Sciences

Jesse Owens pourrait-il battre Usain Bolt aujourd’hui ?

Les performances des deux sportifs sont comparables au regard des technologies de leur époque.

De Rédaction de National Geographic

En 2014, le journaliste sportif David Epstein a démontré que, si Jesse Owens avait couru sur le même revêtement qu’Usain Bolt, son meilleur temps sur 100 m, soit 10,2 s, réalisé peu avant les JO de 1936, aurait été tout proche de la performance de Bolt lors du 100 m des championnats du monde d’athlétisme de 2013 (9,77 s). De quels avantages le coureur jamaïquain, détenteur des records du monde du 100 m et du 200 m depuis près de dix ans, a-t-il bénéficié par rapport à l'athlète américain des années 1930 ?

LE TERRAIN DE COURSE

Quand il prend le départ d’un 100 m, Bolt est sur une piste du XXIe siècle en caoutchouc lisse, qui assure l’adhérence au sol et une restitution d’énergie rapide aux athlètes lors de la course. Jesse Owens courait, lui, sur une piste datant d’avant la Seconde Guerre mondiale, c’est-à-dire cendrée, inégale et molle, qui entraîne une absorption de l’énergie.

L’ÉQUIPEMENT

Du début à la fin de sa carrière, en 2017, le sprinter jamaïquain a bénéficié de tout ce qui se faisait de mieux en matière d’équipement. Il portait des chaussures ultralégères conçues pour des surfaces favorisant la vitesse. Owens a remporté le 100 m en 10,3 s et trois autres médailles d’or aux JO de 1936, à Berlin, équipé de chaussures de sprint en cuir relativement lourdes et peu adaptées au terrain. Un autre élément important : Bolt a pu se propulser très rapidement grâce à des starting-blocks dernier cri, quand Owens avait dû, lui, creuser à l’aide d’une truelle de jardinier un petit trou dans la piste, pour favoriser son démarrage.

LES CONDITIONS DE PRÉPARATION

Owens a grandi dans un contexte politique difficile pour une personne de couleur : la ségrégation raciale. Pour se rendre à Berlin, lui et les autres compétiteurs américains ont passé plusieurs jours sur un navire transatlantique. À l’inverse, Usain Bolt se rendait en jet privé aux compétitions et ne se déplaçait pas sans son cuisinier personnel pour lui concocter des menus diététiques et nourrissants. Ces différences de traitement ont forcément des répercussions sur les chronos.

Les spécialistes de la course estiment qu’il reste encore une marge de progression sur 100 m et 200 m. Pour battre des records sans dopage, les chercheurs mettent au point des techniques, des équipements et des systèmes d’évaluation d’un nouveau genre, et suivent de près le régime alimentaire ainsi que la santé physique des athlètes.

Dans le numéro de juillet 2018 du magazine National Geographic, une grande enquête sur les avancées de la science en matière de préparation sportive.

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