Sciences

De rares fossiles révèlent l'existence de mammifères volants préhistoriques

Deux fossiles exceptionnellement bien préservés de la période du Jurassic nous donnent à voir deux nouvelles espèces de mammifères évoluant dans les airs.

De Shaena Montanari

Ce n'est pas un oiseau, ce n'est pas un avion : c'est un écureuil volant préhistorique !

L'été dernier, une équipe de paléontologues a révélé deux espèces remarquables de mammifères délicats et peuplant les arbres du Jurassic, contemporains des dinosaures il y a plus de 160 millions d'années.

Même si ces spécimens ne sont pas les premiers agiles grimpeurs connus de cette période, ils se distinguent par des caractéristiques singulières : une fine fourrure, des membranes poilues rattachées à leurs pattes avant et arrière, très clairement préservées dans la roche.

« Il apparaît assez évident que ces fossiles sont ceux de mammifères grimpeurs dont la peau a été carbonisée, » explique le co-auteur de l'étude David Grossnickle, un doctorant à l'université de Chicago.

Nommées Maiopatagium furculiferum et Vilevolodon diplomyos, ces deux nouvelles espèces nous donnent à voir l'évolution des mammifères dans les airs.

« Le fait de grimper et de glisser d'arbre en arbre est un des plus importants facteurs d'adaptation, » ajoute Zhe-Xi Luo, co-auteur de l'étude et paléontologue à l'université de Chicago.

 

DES FOSSILES POILUS

Les deux spécimens de mammifères préhistoriques ont été mis au jour dans la région du Liaoning, en Chine, connue pour son exceptionnel pouvoir de préservation. Les sédiments lacustres datant de l'ère du Jurassic ont révélé certains des plus beaux fossiles, dont une espèce de dinosaure à plumes et une myriade de mammifères à la peau carbonisée.

Même sans la peau extrêmement bien préservée, les squelettes de ces nouvelles espèces animales auraient mis en exergue leur habileté à passer d'arbres en arbres, comme le rapporte l'équipe chercheuse dans l'article paru en août dans le journal Nature.

Grossnickle note que les proportions des pattes des mammifères volants diffèrent de celles des mammifères qui ne faisaient que grimper aux arbres sans passer de l'un à l'autre ou qui passaient leurs vies au sol. Les deux mammifères en question ont des proportions similaires aux animaux volants modernes.

Les deux fossiles montrent également des mains et des pieds, souligne Jin Meng, paléontologue au Museum National d'Histoire naturelle de New York, qui n'a pas participé à l'étude.

« Nos orteils sont très courts parce que nous devons marcher au sol, » explique-t-il. « Ces animaux aux longues phalanges sont une preuve de leur adaptation pour s'agripper aux arbres de la forêt. »

Grossnickle ajoute que sur les deux fossiles, les mains et les pieds sont très similaires à ceux des chauve-souris modernes.

« Ces animaux se servaient probablement leurs quatre membres inférieurs pour se suspendre comme des chauve-souris, » conclue-t-il. Il est par ailleurs possible que ces mammifères aient passé du temps suspendus la tête en bas dans les cimes des arbres, à la manière des dermoptères modernes.

 

DU SOL AU CIEL

Les deux nouveaux mammifères volants comptent parmi les 10 espèces similaires connues de l'ère du Jurassic. Cette diversité signifie qu'il existait de nombreuses niches écologiques qu'ils pouvaient occuper.

Par exemple, les nouveaux spécimens présentent des dents très bien préservées, offrant aux paléontologues un rare aperçu des habitudes alimentaires de ces espèces de mammifères volants.

« Le Vilevolodon présente une très complexe couronne dentaire, » explique Luo, notant que les couronnes du spécimen ressemblent beaucoup aux écureuils que nous connaissons. Les dents du Maiopatagium sont quant à elles plus simples, indiquant un régime alimentaire essentiellement composés de fruits à peaux molles.

« Ils sont tous les deux des mammifères volants, mais il y a une subdivision en termes de régimes alimentaires, » continue Luo, Les deux espèces présentent aussi deux statures bien distinctes : Maiopatagium était plus proche de la taille d'un écureuil moderne quand le Vilevolodon était plus proche de celle d'une souris.

Ces deux fossiles semblent confirmer l'hypothèse selon laquelle différents groupes de mammifères ont suivi un modèle évolutif similaire du sol vers le ciel, glissant de l'un à l'autre avec grâce. Les rongeurs modernes et écureuils volants ont suivi ce modèle, tous comme les marsupiaux australiens.

« Dans les forêts du Jurassique, ce groupe a évolué indépendamment vers ce type de déplacement aérien, » conclue Jin Meng. « Les mammifères ont commencé à expérimenter différentes manières de se mouvoir très tôt. »

 

Retrouvez Shaena Montanari sur Twitter

Lire la suite