Écrire l’histoire d’une tribu grâce à l’ADN

Des chercheurs ont étudié l’ADN d’individus du peuple Tsimshian, des pêcheurs amérindiens, de la côte nord-ouest du Pacifique pour reconstituer leur histoire oubliée.

Photographie datant du XIXe siècle de membres du groupe Tsimshian en tenue de cérémonie, à Metlakatla ...
Photographie datant du XIXe siècle de membres du groupe Tsimshian en tenue de cérémonie, à Metlakatla (Alaska).
Photographie de Benjamin Alfred Haldane / National Archives and Records Administration

En l’absence de culture écrite, l’analyse de l’ADN s’avère très utile pour reconstituer l’histoire d’un peuple. Une diversité génétique plus grande peut, par exemple, témoigner d’une période de métissage et de développement d’une population, tandis qu’un amoindrissement de cette diversité peut attester l’effondrement d’un groupe.

Une équipe de chercheurs américains et canadiens a ainsi recomposé l’histoire démographique des Tsimshians, un groupe de pêcheurs amérindiens, avant et après l’arrivée des premiers colons, au XVe siècle. Leur analyse est à lire dans la revue American journal of human genetic d’avril 2018. On y apprend que ce peuple d’Amérique du Nord, initialement installé près de l’estuaire du fleuve Skeena, le long de la côte du Pacifique, en Colombie-Britannique (Canada), et dont il reste aujourd’hui environ 10 000 représentants, était déjà en déclin avant l’arrivée des premiers colons européens.

Les Amérindiens descendent de groupes d’hommes parvenus à passer à pied le détroit de Béring (entre l’Asie et l’Amérique), il y a environ 14 000 ans. Les chercheurs pensent que ces pionniers ont connu une phase d'expansion, qui les a conduits jusqu’en Amérique du Sud, puis ont décliné à l'arrivée des Européens, qui ont semé guerres et épidémies. Selon cette dernière étude, le processus a été différent pour les Tsimshians. Leur lent déclin a commencé il y a 6 000 ans, bien avant l’arrivée des colons. Ce constat a été établi en comparant les variations de l’ADN de 25 membres vivants de la tribu amérindienne, à celles de 25 individus ayant vécu dans une fourchette de temps comprise entre 6 000 et 500 ans.

Lors d’une précédente étude, publiée dans la revue Nature en novembre 2016, l’équipe avait étudié, à partir du même échantillon de population, la variation des gènes liés au système immunitaire. Le changement radical de ces derniers témoigne de l’intense pression évolutive que l’arrivée des Européens a fait peser sur les Tsimshians. Les chercheurs estiment que la variole a décimé 57 % de leur population. Mais, paradoxalement, les scientifiques ont découvert que la diversité génétique s’était rapidement rétablie, pour retrouver chez les Tsimshians modernes un niveau quasi identique à celui d’avant l’effondrement de leur population. Cela s’explique par un métissage avec des peuples natifs et non natifs du continent, apportant de nouveaux gènes. Ce mélange a favorisé la survie du groupe, lui conférant une meilleure résistance aux agents pathogènes, comme la variole.

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