Sciences

Découverte d'un dinosaure qui aurait vécu il y a 200 millions d'années

Ledumahadi est un imposant dinosaure et cousin éloigné des sauropodes.

De Michael Greshko
Cette illustration représente Ledumahadi mafube à la recherche de nourriture dans l'Afrique du Sud du début du Jurassique. Au premier plan se trouve un autre dinosaure sud-africain, Heterodontosaurus.

Il y a 200 millions d'années, un dinosaure aussi lourd que deux éléphants d'Afrique adulte dominait le paysage de ce qui est aujourd'hui l'Afrique du Sud. Cet énorme herbivore a atteint une taille pareille d'une façon étrange et se tenait très bizarrement sur ses quatre pattes.

Ce nouveau dinosaure, présenté dans la revue Current Biology, ressemble à un sauropode, une famille de dinosaures au long cou dont fait partie le brontosaure, mais il n'en est pas un. Ledumahadi est un saurodomorphe, un cousin plus éloigné et plus ancien des sauropodes. Il s'agit également d'un animal bien plus imposant que ce que les chercheurs ont l'habitude de voir si tôt à l'âge des dinosaures. Les paléontologues à l'origine de sa mise au jour furent si surpris en le voyant qu'ils ont décidé de rappeler ce sentiment en baptisant le dinosaure Ledumahadi mafube, qui signifie « coup de tonnerre géant à l’aube » en sotho du Sud.

À l'instar des éléphants, les pattes des vrais sauropodes ressemblaient à des colonnes, qui supportaient sans mal le poids de l'animal. Mais celles de Ledumahadi sont différentes. Il semblerait que ses membres antérieurs étaient plus mobiles et qu'il se tenait accroupi, un peu comme un chat, avec les articulations partiellement fléchies.

« C'était un animal qui voulait tout avoir », explique Blair McPhee, auteur principal de l'étude et paléontologue à l'Université de São Paulo. « Il voulait devenir très imposant et se déplacer principalement à quatre pattes, à l'image d'un sauropode. Mais il ne voulait pas abandonner son membre antérieur mobile primitif. »

L'étude suggère que la démarche à quatre pattes des sauropodes et des membres de leur famille a évolué à plusieurs reprises. Comme d'autres découvertes récentes, Ledumahadi renforce l'hypothèse selon laquelle des événements clefs de l'évolution des sauropodes se seraient produits plus tôt et auraient donné lieu à plus d'expérimentations de la part de l'animal que ce que les ossements montraient.

« Ces nouvelles découvertes sont très intéressantes, car elles aident à diversifier notre compréhension de ces créatures vraiment remarquables ! », indique dans un email Kristi Curry Rogers, paléontologue au Macalester College.

 

UNE DÉCOUVERTE QUI AURA NÉCESSITÉ 20 ANS DE RECHERCHE

Bien que Ledumahadi signifie « coup de tonnerre », sa mise au jour fut loin d'être aussi soudaine. Il aura fallu plus de 20 ans, ponctués de pause, pour que les scientifiques mettent au jour les restes du dinosaure et les comprennent.

L'histoire de Ledumahadi débute aux alentours de 1990, avec le lancement du Lesotho Highlands Water Project, un énorme projet d'infrastructures hydrauliques reliant l'Afrique du Sud et le Lesotho, pays entouré par le premier. Les promoteurs, soupçonnant la mise au jour de fossiles lors de la construction, embauchèrent James Kitching, paléontologue à l'Université du Witwatersrand (ou Wits) située en Afrique du Sud, pour récupérer les ossements découverts.

Quelques-uns des fossiles mis au jour appartenant au Ledumahadi mafube, une espèce de dinosaure récemment découverte.

Il ne fallu pas longtemps à James Kitching pour repérer d'énormes ossements de dinosaure sortant d'une falaise non loin du chantier. Il les récupéra, mais comme son intérêt portait plutôt sur les premiers mammifères, il les laissa de côté, jusqu'au milieu des années 2000 lorsqu'Adam Yates, alors paléontologue à Wits, pris conscience de leur importance.

Le paléontologue localisa le site original des ossements à l'aide de coupures de journaux et se rendit sur place avec Blair McPhee, un étudiant en doctorat. Là-bas, ils mirent au jour d'autres fossiles. Une étude confirmera plus tard qu'ils appartenaient bien au même animal. En 2012, le paléontologue Jonah Choiniere arriva à Wits et Blair McPhee lui présenta les énormes ossements du dinosaure. De 2012 à 2017, les deux hommes retournèrent sur le site, mettant au jour d'autres os appartenant au dinosaure de James Kitching.

« Il aura fallu toutes ces années, de la chance et ces transferts de connaissance pour [découvrir Ledumahadi] », confie Jonah Choiniere. « Tout aurait pu s'arrêter, n'importe quand. Heureusement, ce ne fut pas le cas. »

 

UN DINOSAURE À LA DÉMARCHE SINGULIÈRE

Os par os, les chercheurs ont alors reconstitué de façon méthodique le squelette de Ledumahadi. Jennifer Botha-Brink, co-auteur de l'étude et paléobiologiste au Musée National de l'Afrique du Sud de Bloemfontain, a indiqué que l'animal âgé de 14 ans était adulte lorsqu'il est mort. En se basant sur les sédiments qui recouvraient les os, Emese Bordy, géologue à l'Université de Cape Town, a confirmé que ces derniers avaient entre 195 et 200 millions d'années.

Pour savoir comment se déplaçait Ledumahadi, les chercheurs ont trouvé un moyen de distinguer si un animal marche sur deux ou quatre pattes. Les animaux qui ne se déplacent que sur leurs pattes arrières ont des pattes avant relativement plus fines et grêles, alors que ceux qui se déplacent sur leurs quatre membres présentent des membres antérieurs bien plus costauds, un net avantage pour supporter le poids de ces animaux.

L'équipe a donc comparé les os des pattes avant et arrières de Ledumahadi avec ceux de différents dinosaures ainsi que des centaines de mammifères vivants dont la démarche est connue. Les antérieurs très robustes de Ledumahadi suggéraient que le dinosaure se déplaçait certainement à quatre pattes, mais ils montraient aussi que l'animal avait une posture inhabituelle, semblable à celle d'un chat.

Maintenant que les scientifiques savent à quoi ressemblait Ledumahadi, ils vont se mettre à la recherche de fossiles encore plus vieux en Afrique du Sud. L'équipe va également fouiller les étagères de Wits pour tenter d'y trouver d'autres trésors non identifiés qui pourraient s'y cacher.

« C'est incroyable », confie Johan Choiniere. « Parfois, des objets sont là sur votre étagère, vous passez devant chaque jour, mais vous n'y faites pas suffisamment attention. »

 

Cet article a initialement paru sur nationalgeographic.com en langue anglaise.

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