Découverte record de centaines d’œufs de ptérosaures fossilisés

La qualité de préservation de ces œufs permet de comprendre comment ce spécimen ailé se développait et donne des indices sur le comportement des nouveaux-nés.

De Michael Greshko
Illustration de Hamipterus tianshanensis, une espèce de ptérosaures ayant vécu dans la Chine actuelle il y a des centaines de millions d'années. Les paléontologues viennent de faire la découverte de centaines de leurs œufs.

C'est une première mondiale : lors de recherches dans le nord-ouest de la Chine, des paléontologues ont découvert des centaines d'oeufs fossilisés dans un repaire de ptérosaures, ces reptiles volants contemporains des dinosaures. Certains de ces œufs contiennent les embryons de ptérosaures les plus développés jamais trouvés.

Bien que les scientifiques étudient les ptérosaures depuis plus de deux siècles, aucun œuf n'a été découvert avant le début des années 2000. Et depuis, seulement une douzaine d'œufs ont été mis au jour. C'est Xiaolin Wang, paléontologue à la Chinese Academy of Sciences, qui est à l'origine de cette trouvaille qui regrouperait 215, voire 300 œufs de ptérosaures incroyablement bien préservés.

L'équipe, qui a également trouvé 16 embryons fossilisés, pense que d'autres pourraient encore être piégés dans la pierre.

« Nous faisons beaucoup d'hypothèses en paléontologie, mais cette découverte est phénoménale, » explique David Hone, chercheur à la Queen Mary University of London, qui n'a pas pris part à l'étude. « Cette science en est encore à ses débuts mais cette nouvelle matière première pourrait changer la donne. »

Deux des œufs de ptérosaures récemment trouvés. Les paléontologues expliquent qu'ils ont mis au jour des centaines d’œufs jusqu'à présent, dont 215 dans un seul bloc de pierre.

LA TEMPÊTE PARFAITE

Les œufs fraîchement découverts appartiennent au Hamipterus tianshanensis, une espèce de la famille des ptérosaures qui vivaient dans le nord-ouest de la Chine actuelle il y a des centaines de millions d'années. Son gabarit d'environ trois mètres de long et son supposé goût pour la consommation de poissons laisse à penser que cette espèce ressemblait au héron que nous connaissons aujourd'hui et vivait près des cours d'eau qui parcourent les terres.

« Le site se trouve dans le désert de Gobi où il y a beaucoup de sable, de vents forts et très peu de faune et de flore » décrit Shunxing Jiang, de la Chinese Academy of Sciences, co-auteur de l'étude. « Cependant, quand l'Hamipterus vivait encore, l'environnement était beaucoup plus propice au développement. Nous appelons cette région le Paradis du Ptérosaure. »

L'Hamipterus ne faisait pas que se nourrir dans ce paradis perdu, il s'y reproduisait en pondant dans la végétation ou sur les rivages. La fossilisation des œufs dans les sédiments du lac a été perturbée par le mouvement rapide des eaux ; ce qui pourrait signifier qu'une tempête aurait noyé plusieurs nids et les aurait envoyés vers un grand lac où ils auraient été ensevelis dans la boue. Tous les œufs n'ont pas été ensevelis en même temps : on peut observer quatre couches de sédiments différents, ce qui suggère que des courants différents les ont déposés au fil du temps.

Wang et son équipe pensent qu'un ancien site de couvaison a été emporté par les flots plusieurs fois. Ce fait impliquerait quà l'instar des oiseaux et des tortues modernes, l'Hamipterus couvait toujours au même endroit. De plus, ce grand nombre d'œufs laisse penser que les Hamipterus pondaient en groupe, tout comme certains oiseaux modernes.

 

QUITTER LE NID

Lors de ces grandes eaux, beaucoup d'œufs de ptérosaures se sont ouverts. Les sédiments se sont ainsi glissés dans la coquille et ont permis de préserver les embryons dans leurs formes originelles. Les sédiments ont conservé les squelettes déjà développés d'environ 16 embryons, y compris un os qui appartiendrait à un spécimen déjà développé.

Le site sur lequel ont été découverts les fossiles d'Hamipterus dans la région du Xinjiank, dans le nord de la China.

« En étudiant les os, nous pourrons définir les caractéristiques d'un embryon, d'un nouveau-né et d'un jeune individu à maturité. » explique la co-auteure Juliana Sayão, experte en ossements à l'université fédérale de Rio de Janeiro. « C'est un record unique pour les ptérosaures. Pour la première fois, nous avons le spectre complet de leur développement. »

En comparant des os de ptérosaures d'âges différents, les chercheurs pourront analyser le développement de l'Hamipterus. Ils ont découvert que les embryons en fin de développement n'avaient pas encore de dents et que leurs membres inférieurs étaient plus développés que leurs membres supérieurs. Les paléontologues ont été surpris de découvrir des bras si menus car beaucoup pensaient que le ptérosaure volait dès sa sortie de l'œuf. Au lieu de quoi les fossiles d'Hampiterus montrent qu'ils trottinaient à quatre pattes à la naissance.

« Je pense qu'ils ont de solides arguments, c'est une analyse intéressante » juge Mike Habib, paléontologue expert en reconstitution du mouvement des ptérosaures à l'université de Caroline du Sud. Pour la suite des recherches sur ces fossiles, il espère que l'analyse mécanique sera prise en compte pour définir la capacité de vol de ces petits reptiles. 

Les roches du site renferment un enchevêtrement d’œufs d'Hamipterus, ainsi que des os de spécimens adultes de la même espèce.

Des études complémentaires devraient nous aider à en savoir plus sur la reproduction de ces spécimens ailés. Les coquilles sont semblables à celles des tortues, et sont tout aussi résistantes. Cela signifie que les Hamipterus enterraient certainement leurs œufs pour les protéger, mais nous ne savons pas encore où et comment. Nous ne savons pas non plus combien d'œufs une seule femelle pouvait couver ou la taille de ses portées.

Étant donné que les informations sur ces fossiles restent incomplètes, il est probable que les théories sur la croissance de l'Hamipterus seront soumises à révision. Il est possible que le plus grand embryon que l'équipe a trouvé n'en était pas encore au stade de l'éclosion, ce qui fausserait la chronologie de développement établie à ce jour. D'autres spécimens fossiles devront être collectés pour affiner l'analyse. L'équipe du Dr. Wang poursuit d'ailleurs ses fouilles dans le nord-ouest de la Chine.

« Qu'est ce que je souhaiterais ? » demande Alexander Kellner, co-auteur et paléontologue à l'université fédérale de Rio de Janeiro. « Première chose : trouver plus d'embryons. Seconde chose : j'aimerais trouver des œufs in situ et qui n'auraient donc pas été déplacés au fil du temps. Nous en tirerions beaucoup d'enseignements. »

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