé la démesure des tissus de peau fossilisés qui étaient composés de kératine et couvraient les plaques de l'armure. Certains tissus au niveau du dos épaississaient la cuirasse d'environ 2.5 centimètres. Certaines plaques au niveau du cou pouvaient être épaissies de plus de 25 centimètres par les tissus mous.

 

UN MOYEN DE RECONNAISSANCE

Pourquoi le Borealopelta avait-il une armure si élaborée autour de la tête ? Brown lie cette cuirasse au besoin de distinction sociale, qui leur permettait sans doute de repérer les membres de leur espèce et leur statut social, ou même de repérer des potentiels partenaires amoureux - le rôle que jouent les défenses et les cornes encore aujourd'hui.

Jakob Vinther, co-auteur de l'étude et paléo-biologiste à l'université de Bristol, explique avoir découvert dans les couches supposées de la peau du dinosaure la présence de grains de phéomélanine. Si cela était vérifié, cela pourrait signifier que le Borealopelta se protégeait ainsi des prédateurs.

Cette interprétation est appuyée par un travail antérieur de Brown, qui prouvait que les épines dorsales du Borealopelta’s étaient plus claires que la peau rouge observée sur l'ensemble du corps, les mettant d'autant plus en exergue. 

Cela dit, les chercheurs restent très prudent quant aux hypothèses portant sur la vie sociale de ce dinosaure. D'une part, nous ne savons pas encore si cette cuirasse variait d'une espèce à l'autre. D'autre part, nous ignorons pour l'instant si les mâles et les femelles Borealopelta étaient si différents les uns des autres (le sexe de ce fossile est inconnu).

« C'est une très bonne étude, presque convaincante, » ajoute David Hone, paléontologue à l'université Queen Mary à Londres, qui a lu les premières épreuves de l'étude. « Mais en même temps, même si c'est le mieux que l'on puisse faire, il nous faudrait davantage d'éléments venant d'autres fossiles. »

Des futures découvertes fossiles pourraient aider à clarifier ces interrogations. Victoria Arbour mène une étude pour étudier Zuul, un autre fossile de dinosaure cuirassé extrêmement bien conservé qui n'a pas encore été entièrement désolidarisé de la pierre dans laquelle il a été trouvé. Elle a hâte de pouvoir comparer les résultats de ses examens avec les résultats des études menées sur le Borealopelta.

« Mon intuition, » dit-elle, « c'est que c'est une piste qui peut être confirmée. »

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